Najla Bouden chargée de former un nouveau gouvernement en Tunisie



Pour la première fois dans le monde arabe et en Tunisie, une femme va prendre les rênes d’un gouvernement. La Tunisie est considérée, tantôt comme un pays à l’avant-garde de l’égalité homme femme, tantôt comme l’un des pays retardataires en matière du leadership féminin. Il s'agit du premier pays arabe à interdire la polygamie et la répudiation et à autoriser le divorce en décrétant le code du statut personnel en 1956. En revanche, l'attente a été beaucoup trop longue pour voir enfin une Tunisienne avoir sa chance de prouver qu’elle est plus qu’une « simple femme ».

Des décisions inattendues

Le président de la République Kaïs Saïed vient de désigner le 29 septembre 2021 Nejla Bouden Romdhane en tant que cheffe du gouvernement, conformément au décret présidentiel n°117 relatif à la mise en place des mesures exceptionnelles. En étant chargée de former le nouveau gouvernement, Najla Bouden devient la première femme à diriger ce cabinet en pleine effervescence politique. En effet, cette nomination intervient alors que le président avait limogé le 25 juillet dernier l’ex gouvernement présidé par Hichem Mechichi avant de geler les activités parlementaires. La mise en place d'une telle décision au moment où la Tunisie a grand besoin d’un leader national, sort du lot. Un leader pas comme les autres qui représente une force de conviction salutaire et qui porte une réelle volonté de sortir le pays de la crise actuelle.

Qui est Nejla Bouden et quel est son rôle ?

Née en 1958 à Kairouan, Nejla Bouden est scientifique de formation et docteur en géologie. Enseignante à l’École nationale d’ingénieurs de Tunis, elle dirige le département chargé de mettre en œuvre les programmes de la Banque mondiale au ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Elle a occupé le poste de directrice générale du projet de réforme de l’enseignement supérieur.

Nejla Bouden aura pour mission de former un gouvernement dans les plus brefs délais, selon la présidence de la République. Son gouvernement sera chargé par le président afin d »en finir avec le chaos et la corruption qui gangrènent de nombreuses institutions de l’État ». Cependant, les prérogatives du chef du gouvernement ont été limitées par les mesures exceptionnelles annoncées le 22 septembre dernier. Celles-ci suspendent le Parlement, ainsi que tous les avantages accordés à ses membres et à l’instance provisoire chargée du contrôle de la constitutionnalité des projets de loi. Il a été décidé aussi de suspendre l’application de certains chapitres de la Constitution et de continuer à travailler avec le préambule et les deux premiers chapitres seulement. Épaulé par une commission qui sera nommée par décret présidentiel, Kaïs Saïed se charge de mener une série de réformes politiques sur la base de ces mesures.

Un brin d'optimisme

“C’est un honneur pour la Tunisie et une reconnaissante envers la Femme tunisienne”, c’est ce qu’a lancé Kaïs Saïed, qualifiant à plusieurs reprises la nouvelle désignation d »historique ». De l’avis de certains observateurs, nommer une femme à la tête du gouvernement est une décision inattendue, d’autant plus que Kaïs Saïed est connu par ses idées conservatrices. Son opposition à une loi décrétant l’égalité entre homme femme dans l’héritage, pendant la campagne ayant mené à son élection en 2019, a suscité une vague de critiques. C'était inattendu ! Celui qui est considéré comme conservateur, a pu réaliser ce que les fervents de l’égalité dans l’héritage ont clairement déclaré mais n’ont pas pu le faire.

 

En Tunisie, là où on utilise l'adage sexiste « ce n'est qu'une femme » pour sous-estimer leurs capacités, où le patriarcat continue à voir de beaux jours, nommer une cheffe du gouvernement est déjà un bon début, un pas vers un meilleur avenir. En attendant de voir ce que Nejla Bouden va faire en ces temps difficiles, le défi sera pour elle de réussir là où de nombreux ont fini par échouer…