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Chroniques d'une folie - Santé / Amour
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[color=red]A tout le courage qui ose lire… tu es fou ![/color]

 


Bien callée sur sa chaise, soudain en besoin de réconfort, explorant le fond vide d’une tasse de café depuis environ deux heures, surtout ces taches, de cette couleur si particulière au café qui se sont formées sur les bords de la céramique blanche. En fond, en musique d’ambiance «J’en déduis que je t’aime» de Charles Aznavour. Cette chanson tourne en boucle depuis aussi à peu près deux heures, et quand Itunes est tenté de la changer, elle est remise par la jeune fille. Elle a envie de l’entendre. Sachant que c’est elle qui la met dans cet état avancé de mélancolie, de nostalgie. Elle a envie de l’entendre. Sachant qu’elle ne l’écoute plus. Elle a une obsession en tête : écrire. Cette obsession en vient d’une autre, bien plus grave. Cette obsession inconnue, cette obsession incomprise, cette obsession à laquelle elle n’arrive pas à mettre un nom…
Elle décide d’écrire, qui sait…
Par ou commencer ?

 

Deux ans. Deux ans scolaires que je la croise. Elle était ma prof’ de latin, l’année dernière, 4ème 5. Douce 4ème. Elle n’était que ça pour moi, un prof de latin. La «BCBG» du Collège-Lycée en tant que prof, certes, mais rien qu’une prof. Juste un prof de latin, trois heures par semaine, qui s’habillait bien et qui cachait bien ses rides.

 

3ème4. Douce 3ème. La professeur de français est connue, c’est cette fameuse prof’ de latin. La même, toujours aussi BCBG, toujours aussi bonne pour cacher ses rides. Mais maintenant, prof’ de latin et de français. Le français, ma matière préférée. Le professeur qui l’assume en devient forcément une sorte d’adoration, puisqu’il enseigne la matière que j’aime, puisqu’il sait ce que je veux savoir.

 

Jusque là : normal.

 

Tous mes profs de français sont passés par ça. Tous, sans exception. Depuis qu’ils s’appelaient «maîtres» et qui assumaient non seulement le français mais quelque autre que soit la matière. Pourvu qu’il y ait le français. Pourvu qu’il y ait les textes. Les livres. Les rédactions. La littérature. L’ébauche sur un début de philosophie.

 

Tous y sont passés.

 

J’aime bien, les profs, les maîtres. J’ai toujours été celle à rester la dernière dans la salle, rangeant en lenteur, rêveuse, mes affaires, pressée par mes copains mais n’écoutant que mon cœur. Ce cœur, si incompris, qui m’ordonna toujours de rester, de parler avec les profs, de tout, de rien, des cours, de l’exposé a préparé pour le lendemain, de la pièce de théâtre vue la veille. Juste histoire de leur parler, sans importer le dialogue, juste histoire d’être là. De «fayotiser».

 

Avec elle, aussi.

 

Juste par habitude, hébétude. Appelons-là Madame. Madame… F. Entre autres pour Farfalla.
Rien ne me poussait à en faire moins qu’une habitude.

 

Rien.

 

Juste ses mouvements, en parlant. Ses mouvements captivants, ces mains là, fragiles, mais si fortes, des fois figées, et si souples. Ces mains qui cachent des rides. Ces mains qui bougent, qui insistent, qui ponctue chaque une de ses paroles. Et son sourire. Si doux, si indulgent. Et la veine de son cou, palpitante, vivante, jusqu'à la courbe de son épaule, cachée souvent sous une chemise légère, et l’ébauche, l’ombre qui annonce un sein.

 

Mais ce n’est pas tout. C’est surtout son savoir, sa délicatesse, dans sa voix, dans ses paroles, dans son rire. Tout ce déjà dit, c’est ce qui captive l’attention. Pas forcément ce qui la garde. Ce sont ses mots, ce nectar… ce poison !

 

Je ne suis pas amoureuse.
Je le sais.
Et pourtant. Je suis amoureuse.
Je le sens.
Ce n’est l’amour comme on l’étend, ce n’est pas… quelque chose de sexuel, de physique. C’est quelque chose qui passe par l’enseignement… de tout. L’enseignement de la vie.

 

J’ai rêvé.
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Elle est assise en hauteur par rapport à la place. Adossée à un mur, une jambe pendante, l’autre repliée, support d’une pochette rouge vin gribouillée de dessins et de mots noirs, support à son tour d’une feuille. Son stylo la griffonne avec un léger bruit de caresse.
Autour d’elle toute sa classe, des jeunes, ses compagnons, qui parlent, gigotent. Deux filles dansent, elle les aperçoit plus où moins, avec un coin de l’œil. Leur prof explique quelque chose à un petit groupe qui s’est formé autour d’elle, avide de ses paroles. Un éclat de rire résonne entre eux. Andrea est complètement ailleurs, tantôt elle écrit, elle barre, elle mord l’extrémité de son stylo, pensive, ou le fait battre une cadence régulière sur sa joue.
«Tu écris quoi ?»

 

Elle ne l’a pas sentie s’approcher, sa prof, qui la regarde. Elle lève les yeux de sa feuille, la baisse sur elle, sourit doucement.

 

«La dissertation d’un jeune garçon pour son cours de français avec une jeune prof veuve»

 

Peut-être presque une réponse incomplète, mais une vérité totale. C’est la troisième page de la dite dissertation, un texte argumentatif sans importance ancrée dans une histoire.

 

«Vous voyez les enfants ? Andrea écrit l’histoire d’une jeune veuve et d’un jeune garçon…»

 

C’est l’euphorie partout, la nouvelle est donc prise avec quelques paroles, rien de bien important. Andrea, elle, sourit. Sa prof aussi. Complices presque.

 

***

 

Elle ouvre son cahier, en sort un petit bout de papier. Sa prof est assise à côté d’elle. Devant elles, deux garçons de la classe. Le papier contient les réponses au DST. Elle n’à pas peur, sa prof ne soupçonnerait jamais d’elle, elle refuserait même l’évidence mise sous le nez. Elle se trouverait une excuse à elle-même pour ne pas croire qu’Andrea a triché.

