Impressions
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Les bras croisés et le regard froid, il me scrutait depuis maintenant une demi heure environ. Je dois dire que j'avais perdu la notion du temps. Tout me paraissait lent, le temps fondant comme les neiges du printemps. Je n'avais même pas forcement d'idée de l'endroit où je me trouvais. J'avais un peu chaud mais je frissonnais presque. Était-ce le climat ou le moment? Les rares rayons lumineux atteignant ma cornée provenait de la lampe fixé solidement au bureau. Ça me rappelait la veilleuse de ma chambre quand j'étais enfant. Cette vision me réconfortait presque. Je n'avais pas eu une enfance parfaite, mais on pouvait dire que je n'avais manqué de rien.
Je ne sais pas si c'est la nervosité qui le forçait à se gratter le cuir chevelu incessamment ou encore la chaleur mais il fallait reconnaitre qu'il ne paraissait pas tranquille. Je l'avais rencontré il a y a de cela deux heures. Cela s'était plutôt bien passé. C'est toujours sympathique de rencontrer de nouvelles têtes. J'apprécie la compagnie des gens peu envahissants. Un bonjour, un au revoir, on aurait pu discuter de la chaleur ou d'autre chose, tout en restant très convenu sur la chose. Ne pas forcer le trait et rester à une certaine distance de son interlocuteur. J'aimais beaucoup, je dois le reconnaitre.
Le soleil n'était plus mon souci majeur à l'heure actuelle. Ce n'était pas la même chose quelques temps auparavant. J'ai toujours eu un souci par rapport à cela. J'aimais la lumière, la clarté, le rayonnement. Mais c'était devenu un problème. Et je ne crois pas avoir choisi la meilleure solution. Qu'à cela ne tienne. Qu'est ce qui va m'arriver maintenant? Surement rien de grandiose. Je patiente encore un moment, je me fais réprimander et je rentre chez moi avec un avertissement sur papier. Cela vaut-il vraiment la peine de s'attarder là dessus?
Je n'ai jamais réussi à définir si je faisais partie des gens émotifs. Pour moi, je l'étais, peut-être même un peu trop. Et on m'a dit que cela finirait par me jouer des tours. C'était ma nature, je ne voyais aucun mal là dedans. J'avais donc décidé de changer. J'étais devenu l'un des êtres les plus stoïques de mes contemporains. Plus rien ne passerait par mon visage ou mon corps. Aucun signe ne me trahirait. Transpiration, tremblement, démangeaison. Tout cela, c'était de l'histoire ancienne. Impossible que l'on puisse me lire. Cela me donnait peut-être un côté mystérieux. Je n'aimais pas forcement cela, je dois l'avouer.
Je me demande quand même ce que je fais là. Il y a eu un choc, c'est vrai, je ne vais tout de même pas le refouler aussi facilement. La curiosité finissait par m'envahir. Cette expérience, je ne sais pas si je m'en souviendrais longtemps. Un moment mineur dans une vie faites de moments mineures. Une anecdote. Ca commençait à faire long. Et surtout, quel besoin ont-ils à me surveiller de la sorte? Je ne vais pas m'en aller, ne vous inquiétez pas. Je ne suis pas du genre à me défiler. Ce serait trop facile.
Un craquement de doigts lourd et angoissant s'échappa de ses phalanges. Il reniflait un peu. Bizarre à cette période de l'année. Moi, j'ai toujours eu la santé florissante. Un peu en lien avec mon éducation. Ou alors c'est que l'on m'avait appris à ne pas me plaindre. Encore une réaction émotive. Là dessus, je n'étais plus le même. Le changement avait été long et quelque peu douloureux à se mettre en place, mais il fallait que ce soit fait. Un acte important marquait le jour où j'avais décidé de ne plus être moi-même. Je voulais être un homme différent. Et j'avais sauté le pas. C'était fait. C'était ainsi.
