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Commentaire de l'acte 1 scene 3 de Torqemada de Hugo

Dernière réponse : dans Etudes - Travail
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Ah! te voilà, marquis.

LE MARQUIS, s'inclinant.

Seigneur. . .

LE ROI.

Je suis bien aise


De causer avec toi.

Il lui montre le vieux siège de fer.

Qu'est-ce que cette chaise.''
Et pourquoi cette épée au-dessus. '^

LE MARQUIS.

Roi, ceci
Est le trône où jadis votre aïeul don Garci
S'asseyait, et le glaive est au plus haut du dôme
Comme attribut du roi.

LE ROL

Certes, dans ce royaume,
Je suis celui dé qui vient la vie et la mort.

GUCHO, au roi.

Vous êtes deux.

Depuis quelques instants un cortège vient de déboucher par la porte de droite
dans la cour carrée, se dirigeant vers la porte de gauche. Ce sont deux files
de pénitents, l'une noire, l'autre blanche. Elles marchent parallèlement, à pas
lents, cagoules rabattues. Les pénitents blancs ont la cagoule noire, les péni-
tents noirs ont la cagoule blanche. Les cagoules ont des trous pour les yeux.
En tête des deux files, un pénitent noir à cagoule noire porte une haute ban-
nière noire, sur laquelle on voit une tête de mort au-dessus de deux os en
croix. La tête de mort est blanche ainsi que les deux os en croix. Le cor-
tège traverse le fond du théâtre à pas lents et en silence. — Gucho montre
au roi la bannière.

LE ROI, a Gucho.

C'est vrai! Ce moine abject!

GUCHO.

D'accord.
Abject, mais grand. Devant Torquemada, tout tremble.
Même vous.

LE MARQUIS.

Quand on voit cette bannière, il semble
Qu*on sent la chair fumante et l'odeur du bûcher.

LE ROI.

Où ces hommes vont-ils, marquis.?



GUCHO.

Ils vont chercher
Ceux qui seront brûlés sur la place publique.
Vous êtes un bourgeois quelconque 5 on vous implique
Dans quelque imbroglio lugubre, à votre insuj
Ou bien, chez vous, sans trop vous en être aperçu.
Vous avez dit un jour quelque sotte parole j
A peine dit par vous, le mot fatal s'envole,
Court vers le saint-office, et va tomber sans bruit
En cette sombre oreille ouverte dans la nuit.
Alors on voit sortir d'un cloître aux tristes dômes
Cette bannière avec ces deux rangs de fantômes.
Et la procession se met en mouvement.
Elle avance au milieu du peuple lentement;
Elle passe à travers tout ce qu'elle rencontre.
Rien ne l'arrête. On fuit sitôt qu'elle se montre.
Ce sont les familiers de l'inquisition.
On se prosterne. On sait que cette vision
Est une main qui va chez lui saisir un homme.
Elle traverse ainsi toute la ville.

Montrant la bannière et les deux files d'hommes k cagoules
qui passent au fond de la cour d'honneur.

— comme
En ce moment, — toujours devant elle marchant.
Qu'il fasse jour ou nuit, sans un cri, sans un chant,
Elle va droit au but, muette et redoutable.
Vous, vous êtes chez vous tranquille, assis à table,
Riant, jasant, cueillant des fleurs dans le jardin.
Embrassant vos enfants, et vous voyez soudain
Cette tête de mort venir à vous dans l'ombre.
Oh! que de gens brûlés! on n'en sait plus le nombre.
Quiconque voit marcher cet étendard vers lui
Est perdu.

La procession et la bannière disparaissent par la grande porte
de la coir opposée à celle où elles sont entrées.



LE MARQUIS, bas au roi.

Le roi donne au clergé trop d'appui.
Quoi! Torquemada fait un conciliabule
A Rome, parle au pape, et rapporte une bulle,


Cela suffit, le roi s'éclipse! et son pouvoir
Éblouissant, joyeux et dore, devient noir!
Ce moine usurpe. Il a mis, en quelques années,
Son front vil au niveau des têtes couronnées.

Le roi distrait ne semble pas prêter d'attention aux paroles du marquis.
Bas k Gucho.

Le roi n'écoute pas.
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