 

Un des deux garçons murmure. Dénonce. Elle nie. La prof se voit obligée de réagir, demande le papier, regarde, le lit. Andrea sens sa main trembler et son regard devenir arrogant. Les traits fins de sa prof, d’habitude si fins, si gracieux, pleins de lumière, s’assombrissent.

 

«Intéressant…»

 

Qu’aurait-elle pu dire d’autre ?

 

«Rémi… va chez le CPE…»

 

Rémi… l’un des deux cafteurs. Toute la salle tremble, retiens son souffle. Quelle sera la sentence ? Quelle sera la punition ? Andrea, la toujours aimée, la chouchoute des professeurs. Surtout celle de Madame F, «sa meilleur élève en français», celle dont toutes les rédactions sont lues et félicités. Andrea, ce n’est pas la première fois qu’elle triche, elle s’est enfin prendre. L’opinion muette vacille entre le «bien fait pour elle» et le «la pauvre».

 

«Fait apporter une table»

 

Une table ? Une table, c’est tout, juste une table ? La criminelle prends ses affaires, se lève, pose son dos contre le mur, attends la table que Rémi est allé chercher. Elle n’ose pas regarder sa prof, elle sait que son regard est insolent, fière et arrogant, elle sait qu’elle fait genre qu’elle s’en fou. Et pourtant, elle sait qu’elle ne s’en fou pas, que son cœur se brise, qu’elle a envie d’hurler et de pleurer. Pas qu’on l’ait prise, pas qu’on la punisse. Seulement que sa prof ne sait plus très bien quoi regarder et comment, seulement que la voix de celle-ci a vacillé, seulement que son front est noir.

 

***

 

Le contrôle est passé, Andrea s’en va, sac sur le dos, démarche royalement insultante. Pas un regard envers cette prof que quelques heures auparavant elle admirait et que maintenant elle déteste pour être elle-même la cause d’une déception qui lui va mal au teint.

 

***

 

Toute la classe courre et disparait. La rue est gênée par une grue abandonnée bien au milieu. Andrea grimpe sur son vélo, pédale un peu, cri qu’on l’attende. Derrière elle il n’y à plus que la prof, avec qui elle ne veut surtout pas être seule. Mais les autres ont disparu.
Elle saute du vélo, le balance à terre.

 

«Salop’rie !»

 

Elle fait demi-tour, enfonce les pognes dans les poches, rentre le menton et marche vers la prof, fixant avec insistance ses pieds. La ville semble déserte de toute autre personne qu’elles deux.
Elle arrive à ses côtés, la passe, fait tourner ses talons quand elle se trouve derrière elle et suit ses pas, telle une ombre, sans mot dire, sans un regard.
Peut-elle faire autrement ? Elle est là, dans une ville inconnue et secrète, les camarades se sont évaporés, la prof est son seul repère.

 

«Tu fais des efforts»

 

Andrea ne comprends pas ces mots prononcés, lève les yeux et les croise pour première fois depuis longtemps avec ceux de sa prof. Ils sont si doux, si beaux. Elle rebaisse le regard immédiatement, donne un coup sur un caillou.

 

«J’fais pas d’efforts»

 

Elle ne comprend même pas desquels efforts elle lui parle, mais l’esprit de contradiction qui accompagne la fierté et l’orgueil du boudage se sont emparées d’Andrea. Et puis c’est vrai, elle ne fait pas d’efforts. Pas du moins en ce qui les concerne, elles.

 

***

 

Elle va chercher ses feuilles, elle à une idée pour la jeune veuve. Un seul coup d’œil suffit, une écriture connue mais étrangère est sur son histoire.
’Hasard’ ne prend pas de z, Andrea
Elle reste immobile. Une larme coule.

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Je n’ai su attendre.
Je lui ai écrit.

 
Citation :

Jeudi 22 mai 2008, le soleil disparait doucement

  

Madame,

 


Loin de moi l’idée de vouloir vous embêter vous invitant à une lecture qui s’annonce longue, et d’ailleurs je me trouve très niaise et bête de vous écrire.

 

J’ai aussi réfléchi si le faire ou non depuis que nous avons parlé, disons que hélas pour vous j’ai compris dans vos paroles ce que j’ai voulu comprendre et je me suis convaincue que c’était une invitation à le faire, donc j’ai trouvé la raison de m’expliquer et de parler plus forte que celle qui me retiens en tant qu’élève à m’adresser de façon presque ouverte et ridicule à un professeur. Car après tout, je ne suis qu’une des milliers d’élèves que vous avez, avez eu et vous aurez encore et vous n’êtes qu’une des centaines de professeur que j’aurais eu durant ma scolarité.
Nous nous oublierons.
Sert-il donc à quelque chose de sortir de la relation que mes camarades ont avec vous ou avec d’autres professeurs si de toutes façons dans quelques années nous ne serons plus rien l’une pour l’autre, même pas élève pour professeur ni professeur pour élève ?
Pourtant si, j’en juge que ça en vaut la peine quelles que soient les conséquences dont j’imagine une grande palette de couleurs. Je vais vous faire parvenir ce que je vous écris là, malgré le courage de sortir de ce qui est dont j’aurais besoin. Après le souci restera de voir votre réaction (ou de l’imaginer étant donné que le «manque de réaction» est toujours une réaction possible). Voir votre réaction et essayer de deviner la «vraie» réaction. Souvent celle montrée diffère de celle réelle.
Je pourrais vous ennuyer, ou vous énerver. Vous avez une vie, des fils, sans doute un mari, des petits-enfants, des amis, des amies. Quel serait l’intérêt de «développer» une relation avec une élève exactement en tout points semblable au reste qu’on ne voit que huit heures par semaine et jamais personnellement ?
Je peu aussi être entrain de vous faire perdre votre temps, entrain de me ridiculiser à tenter, non pas de franchir mais de découvrir sur tous ses angles la barrière entre le professeur et l’élève. Je pourrais aussi vous attendrir ou vous faire pitié (ce qui est très très très loin d’être mon but) ou simplement faire quelque chose dont vous avez l’habitude. Comment pourrais-je savoir que je suis l’énième de vos élèves à faire la même chose ?

