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Avec six victoires d'étape enregistrées depuis le début du Tour, les coureurs français esquissent une spirale fastueuse. Depuis 1997, le vélo hexagonal n'avait plus connu pareille dynamique. Vainqueurs lors des trois dernières journées, les cyclistes tricolores peinent pourtant à atteindre les sommets du classement général. Président de la Ligue nationale de cyclisme et patron de la Française des jeux, Marc Madiot décrypte ce paradoxe sportif.
Comment analysez-vous cette belle série française?
Marc Madiot : J'ai accueilli avec une énorme satisfaction les six victoires d'étapes françaises. Les coureurs ont su saisir les opportunités. Au regard du bon taux de réussite des Français lors des sprints finaux, j'ai l'impression que les équipes tricolores ont bien préparé leurs cyclistes. Je ne suis guère étonné par cette réussite. L'an dernier, ces coureurs échouaient régulièrement au pied du podium. Si on observe leurs comportements, ils méritent amplement ces succès sur la Grande Boucle.
Quatre victoires tricolores sur six se sont jouées en montagne. L'ascension est-elle une spécialité française?
Les coureurs tricolores savent gérer les étapes de montagne. Ils ont aussi bénéficié de circonstances favorables. Nous avons l'avantage de disposer de cyclistes de bon niveau qui se révèlent de redoutables baroudeurs. Cette année, le maillot à pois se jouera certainement entre deux français : Anthony Charteau et Christophe Moreau. Les méthodes d'entraînement des équipes hexagonales expliquent aussi ces progrès en montagne.
Les cinq lauréats français symbolisent-ils le renouveau du cyclisme national?
Entre Chavanel, Casar, Riblon, Voeckler et Fédrigo, je ne m'avancerai pas à dresser des comparaisons. Chaque coureur a son style et je les félicite. Aussi, il est trop tôt pour parler d'un réel renouveau du cyclisme français. Nous partons de loin. Il s'agit simplement d'une bouffée d'oxygène et d'enthousiasme. Restons humbles. On ne peut pas assurer que cette dynamique se confirmera l'an prochain.
Au classement général du Tour, le Français le mieux placé est Johan Gadret (20e). Comment expliquez-vous ce positionnement modeste?
Nous n'avons tout simplement pas de leader capable de remporter la Grande Boucle. L'an dernier, Christophe le Mével (FDJ) était parvenu à accrocher le Top 10. Il n'y aura plus de favori français du Tour tous les dix ans comme jadis. Auparavant, la compétition était dominée par la vieille Europe. Désormais, le Tour s'est mondialisé. Mais il n'y a pas de fatalité. Dans ce sens, les six victoires françaises sont encourageantes. La roue finira par tourner.
Depuis 1997, les Français n'avaient réalisé pareille performance. Sort-on d'un passage à vide?
A l'époque, il y avait des grimpeurs de l'étoffe d'un Richard Virenque. Puis, il y a eu l'éclosion des affaires de dopage. Je ne souhaite pas revenir sur ses événements. Les instances dirigeantes du Tour doivent assurer intelligemment les contrôles. Cependant, je ne partage pas la théorie du "trou noir" depuis 1997. De nombreuses étapes ont été gagnées depuis par le camp français.
La majorité des vainqueurs d'étape ont atteint la trentaine. La relève française tarde à émerger ?
L'expérience est un atout crucial pour remporter des étapes sur le Tour. Ces cyclistes sont arrivés à maturité. Ils ont davantage de ressources qu'un coureur de 20 ans. Ils appréhendent beaucoup mieux leur approche des parcours. En football, combien d'années avons-nous dû attendre pour passer d'un Kopa à un Zidane? Forcément, une nouvelle génération va arriver sur les routes du Tour. Bien que nous disposions de la plus grande course mondiale, la France demeure un petit pays du cyclisme. Ici, le nombre de licenciés ne progresse pas. Le vélo est un sport difficile. Contrairement au football, peu de cyclistes vivent de leur discipline.
Les équipes françaises vont-elles sortir gagnantes du Tour?
La petite reine n'a plus que ses champignons, son jambon et sa pate fine pour pleurer