"Est-ce que tu regrettes?" Bien sûr que non, pourquoi? Il fallait le faire. Ce n'est pas pour ensuite se dire qu'il aurait fallu attendre. Cela faisait déjà trop longtemps que j'attendais. Je ne tenais plus en place, l'excitation du passage à l'acte avait pris le dessus sur moi. J'étais maintenant plus détendu. Beaucoup moins de pression, un moment agréable dans ma vie. J'avais presque l'impression d'être libre. Quoique je n'avais vraiment jamais manqué de liberté. C'était ce poids en moins sur mes épaules, cette perpétuelle image au dessus de ma tête. Je pouvais maintenant aller et venir, arriver et partir, vivre et avancer, aimer ou détester.
"Depuis combien de temps pensais-tu à cela?" Je pense que je n'avais jamais rien vécu d'aussi immédiat. C'était sans réflexion, sur le moment. Certains appellent ça pulsion, mais je ne suis pas d'accord. Je n'ai pas eu de coup de folie. J'ai agit calmement, procédé de façon juste et saine. Je ne pouvais pas faire autrement de toute façon, je n'avais vraiment plus le choix. Vous savez, c'est comme ces personnes qui regrettent d'avoir dit des vérités qu'il aurait mieux fallu enfouir. Elles tergiversent parfois longtemps sur les dommages que cela a causé. Pourtant, sur le moment, elles n'avaient jamais été aussi sincères. Je n'avais pas envie de regretter ma franchise. Et je ne la regrettais pas d'ailleurs.
"Pourquoi?" Et bien, j'imagine que la situation est assez claire. Mais je peux comprendre le désarroi. Les actes de chacun sont ressentis différemment selon l'humeur, le temps, l'époque et la mentalité. Il y a quelques décennies, on n'imaginait pas ne pas se marier. Il fallait former une famille et subvenir à ses besoins. Il en est de même pour l'éducation. Battre ses enfants n'était pas si choquant que cela avant. "Toi, on t'a battu?" non, absolument pas, c'est un exemple parmi tant d'autres, comme la religion, le patriotisme ou tout autre concept qui doit savoir évoluer avec les années. Si je vous dis maintenant que j'aurais aimé être réprimande violemment par mon instituteur, cela vous choquerait-il? Pourquoi? Nous ne sommes pas forcement en phase avec notre époque, il faut s'en apercevoir.
"Tu es conscient de ce qui va t'arriver?" Je crois surtout que je ne m'en préoccupe pas vraiment. Je me dis que je suis sur le point de démarrer une nouvelle vie, que cela va me plaire.Ma nouvelle personnalité m'ouvrira surement des portes. Et m'en fermera d'autres, évidemment. C'est une attitude compréhensible de la part des gens qui n'acceptent pas l'honnêteté des autres. Je ne les blâme pas. Je les plains, par contre, c'est sûr. Mais ce procès d'intention qui se déroule à présent me laisse quelque peu perplexe. Vous me retenez presque en otage pour en savoir plus sur moi, cela me met un peu mal à l'aise. Mais je ne me plaindrais pas. Je ne suis plus un être émotif. C'est fini.
"Te rends-tu vraiment compte de ce que tu as fait?" Là, je dois dire que vous touchez un point intéressant. Je dois reconnaitre que je ne me souviens pas de tout. Il y avait beaucoup de soleil, j'étais littéralement aveuglé. Et ça m'a transformé. Je ne sais plus par où j'ai commencé. Je me souviens juste avoir abaissé le bras. Un bruit sourd. Puis une respiration courte. Un vacarme intérieur, je sentais mon organisme en train de changer. Je devenais en quelques instants le nouvel être que j'avais rêve pendant si longtemps. Ça m'a presque procuré du plaisir. Rien de sexuel, bien sûr. Plutôt un sentiment de joie intense. Très court mais très fort. Mais pourquoi vous voulez savoir tout ça?
Il se leva, déplaçant la chaise de façon bruyante sur le carrelage sec et abimé. Il s'appuya quelques secondes contre le bureau, se frottant les yeux. Je n'aimais pas cette façon de s'approcher de moi. C'était lent mais pesant.