 

Malgré tout, je soutiens face à moi-même que ça en vaut la peine (de vous écrire, non pas de me lire) et que c’est le moment. Après tout je pourrais me taire et tout dire la veille d’un départ sachant que je ne vous reverrais jamais. Mais cela serait trop tard. Enfaite, j’y avais pensé, mais aujourd’hui j’ai changé d’avis étant données les circonstances.

 

D’abord je voulais juste rebondir sur un détail de notre conversation et le corriger : je sais qui je suis. Et je ne voudrais être nulle autre que moi, et de nulle autre façon. Certes, ça sonne vaniteux, ça sonne aussi orgueilleux et même prétentieux, mais le simple fait d’oser vous écrire de la sorte ne l’ai déjà trop pour s’attarder sur un tel détail ?
Le problème que je vous ai planté en route vers la salle des professeurs (le CDI lycée pour moi) réside dans le fait de ne pas montrer «publiquement» celle qu’on est par peur de ne pas être «acceptée».

 

La deuxième et finalement grande raison pour laquelle «je prends la plume» aujourd’hui et vous écrit est une sensation de culpabilité. Envers vous et envers moi. Ce n’est pas cette culpabilité ressentie après une faite ou même un mensonge, mais plutôt celle ressentie après avoir vainement et «par ruse» inquiété/troublé quelqu’un. Même si je sais que je n’ai pu que «troubler» le professeur et non pas la femme (dans le sens d’homme, d’être humain). Mais bon, cette culpabilité est peut-être encore une excuse… enfin.

 

Je vous explique :
Ce matin, ou bien hier soir, j’ai rêvé de vous. Ca sonne étrange, bizarre, cinglé, dément, ça ne sonne pas comme doivent sonner les paroles qu’on dit à un professeur, mais c’est la vérité. Peut-elle être déplacée, surtout quand elle vient de l’inconscience même ? Car bon, je n’ai pas fait exprès de rêver de vous, et pourtant… Je ne raconte pas souvent mes rêves, ni les écrit, puis je les oublie, c’est bien dommage je trouve. Ce que je fais par contre, comme tout le monde je suppose, c’est les analyser, les revoir dans ma tête, essayer de les reconstruire. Souvent je me suis dit que je devais les écrire, puis, rien. C’est un passe-temps intéressant, voir ce qu’on peu penser sans même faire exprès, reconstruire des scenarios farfelus, souvent impossibles. Rêver est un pouvoir magnifique.

 

Juste pour que ce que je vais dire ensuite ai du sens pour vous, je vais vous raconter.
Ce n’était pas le premier rêve ou vous figuriez, ni même ou vous jouiez un «rôle principal». C’était une histoire simple, mais la complexité venait par rapport aux relations et aux sentiments.
Enfaite, j’avais découvert hier en rentrant chez moi, le contrôle de grammaire dans ma pochette (je me demande encore ce que j’ai bien pu vous rendre à la place) et je pense que c’est à cela que se doit «l’histoire du rêve».
Il y avait un contrôle auquel je trichais, vous me surpreniez sur le fait. Je n’en éprouvai ni colère, ni peur, juste cette conscience horriblement blessante d’avoir déçut quelqu’un à qui on tient. Vous restiez silencieuse, et dans ma tête se formait l’excuse que j’allais vous donner : je n’avais ni compris ni réviser la leçon et par peur d’une mauvaise note et de vous décevoir avec celle-ci j’avais préféré tricher. Je pense que ce n’était qu’une excuse. Vous ne me la demandiez pas, vous ne me demandiez rien. Et je m’enfermai plusieurs jours dans un mutisme colérique, orgueilleux et boudeur, refusant même de vous regarder dans les yeux, vous me laissâtes faire. Il faut savoir qu’avant l’incident, j’étais entrain de rédiger quelque chose, une histoire ou que sais-je, et que vous m’aviez demandé ce que c’était, je vous avez vaguement répondu.
Quelques jours après je retrouvai cet écrit, lu et commenté par vous sans doute dans une tentative pour briser la barrière que j’avais volontairement mise entre nous.

 

Puis je me suis réveillée et dans le vain espoir de finir mon rêve et d’en connaître le fin mot de la fin, ce mot que les rêves laissent toujours vide pour que qui le désire puisse l’inventer, je me rendormi. Je faillis même d’arriver en retard en cours de grec et j’y suis arrivée assez fatiguée et pensive par le rêve. Je pense que madame * à plutôt remarqué la fatigue. Rien d’autre.
Au cours de la journée qui s’est passé exactement comme toutes les journées je me suis demandée, en sujet complètement à part, s’il fallait accepter de ne pas être accepté pourvu que cela nous permette d’être soi-même. Techniquement la réponse parfaite serait «oui». Oui, il faut toujours être soi-même et oui on peu être aimée en l’étant. Mais après il faut voir avec chacun individuellement. Personnellement je pense que je n’aurais jamais le courage d’accepter de ne pas être acceptée. Je fais bien entendu la distinction entre «être acceptée» dans un milieu complètement faux et superficiel comme l’est le milieu dans lequel nous, élèves, vivons et «être aimée» par ceux qui justement nous aiment comme nous sommes vraiment et nous aiment en verité.
Bref, une journée complètement normal, comme je disais, nullement triste, nullement dépressive. Ou du moins j’en garde cette impression là.

