À leur tour, les hauts magistrats se penchent sur cette mesure. Ils pourraient la juger contraire à la Convention européenne des droits de l'homme.
Le parquet général de la Cour de cassation a donné jeudi un sérieux coup de griffe au régime de la garde à vue. Ses représentants ont estimé non conformes aux règles européennes plusieurs dispositions de la loi en vigueur qui limitent la place des avocats. Dispositions qui figurent également dans le projet de loi que vient d'écrire Michèle Alliot-Marie… Si bien que la Chancellerie pourrait être amenée à revoir encore sa copie. La Cour de cassation se prononcera le 19 octobre.
Pas d'exception pour le terrorisme et la criminalité organisée
Deux des dossiers examinés jeudi par la chambre criminelle de la Cour de cassation, réunie en formation plénière pour souligner l'importance du sujet, concernaient des trafics de stupéfiants. Pour les affaires de «stups», selon le jargon des spécialistes, les officiers de police judiciaire peuvent interroger les personnes mises en cause jusqu'à 72 heures sans intervention d'un avocat. Cette exception a été conçue pour les dossiers les plus lourds, visant la criminalité organisée ou le terrorisme, les enquêteurs craignant que l'irruption de l'avocat ne freine leurs investigations.
En juillet dernier, lorsqu'il a censuré les articles organisant la garde à vue, le Conseil constitutionnel a épargné ce régime dérogatoire, au grand soulagement de la Chancellerie. Les représentants des avocats n'ont pas manqué de protester (jusqu'ici en vain) sur une situation qu'ils estiment paradoxale : plus les faits allégués sont graves, moins le gardé à vue est défendu.
Le coup de grâce a été porté jeudi par les représentants du parquet général de la Cour de cassation, qui donnent le «la» à l'audience. Selon eux, une personne gardée à vue ne doit pas être interrogée par les enquêteurs avant d'avoir rencontré son avocat, sauf exception à justifier au cas par cas par des «raisons impérieuses». La loi ne peut donc écarter cette intervention de l'avocat de façon générale. Si la Cour de cassation suit ses avocats généraux, le ministère de la Justice devra réécrire le texte qu'il vient à peine de finaliser…
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