Il se mit à mon niveau en s'agenouillant, me regarda fixement pendant des secondes qui me paraissant des heures. Il avait l'air peiné. Je ne comprenais pas pourquoi. Il pris une profonde inspiration, regardant le plafond. J'avais le sentiment qu'il était crispé à cause de moi. Etrange, je ne suis pas aussi intimidant tout de même. il plongea dans mon regard, scruta mes pupilles avant d'ouvrir la bouche. C'est avec quelques difficultés qu'il finit par m'annoncer: "Je vais te le répéter une dernière fois, je veux que tu m'écoutes attentivement. Ta mère est morte, tu l'as assassiné."
Je ne sais pas si c'est la nervosité qui le forçait à se gratter le cuir chevelu incessamment ou encore la chaleur mais il fallait reconnaitre qu'il ne paraissait pas tranquille. Je l'avais rencontré il a y a de cela deux heures. Cela s'était plutôt bien passé. C'est toujours sympathique de rencontrer de nouvelles têtes. J'apprécie la compagnie des gens peu envahissants. Un bonjour, un au revoir, on aurait pu discuter de la chaleur ou d'autre chose, tout en restant très convenu sur la chose. Ne pas forcer le trait et rester à une certaine distance de son interlocuteur. J'aimais beaucoup, je dois le reconnaitre.
Le soleil n'était plus mon souci majeur à l'heure actuelle. Ce n'était pas la même chose quelques temps auparavant. J'ai toujours eu un souci par rapport à cela. J'aimais la lumière, la clarté, le rayonnement. Mais c'était devenu un problème. Et je ne crois pas avoir choisi la meilleure solution. Qu'à cela ne tienne. Qu'est ce qui va m'arriver maintenant? Surement rien de grandiose. Je patiente encore un moment, je me fais réprimander et je rentre chez moi avec un avertissement sur papier. Cela vaut-il vraiment la peine de s'attarder là dessus?
Je n'ai jamais réussi à définir si je faisais partie des gens émotifs. Pour moi, je l'étais, peut-être même un peu trop. Et on m'a dit que cela finirait par me jouer des tours. C'était ma nature, je ne voyais aucun mal là dedans. J'avais donc décidé de changer. J'étais devenu l'un des êtres les plus stoïques de mes contemporains. Plus rien ne passerait par mon visage ou mon corps. Aucun signe ne me trahirait. Transpiration, tremblement, démangeaison. Tout cela, c'était de l'histoire ancienne. Impossible que l'on puisse me lire. Cela me donnait peut-être un côté mystérieux. Je n'aimais pas forcement cela, je dois l'avouer.
Je me demande quand même ce que je fais là. Il y a eu un choc, c'est vrai, je ne vais tout de même pas le refouler aussi facilement. La curiosité finissait par m'envahir. Cette expérience, je ne sais pas si je m'en souviendrais longtemps. Un moment mineur dans une vie faites de moments mineures. Une anecdote. Ca commençait à faire long. Et surtout, quel besoin ont-ils à me surveiller de la sorte? Je ne vais pas m'en aller, ne vous inquiétez pas. Je ne suis pas du genre à me défiler. Ce serait trop facile.
Un craquement de doigts lourd et angoissant s'échappa de ses phalanges. Il reniflait un peu. Bizarre à cette période de l'année. Moi, j'ai toujours eu la santé florissante. Un peu en lien avec mon éducation. Ou alors c'est que l'on m'avait appris à ne pas me plaindre. Encore une réaction émotive. Là dessus, je n'étais plus le même. Le changement avait été long et quelque peu douloureux à se mettre en place, mais il fallait que ce soit fait. Un acte important marquait le jour où j'avais décidé de ne plus être moi-même. Je voulais être un homme différent. Et j'avais sauté le pas. C'était fait. C'était ainsi.
"Est-ce que tu regrettes?" Bien sûr que non, pourquoi? Il fallait le faire. Ce n'est pas pour ensuite se dire qu'il aurait fallu attendre. Cela faisait déjà trop longtemps que j'attendais. Je ne tenais plus en place, l'excitation du passage à l'acte avait pris le dessus sur moi. J'étais maintenant plus détendu. Beaucoup moins de pression, un moment agréable dans ma vie. J'avais presque l'impression d'être libre. Quoique je n'avais vraiment jamais manqué de liberté. C'était ce poids en moins sur mes épaules, cette perpétuelle image au dessus de ma tête. Je pouvais maintenant aller et venir, arriver et partir, vivre et avancer, aimer ou détester.