 

Le problème viens ensuite. Le problème vient quand vous m’avez prise à part.
Je pense vous avez deviné que vous êtes l’objet d’une admiration presque complète chez moi, que je bois toutes vos paroles comme on boirait du nectar et suis toujours impatiente que vienne l’heure de cours dans vous nous faites honneur. Que j’aime vos gestes et j’aime vous regarder, énervée ou en plaisantant. Enfin, ça pourrait presque ressembler à une déclaration d’amour. Ca l’est. Peut-être cherche-je un peu partout une affection maternelle qui puisse remplacer la mère inconnue, peut-être, je ne sais pas. Je vous accorde que je suis ridicule, que tout ce que je dis, bien qu’il n’y ait point de problèmes pour le penser, ne se dit pas. Mais je suis une «sentimentale» et n’ai jamais réussit à taire ce que je ressens pour les autres, soient-ils des adultes quasiment inconnus. C’est peut-être très mauvais, car je sais combien ça peu provoquer du malaise des deux côtés. C’est sans doute un défaut, mais c’est mon défaut, je l’aime bien, et à vraie dire je ne voudrais pas ne pas l’avoir. J’aime m’exprimer, dire ce que je pense. Vous ne pouvez savoir combien de fois je pense à la correction que vous faites de quelques unes de mes copies «Une bonne étude, Andrea». Cet Andrea. Le simple fait que vous écriviez mon nom, que vous m’adressiez donc vos paroles complètement individuellement, presque que vous insistiez sur le fait que c’est moi qui ai fait une bonne étude. Bien sur, peut-être c’est du n’importe quoi, vous n’y pensez pas, vous ne le faites pas pour ces raisons-là. Mais, peut-être encore par cette recherche d’affection, je m’en suis convaincue.
Donc vous devez comprendre pourquoi après être rentrée en classe, après tout le monde, après vous avoir assuré que j’allais bien –ce qui était le cas, normalement–, après avoir posé mon sac sur la table, j’y ai aussi posé mes mains, j’ai sentit mes yeux me piquer, je baissai la tête, mis mes cheveux devant moi pour ne pas être vu. Pourquoi ? Je ne sais pas. C’est venu tout seul. Vous devez savoir que je n’ai pas particulièrement une grande relation avec madame *, que le grec n’est pas fait pour moi, elle à du vous dire que «je ne fichais rien». Et pourtant, j’ai quand même pleuré, toute seule dans mon coin, seule au milieu de la classe, parce que madame * et madame F s’étaient inquiétées pour moi. Même si tout allait bien.
Vous savez aussi, toutes ses conversations à la fin des cours, banales souvent, et bien, c’était toujours dans l’espoir d’arriver à quelque chose de moins banal. A quelque folie comme celle que je fais en vous écrivant.
Donc mon chti cerveau est allé à toute vitesse : faire la triste pour être encore plus remarquée. C’est affreux, j’en suis consciente, c’est pourquoi j’ai décidé vous écrire, demander pardon.
C’est ce que j’ai fais. Enfin après la petite larme versée je n’ai pas du me forcer trop non plus, mais quand même. J’ai remarqué que vous aviez remarqué. J’ai tardé pour ranger les affaires, pour sortir de la classe, vous dire quelques mots, j’ai descendu lentement les escaliers, espérant que ce qui est arrivé arrive. Vous avez repris le sujet, vous m’avez de nouveau parlé. J’ai «inventé» une excuse pour laquelle «je n’allais pas bien» et j’ai ressortit mes pensées sur «être qui ont est», par lesquelles j’ai commencé ce que je vous écris. Le reste vous savez, vous y étiez.

 

Je n’avais pas envie de vous «troubler» sachant que ce n’était qu’une «rusée comédie» pour échanger quelques mots plus «personnels». Finalement ça à forcément marché, puisqu’on à parlé, et puisque je vous écris…
M’enfin, ça n’à peut-être pas marché par des bons chemins, à moins que la fin justifie les moyens ?
Vous vous rappelez le livre de min grand-père ? La dédicace qu’il vous à faite ? Je pense que vous vous en êtes doutée, mais puisque c’est le moment, je vais le dire. Non, il ne l’a pas fait contre ma volonté mais presque contre la sienne. Je lui ai suppliée de mettre «pour Mme F adorée de ma petite-fille» le prévenant que je ferais semblant qu’il l’avait fait contre ma volonté, ce que j’ai fait.

 


