Bonjour,
Je dois faire un commentaire sur ce texte mais j'ai beaucoup de mal à le comprendre. Pourriez-vous m'aider à le comprendre s'il-vous plait.
Merci d'avance.
De divers côtés on nous conteste le droit de postuler l'existence d'un psychisme inconscient et de travailler scientifiquement à l'aide de cette donnée. Nous répondrons que l'hypothèse de l'inconscient est nécessaire et légitime et que l'existence de l'inconscient est d'ailleurs prouvée de maintes façons.
Elle est nécessaire parce que les renseignements que fournit le conscient sont pleins de lacunes; tant chez les êtres normaux que chez les malades on observe souvent des actes dont le conscient cependant ne sait rien témoigner (...). Tous ces actes conscients resteraient incohérents et incompréhensibles si nous persistions à soutenir que le conscient suffit à nous révéler tous les actes psychiques qui se passent en nous. Par contre, ils deviennent d'une évidente cohérence lorsque nous interpolons les actes inconscients auxquels nous avons conclu (...).
On peut aller plus loin, et, pour confirmer l'existence d'un état psychique inconscient, dire que le conscient n'embrasse, à chaque instant, qu'un faible contenu, de telle sorte que la majeure partie de ce que nous appelons connaissance consciente doit, la plupart du temps, se trouver à l'état de latence donc d'inconscient psychique. L'existence de tous nos souvenirs latents rendrait totalement incompréhensible le rejet de la notion d'inconscient; mais, nous objectera-t-on, ces souvenirs latents ne peuvent plus être considérés comme psychiques, mais seulement comme les résidus de certains processus somatiques d'où peut à nouveau jaillir le psychique. Mais il est plus imprtant encore de se rendre compte que l'objection se base sur une assimilation non avouée, mais admise a priori, du conscient avec le psychisme. Cette assimilation est soit une pétition de principe, qui ne permet même pas de se demander si tout ce qui est psychique est, de ce fait, forcément conscient, soit le résultat de la convention établie, de la nomenclature. En ce cas, comme toute convention, celle-ci est irréfutable. Toutefois on peut se demander si elle s'avère assez utile pour qu'il faille s'en tenir à elle. On peut répondre que l'assimilation conventionnelle du psychisme au conscient est tout à fait impropre. Elle détruit les continuités psychiques, nous précipite dans les difficultés insolubles du parallélisme psycho-physique, peut être accusée de surestimer, sans motif valable, le rôle du conscient, et nous contraint à abandonner prématurément le champs des recherches psychologiques sans nous en dédommager par d'autres acquisitions en d'autres domaines.
S. FREUD: Métapsychologie (1915), Gallimard 1952