"Depuis combien de temps pensais-tu à cela?" Je pense que je n'avais jamais rien vécu d'aussi immédiat. C'était sans réflexion, sur le moment. Certains appellent ça pulsion, mais je ne suis pas d'accord. Je n'ai pas eu de coup de folie. J'ai agit calmement, procédé de façon juste et saine. Je ne pouvais pas faire autrement de toute façon, je n'avais vraiment plus le choix. Vous savez, c'est comme ces personnes qui regrettent d'avoir dit des vérités qu'il aurait mieux fallu enfouir. Elles tergiversent parfois longtemps sur les dommages que cela a causé. Pourtant, sur le moment, elles n'avaient jamais été aussi sincères. Je n'avais pas envie de regretter ma franchise. Et je ne la regrettais pas d'ailleurs.
"Pourquoi?" Et bien, j'imagine que la situation est assez claire. Mais je peux comprendre le désarroi. Les actes de chacun sont ressentis différemment selon l'humeur, le temps, l'époque et la mentalité. Il y a quelques décennies, on n'imaginait pas ne pas se marier. Il fallait former une famille et subvenir à ses besoins. Il en est de même pour l'éducation. Battre ses enfants n'était pas si choquant que cela avant. "Toi, on t'a battu?" non, absolument pas, c'est un exemple parmi tant d'autres, comme la religion, le patriotisme ou tout autre concept qui doit savoir évoluer avec les années. Si je vous dis maintenant que j'aurais aimé être réprimande violemment par mon instituteur, cela vous choquerait-il? Pourquoi? Nous ne sommes pas forcement en phase avec notre époque, il faut s'en apercevoir.
"Tu es conscient de ce qui va t'arriver?" Je crois surtout que je ne m'en préoccupe pas vraiment. Je me dis que je suis sur le point de démarrer une nouvelle vie, que cela va me plaire.Ma nouvelle personnalité m'ouvrira surement des portes. Et m'en fermera d'autres, évidemment. C'est une attitude compréhensible de la part des gens qui n'acceptent pas l'honnêteté des autres. Je ne les blâme pas. Je les plains, par contre, c'est sûr. Mais ce procès d'intention qui se déroule à présent me laisse quelque peu perplexe. Vous me retenez presque en otage pour en savoir plus sur moi, cela me met un peu mal à l'aise. Mais je ne me plaindrais pas. Je ne suis plus un être émotif. C'est fini.
"Te rends-tu vraiment compte de ce que tu as fait?" Là, je dois dire que vous touchez un point intéressant. Je dois reconnaitre que je ne me souviens pas de tout. Il y avait beaucoup de soleil, j'étais littéralement aveuglé. Et ça m'a transformé. Je ne sais plus par où j'ai commencé. Je me souviens juste avoir abaissé le bras. Un bruit sourd. Puis une respiration courte. Un vacarme intérieur, je sentais mon organisme en train de changer. Je devenais en quelques instants le nouvel être que j'avais rêve pendant si longtemps. Ça m'a presque procuré du plaisir. Rien de sexuel, bien sûr. Plutôt un sentiment de joie intense. Très court mais très fort. Mais pourquoi vous voulez savoir tout ça?
Il se leva, déplaçant la chaise de façon bruyante sur le carrelage sec et abimé. Il s'appuya quelques secondes contre le bureau, se frottant les yeux. Je n'aimais pas cette façon de s'approcher de moi. C'était lent mais pesant.
Il se mit à mon niveau en s'agenouillant, me regarda fixement pendant des secondes qui me paraissant des heures. Il avait l'air peiné. Je ne comprenais pas pourquoi. Il pris une profonde inspiration, regardant le plafond. J'avais le sentiment qu'il était crispé à cause de moi. Etrange, je ne suis pas aussi intimidant tout de même. il plongea dans mon regard, scruta mes pupilles avant d'ouvrir la bouche. C'est avec quelques difficultés qu'il finit par m'annoncer: "Je vais te le répéter une dernière fois, je veux que tu m'écoutes attentivement. Ta mère est morte, tu l'as assassiné."
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