Et puis, juste pour finir, je voulais aussi, encore une fois parler de moi. Je suis une bavarde, j’adore parler, je suis une sentimentale et j’adore dire ce que je sens. Et en plus, je suis une vaniteuse qui s’adore elle-même et qui ferait tout toujours pour montrer aux autres combien elle est parfaite. Je me caricaturise un peu, mais très peu. C’est un défaut que j’ai. Dont je suis consciente et pas forcément fière, mais je ne suis pas sure de vouloir me changer, car justement, je m’aime bien comme je suis. Ou comme je crois que je suis. Car bon, après tout, on est comme on est dans la vie, pas dans la tête. J’ai beau être comme-ci dans ma tête, si je suis comme-ça dans la vie, comment je suis ? Laquelle des deux je suis ? J’en ai marre d’être deux. Je voudrais être dans la vie comme je suis dans ma tête, et c’est juste cette parcelle de courage dont je vous ai parlé avant qui me manque. Cette parcelle de courage qui me manque pour contredire ce que vous avez dit sur moi aujourd’hui, quand vous avez parié que je serais quelqu’un de bien.
Je ne sais pas, je n’y crois pas vraiment. J’ai trop de folies dans la tête pour l’être un jour. Dont la première est ce complexe de la simplicité. Ce n’est pas que je veuille être quelqu’un d’exceptionnelle, mais que je n’arriverais jamais à vivre bien, simplement, à trouver mon bonheur dans une vie tranquille, paisible et belle. Je déteste l’idée que quand je serais grande il faudra vivre une vie monotone, faire toujours les mêmes choses, acheter une télé, faire des courses, acheter un sac, aller travailler, revenir, faire à manger, manger, rencontrer quelque ami, parler un peu, dormir. Je ne sais pas si vous avez vu un film qui s’appelle Transpoting et qui commence justement comme ça :
«Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles […] choisir son avenir, choisir la vie.»
Eh ben voilà, je ne pourrais pas, je ne serais pas heureuse. De toutes façons je suis destinée à ne pas l’être, heureuse. L’école est aussi quelque chose d’assez monotone, mais on apprend, et j’ai une soif d’apprendre assez incroyable, j’aimerais tout savoir. Mais là encore, je n’ai pas le courage, pas la volonté de décider d’étudier, et pas seulement, ça encore, ça irait, de ne pas chercher plus loin de ce que l’on m’apprend, de ne pas chercher des renseignements supplémentaires, de ne pas m’informer. L’école donc, enfin, le collège, futurement le lycée, est donc pour moi un lieu de culte, comme les professeurs des divinités. Certes, j’ai jamais autant aimé un cours comme ceux de français, je n’en aimerais jamais autant comme ceux de philosophie, mais je les aime tous, si seulement je prenais le temps, le courage de les revoir, je pourrais monter plus haut, bien plus haut. Pourquoi je n’aime pas l’orientation ? Je sais que je vais prendre le côté Littérature, mais cela signifie renoncer à apprendre ce qui s’apprends du côté S et même ES. Choisir dans ce cas me semble renoncer à apprendre autres choses. Et là encore, je ne supporte pas.
L’école oui, j’en «supporte» la monotonie, si on peu appeler monotonie apprendre. Mais dans ma vie, je ne pourrais pas. Je ne serais pas heureuse, vraiment pas. En pensant que je pourrais l’être autrement. Si je n’ai pas le courage d’oser ne pas vivre comme tout le monde avec cette banalité effroyable, alors je ne serais pas heureuse. J’envisagerais dans ce cas peut-être d’être professeur de lettres. Parce que vous surtout m’en avez presque donné l’envie, parce que j’aimerais bien, être un jour comme vous. Et peut-être justement je ne le serais pas, de peur de justement me décevoir moi-même car je ne réussirais pas à être aussi bon professeur que vous.
Et si je l’ai, ce courage, de me tourner vers les arts, vers une vie qui n’est pas sure alors que j’ai toujours été habituée à avoir tout ce dont j’avais besoin, une vie incertaine où on ne sait pas si le lendemain on aura «de quoi bouffer», une vie de «bohème» si seulement cela ne voulait plus «rien dire du tout». Si je l’ai, donc, ce courage, pourrais-je être heureuse ? Parce qu’alors ne se posera plus le complexe de la simplicité, mais celui de la grandeur. Je serais toujours, par mon manque de volonté sans doute, de courage, et de compétence, une quelconque personne moyenne qui rêvera toute sa vie d’être la première, qui «crèvera» un jour et que personne ne saura qu’elle aura existé, qu’elle n’aura rien fait de grand dans sa vie, dont personne ne se rappellera du nom, qui ne sera ni une Montesquieu, ni une Balzac, ni une Dumas, ni une Molière, ni une Shakespeare, ni une Cervantès, ni une Zola, ni une Georges Sand, ni une Einstein, ni une Mozart, ni une John Lennon, ni une Van Gogh, ni une Picasso.
Comment peut-on vivre heureuse en sachant cela ? Je le sais bien, je vois mon père qui est peintre, qui voit sa mort approcher à grands pas et qui sent que son art n’a pas changé le monde, qu’il ne le changera pas.
Comment ? En disant non à cette vie de fous et en choisissant la simplicité, une famille, une maison… certes. Une maison, un chez soi. J’aime la langue française, j’aime paris. J’aime mexico aussi. J’aime l’Italie et l’Argentine, j’aimerais l’Inde quand je la connaitrais et aussi l’Afrique. Oui, certes, mais je ne suis pas française, je ne le serais jamais, ni italienne, ni argentine, malgré mes origines puisque mes parents eux-mêmes ont arrêté d’être de leurs pays, je ne serais non plus africaine ou indou. Et pas non plus mexicaine. Du Mexique je connais, quoi ? Les deux quartiers les plus bourgeois de la capitale. Je n’ai pas l’esprit du Mexique, ni celui de nulle part. Je ne serais jamais chez moi nulle part. Bien sur, je serais donc chez moi partout. Mais il manquera toujours un chez moi. Ce chez moi manquant qui ne me laissera pas vivre une vie simple, qu’il me fera la qualifier de banale, pour lequel je voudrais avoir le courage d’une vie folle. Qui ne me satisfera pas non plus.

 

Alors finalement, pourrais-je être plus tard quelqu’un de bien quand je sas que je ne pourrais, quelque soit le cas, être bien dans moi-même ? Que je sais que je serais toujours emplie d’insatisfaction ? Quand je sais que je ne trouverais jamais le bonheur ?

 

Je viens de me rendre compte que je ressemble à Antigone, et pourtant c’est loin d’être mon but. Quoique peut-être dans mon inconscient c’est à elle que je veux me comparer. Ou alors je refuse de croire que je pourrais être un jour heureuse parce qu’«écrivent les malheureux» et que je veux me convaincre que j’écrierais, moi qui aime écrire mais qui, faute de volonté, ne le fait que pour les rédactions ô combien aimées du lundi matin…

 

Qui suis-je et que serais-je ?
C’est la question de mon âge. Je refuse d’y croire, sans raison valable, juste car j’ai envie de le refuser. Je me la pose depuis longtemps, plus longtemps que mon âge mais n’en cherche pas la réponse. J’imagine certaines possibilités, mais ne la recherche pas vraiment. Elle viendra d’elle-même. Toutes les réponses viennent d’elles-mêmes et quand ce n’est pas le cas, c’est qu’on n’a pas besoin de les connaître. C’est contradictoire avec mon envie de tout savoir. Je suis contradictoire. Encore une fois l’âge ? J’en serais très triste et déçue. Je ne voudrais vraiment pas en finir avec mes contradictions et ma «recherche» de moi-même dans quelques années. La vie perdrait une grande partie de son gout…

 


Sur quoi, Madame, m’excusant assez lamentablement de vous avoir soumis à une lecture sans doute ennuyeuse, me trouvant l’excuse demie-valable d’avoir explosé d’attente et de ne pouvoir taire ce que je sens quand je vous vois et entends, d’avoir eu envie d’écrire ce que je ressens en grande partie pour le remettre en clair dans ma tête et d’avoir senti la nécessité de m’excuser pour ma comédie rusée, je vous laisse.

