Quatre hommes et une femme soupçonnés d'avoir contribué à une filière d'acheminement de jihadistes de Belgique et de France vers les zones de combat afghanes, en lien avec "l'icone" belge de la guerre sainte, Malika El Aroud, comparaissent depuis mercredi devant le tribunal correctionnel de Paris.
Soupçonné d'avoir rejoint un camp d'entraînement en Afghanistan, Walid Othmani comparaît détenu.
Jugés pour avoir apporté une aide financière ou logistique au réseau, Hamadi Aziri, Samira Ghamri et Youssef El Morabit assistent libres à leur procès, tandis que Hicham Berrached, libre également, ne s'est pas présenté, prétextant n'accepter que la justice divine.
L'affaire jugée depuis mercredi trouve sa source fin 2008 en Belgique. A quelques heures d'un sommet européen à Bruxelles, la police belge procède à un coup de filet, car elle craint un attentat. Parmi les personnes interpellées figure une Belge d'origine marocaine du nom de Malika El Aroud, veuve de l'un des assassins du commandant Massoud.
En 2010, cette quinquagénaire décrite comme "l'icône des jihadistes", est condamnée en première instance, puis en appel, à huit ans de prison pour ses liens avec Al-Qaïda.
Malgré ses dénégations, elle est jugée coupable d'avoir "dirigé un groupe terroriste agrégé à Al-Qaïda" qui a recruté des jeunes en Belgique et en France pour mener le jihad en Afghanistan.
Très active sur internet, cette femme remariée à un islamiste en fuite, Moez Garsallaoui, est accusée par la justice belge de porter une "responsabilité écrasante" dans la mort en Afghanistan, en décembre 2009, d'Hamza El Alami, un jeune Français de 20 ans originaire d'Albertville.
Sous le nom de plume d'Oum Obeyda, Malika El Aroud est devenue l'une des cyberjihadistes les plus en vue en Europe.
Dans une interview, elle expliquait en mai 2008: "Je possède une arme. Ma plume. Ma langue. C'est ma guerre sainte (...) Ecrire, ça aussi c'est une bombe".
Mais, selon l'accusation, El Alami n'est pas le seul Français à avoir rejoint l'Afghanistan via cette filière.
Un autre jeune, Walid Othmani, aurait lui aussi quitté la France, fin 2007, pour rejoindre les zones de combat via la Turquie et l'Iran. D'après les enquêteurs, le jeune homme aurait rejoint des combattants belges dans une maison en pleine zone tribale où il aurait participé à des formations militaires et religieuses pendant plusieurs semaines.
Lassé de cet entraînement, il aurait quitté la zone avant même d'avoir combattu les forces occidentales. Arrêté en Turquie où il a été incarcéré durant six mois, il a ensuite rejoint la France où il a été immédiatement interpellé par les forces de police. Il est depuis écroué.
Selon une source proche de l'enquête, la particularité de ce dossier est que pour la première fois, un tribunal français va se pencher sur le rôle des sites jihadistes dans la stratégie d'Al-Qaïda et dans la radicalisation des jeunes musulmans.
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