 


Le soleil est tombé, Paris est noir au clair de lune.

 



Andrea

 

Vendredi arriva. Forcément.
Elle m’interpella, en cours de latin.
«Andrea…»
Je ne me retourne pas. On est en cours autonome, versions en groupes. Elle pourrait très bien me demander d’aller la voir entre-temps. Me ‘forcer’ à croiser, à soutenir son regard.
Non. Elle me demande juste d’aller chercher les dictionnaires.
Je fais, soulagée. Et pas.
A-t-elle lu ? Quelle est sa réaction ?

 

Fin du cours. Elle me lance «J’ai eu ton petit mot, mais je n’ai pas pu le lire». Je ne me retourne pas, continue mon chemin, comme si je n’avais pas entendu.

 


Au soir…

Citation :

Et me voici, de nouveau à vous écrire.

 

Madame, excusez-moi en.
Madame, je m’en sens coupable.
Madame, je regrette presque.
Madame, j’en ressens le besoin.
Madame, je pourrais juste écrire pour être satisfaite,
Mais ma nature fière me l’empêcherait sans public.
Madame, je pourrais m’énoncer les faits pour les mettre en ordre,
Mais ma nature fière me l’empêcherait sans une autre oreille
Dans laquelle infiltrer mes paroles.

 

Je pourrais dire, paroles de poison, de vipère. Ca ferait tellement un effet beau sur la phrase. Mais suis-je une vipère, suis-je un poison ? Pour la bonté d’une phrase presque toute faite et d’une idée déjà bien ancienne, pourrais-je ainsi affirmer ce que sans penser je pense ? Non, car dans ce cas je me sentirais stupide, me comparant à des phrases faites et des idées ancienne, a des héros d’histoire disparus, moi qui ne suis autre que rien.
Rien, combien ce mot peu faire peur aux hommes. Rien après la mort. Rien dans la mort. Rien dans la vie. Tout simplement être pour ne pas devenir.
Rien, une seule idée qui contiens tout sans ne rien contenir.

 

Madame, je vous écris sans même que vous m’ayez lue.
Je vous écris alors même que je ne sais pas ce que cela vous fait.
Mon prénom à résonné aujourd’hui dans la classe.
Mon prénom, de votre douce, de votre envoutante voix.
J’ai eu peur, peur que vous ne vous m’aviez lu et ne voudriez me parler, me forcer en quelque sorte donc à dire ce qui n’est pas dicible et qu’on écrit pour taire, m’obliger à soutenir votre regard. Ce regard, que j’essaye de croiser le plus souvent possible.
Ne suis-je pas finalement pesante à toujours vous regarder, avec insistance ?

 

Madame, je suis cinglée, je sais ce que je vous écris sans le savoir.
Je sais que je ne devrais pas. Et je fais.
Je sais qu’après vous ne voudrez plus me regarder peut-être, que voyant une autre image de moi cela ne vous déçoive. Mais n’en connaissez vous pas déjà une partie ? N’est-ce donc pas cette image-là que j’essaye de vous montrer à chaque rédaction, lorsque j’écris.
C’est drôle de dire «j’écris», ça sonne tellement prétentieux. J’écris. J’ai honte d’oser employer une telle phrase. Moi, j’écris. C’est faux, je n’écris pas, on ne peu pas dire écrire à ça, quand tant d’autres ont écrit.
Par j’écris j’entends ce qu’on entend quand quelqu’un s’exclame être prophète, par j’écris j’entends la tragédie que je dis en disant que des paroles pourraient être celles d’une vipère, j’étends, par j’écris, que je crois toucher à l’Olympe et au soleil.

 

J’écris.
Je vous écris.
Au diable. Permettez moi les égarements de langage, c’est que je m’exalte, ça viens seul, j’en hurle et j’en ris, j’en pleure et j’en danse.
Je ressemble à un amoureux. Je suis un amoureux.
Ce que je dis est mal. Ce que je dis ne se dit pas.
J’en éprouve le besoin, Madame.
Non pas le besoin de remplir des trous affectifs. Affection, je l’ai, de tous côtés. Mais le besoin d’en découvrir plus. D’affectionner à mon tour. D’aimer à mon tour. Aimer, sous tous les angles de ce mot, Passant de l’amour qu’on porte à une nourriture jusqu’à celui qu’on porte à un dieu quand on croit en lui, ou alors à la vie et à la nature.

 

Madame, je suis cinglée, complètement dingue. Quand vous lirez ceci vous aurez déjà lu «mon petit mot» que vous n’aviez pas eu le temps de lire cette après-midi et pour lequel évitant d’en parler je suis partie bien malgré moi de vos côtés, en toute hâte.

 

Madame, je délire complètement.
Madame, je vous en veux totalement.
Madame, je vous remercier vraiment.

 

Madame, quand vous lirez ça vous arrêterez de me regarder, arrêterez de m’apprécier un tant soit peu, vous aurez presque peur peut-être de mes folies.
Eh bien je dis au diable, Madame, car l’envie me prends de vous écrire et que vous me lisiez. Car l’envie me prend et que je décide de l’oser.

 

Lundi matin vous aurez lu ce que je vous ai écris jeudi.
Vous aurez peut-être voulu m’en parler, peut-être pas.
Mais vous recevrez un deuxième petit mot, avec une phrase d’introduction tout aussi «je crois que je suis grande», que vous lirez sans doute au soir. Ajoutant l’un à l’autre, peut-être énervée de mon comportement, ayant envie que ça ne se reproduise pas, et qui sais alors, si mercredi matin une nouvelle chronique des folies ne touchera votre casier ?
C’est étrange, je pensais que je n’aurais jamais le courage d’en mettre le premier, et pourtant ma main n’a pas tremblé.

 

J’aurais tellement de chose à vous dire.
Tellement de choses que j’aimerais que vous écoutiez.
Tout en sachant que je n’ai rien à vous dire et ce que j’aurais presque envie de vous dire, je ne vous le dirais jamais.
Tellement de rêves éveillés. Tellement de fols espoirs impossible.

 

Ah Madame, croyez-y que je suis folle, croyez-y que cela ne me dérange pas. Puisque ceci est pour moi une vérité incontestable.

 

Madame, toutes les déclarations d’amour que j’aurais à vous faire, parfaite inconnue pour laquelle je pleure, je rêve, j’écris. Parfaite inconnue à qui j’essaye donc d’ouvrir mon cœur.

 


Voilà Madame, je décide de me taire.
Prenez, Madame, ma folie comme une étude, comme une recherche de voir la frontière entre eux et nous. Eux les professeurs, les adultes qui occupent un poste, les hommes et femmes qui l’occupent et que nous ne connaissant que par le nom du poste occupé. Et nous, les autres.
Prenez-le comme une tentative d’étude que je tente vers une parcelle de notre réalité et de notre âme. Prenez-le comme tout mon égotisme.

 

Prenez-le juste ainsi, et pardonnez-moi-en.
C’est exactement ce que c’est et je demande votre indulgence si je tente de frôler des thèmes d’études pas toujours ni évidents ni forcément dépourvu de tout malaise.

 

Madame, bonne nuit que je vous dis, bonne nuit car il fait nuit, même si vous risquez de me lire le jour.
Andrea – 23 mai 2008

 

Je demande conseil. On juge ma «lettre» trop sévère… soit. Je ne la donne pas.
La garde.
Et pourtant l’envie…
L’envie ne laisse pas d’attente.

 

Lundi. Pas un regard croisé. Angoisse…
Mardi. Pas envie d’en en croiser un. Et pourtant une question nécessaire pour un exposé… approche en douce «Madame…». Elle se tourne, inquiète, m’observe. Espère-t-elle que j’aborde le thème interdit ?
«C’est pour l’exposé…»
Question. Réponse. Départ… ou sur le point. Elle me rattrape de quelques mots «J’ai lu. Je te répondrais dès que j’aurais moins de conseils…». Un balbutage, un «pas nécessaire» et une réponse «si, je voudrais te dire quelques trucs, je te répondrais»

 


Viens jeudi de la semaine suivante.
J’ai un exposé. Une comparaison, entre l’Antigone de Sophocle et celle d’Anouilh. La prof, assez déçue de l’attitude de mes camarades (bavardages, portables…) en profite pour faire mon éloge. Toujours mon éloge. Pas une rédaction faite n’a échappé à sa lecture à voix haute.
Là est décrite ma «maturité, ma sensibilité littéraire» entre autres.
C’est le coup de grâce, pour me faire craquer.

 

J’en parle à mon meilleur ami.
Je lui demande «suis-je amoureuse»
Il me répond «non. Tu prends Madame F comme une mère». J’en suis choquée… et pourtant…

 

J’écris, de nouveau.

 
Citation :

jeudi 29 mai 2008

 

Madame, bonjour (soir ou nuit)

 

Bon, soit, j’exagère. Je veux bien l’admettre, l’avouer et le comprendre. Il vous suffira de me le dire et j’arrêterais. Je comprends que vous avez pleines de choses à faire, surtout pour cette mouvementée fin d’année et je ne voudrais pas vous faire perdre votre temps. Mais même si j’ai conscience de le faire je garde, tant que vous ne le démentez pas, l’espoir que cela ne soit pas vraiment le cas.
Donc… vous en déduisez le résultat, étant donné que vous avez cette feuille entre les mains.

 

Que vais-je vous dire ?
Je n’en ai aucune idée, j’ai juste l’envie de vous écrire.

 


Depuis trois nuits je suis « l’insomniaque ». C’est un de mes meilleurs amis, un de ceux avec qui on a en commun que notre différance, qui m’a donné ce surnom temporaire. Enfin… il a dit «mon insomniaque» mais cela n’a aucune importance.
Cela fait trois nuits que je ne m’endors pas avant 3h00 du matin. Et c’est complètement volontaire. La, ou les raisons, me sont inconnus et tout ce que j’en tire se sont mes pensées de ces moments-là, quand toute la ville semble enfin perdre sa vie, quand elle est silencieuse, quand au ciel, la lune même est allée se coucher et seules restent quelques étoiles pour guider les être de nuit.
Ces pensées tournent autour du même sujet, comme toujours. Je me remémorais deux discours. Un de mon grand-père et un d’un ami de mon père. Le premier disait qu’écrire (notamment poésie) n’est pas une question de volonté, que cela vient ne se commande pas, cela vient seul. La deuxième disait que l’écrivain doit être pourvu d’une vigueur monstre, s’assoir tous les jours et écrire. Je trouvais ces deux notions complètement contradictoires et me demandais quelle était donc la plus vraie. Je suis arrivée à la conclusion que la perfection viendrait de la parfaite alchimie des deux. S’obliger au quotidien à s’assoir devant une feuille blanche, et attendre. Attendre que les lettres viennent seules, que la main s’agite sans avoir reçut d’ordre, que le cerveau quitte en douceur le vrai monde et rejoigne celui non moins réel de l’esprit. Mais s‘obliger à affronter une page blanche c’est s’obliger à la pire des tortures, c’est s’obliger à une torture pour atteindre une vie. Il y a-t-il pire souffrance que celle de subir la vue d’une page rempli du vide duquel on est fautif, par manque de savoir le remplir ?

 

Je le doute. Je pense que si un jour je devais m’approprier d’une seule phobie, celle qui serait la plus grande en moi, plus grande que celle de la simplicité ou encore que celle de la grandeur, plus énorme que celle déjà grandiose de mourir ou pire de vivre, ça serait celle de la page blanche. Celle du rien. Le rien. Mais pas n’importe quel rien, celui d’une page sous une plume qui s’agite sans oser toucher le papier.
Pourquoi écris-je à l’ordinateur, en plus du fait que cela corrige mes fautes et fait plus propre ? Parce que cette page blanche que j’ouvre pour écrire est virtuelle et que par de ce fait, ma peur est atténuée. Quoique toujours présente.

 

Ainsi donc je disais, qu’il fallait s’obliger à souffrir pour laisser courir une nouvelle vie en soit, sur cette page qu’avant était blanche et que peu à peu on commence à remplir. C’est donc ce sacrifice qu’il faut fournir pour pouvoir voir son stylo (sa plume ?) caresser le papier (le vélin ?) ?
Je suis arrivée à la réponse «oui». Et j’ai décidé d’affronter l’immensité de la page blanche autant que cela serait nécessaire. Un mot gribouillé sur celle-ci sera un jour peut-être le réconfort de tant de douleur. Peut-être à force de la contempler, cette page blanche, les lettres viendront en effet seules.

 

Donc, tous les jours.
Jour par jour. Affronter. Gribouiller. Barrer. Affronter de nouveau.
Et finalement, un jour, écrire.
Seulement, j’ai décidé de m’y prendre avec un brin de malice. Au lieu de simplement me planter devant une feuille blanche avec un stylo, au lieu de simplement affronter le désert avec une gourde vide, j’ai décidé de remplir la gourde avant de me soumettre à la volonté de la nature.
Bien sage décision, me diriez-vous (ou ne me direz vous pas). Oui, certes, assez sage et saine même. Le problème se posant soudainement étant alors un autre.
Ou trouver l’eau avec laquelle remplir la gourde ? L’eau ce n’est pas forcément partout quelque chose de très courant, et puis il y a des eaux et des eaux, pas toutes ne conviennent forcément aux mêmes entreprises et aux mêmes soifs. Il faut trouver L’eau.
Et là, ça devient très difficile.

 

J’y ai passé des nuits entières à me demander ou pourrais-je trouver mon eau, et ceci dit, même pas comment la trouver. Ce n’était même pas une quête concrète à la recherche du liquide, c’était juste l’élaboration d’une carte partant de mon lit sur lequel j’étais assise jusqu’à l’endroit ou je trouverais l’objet désiré. Le problème étant que les routes tracées étaient imaginées et pas forcément là au moment de mettre en œuvre le chemin tracé. C’est un deuxième problème duquel j’ai décidé de ne me charger qu’une fois le premier résolut.

 

Je me suis dit «Bien, à partir du week-end prochain, tu va tous les week-ends à un parc, tu t’assois aux côtés d’une personne prise au hasard, et tu demandes une faveur farfelue et étrange : ‘racontez moi votre journée’. Le même exercice, tu peux aussi le faire quand tu prends le métro.»
C’est une première solution très tentante dans l’idée abstraite du fait, mais dont je ne suis pas sure d’avoir un jour le courage. Parce qu’il faut affronter des inconnus en gardant à l’esprit que ceux-ci peuvent ne pas être réceptifs. Et que c’est toujours dur de faire quelque chose qui est mal reçut.
La deuxième option que je me suis plantée, toute aussi tentante et pour l’instant bien plus simple est exactement celle que je suis entrain de mettre en œuvre.
Vous écrire.
Ainsi j’ai un but, c’est de vous écrire à vous.
Ainsi j’ai même une lectrice.
Pourquoi est-ce la voie de la facilité ? Parceque je vous écris comme ça, sans avoir à voir votre réaction ni votre regard ni votre présence à l’heure de la lecture. Parceque pour l’instant, n’ayant pas reçut de réponse, vous n’êtes pour moi qu’une lectrice presque muette.
Bien évidement, je n’ai pas dit que c’était l’idéal, et au fond je ne fait que attendre une réponse votre, et au fond je vais essayer de vous donner ceci en mains propres juste parce qu’il y à ce je ne sais quoi d’excitant et de plaisant dans le fait de se sentir rougir et sentir un coup d’adrénaline monter jusqu’à la tête, jusqu’à l’ivresse. Comme lors d’un exposé, ou lorsque je fais du théâtre.
Mais celle-ci serait une adrénaline mesurée, ça serait juste quelques instants, avec quelqu’un que je connais déjà un peu, qui s’est déjà montrée réceptive à une première approche. Ce n’est pas un millième de la peur à affronter dans la première option.

 

Pourtant je ne suis pas seulement poussée par la facilité de ce choix. Car s’il est plus facile dans l’instant il peu être bien plus difficile à long terme et dans ses conséquences. Un inconnu, je ne le reverrais jamais, et s’il n’est point réceptif, beeeen, tant pis, il y en aura un autre. Quelqu’un comme vous, cela pourrait tout changer, tout chambouler. Des fois même, tout gâcher. Et pourtant, j’ai quand même envie de m’essayer à cette pratique, si, bien entendu, vous m’en donnez l’autorisation et de le faire et de vous faire perdre votre temps.
Donc je suis poussée par une deuxième raison que je vais essayer d’expliquer en répondant à une autre question.

 

«Pourquoi vous ?»
En effet, pourquoi vous ? D’un, je pourrais écrire toute seule. Si cependant l’envie d’être lue persistait, je pourrais publier sur internet mes monologues. Je serais ainsi lue, et même commentée des fois. Au cas où le besoin serait d’écrire très particulièrement à un lecteur précis, alors je pourrais le faire à mon grand-père, à un de mes petits frères qui, sans me lire de suite, pourraient me lire un jour. Je pourrais aussi écrire à un ami. Mais non, c’est vous.
D’abord je pense que c’est en partie par le fait que j’ai déjà une très longue conversation avec un… hum… un «ami-amour-confident» qui s’est étendue sur plusieurs années. Et peut-être j’ai décidé qu’il était heure de changer de type de destinataire. Peut-être. Mais cela n’empêche que c’est très précisément à vous que je veux écrire et que moi-même je ne m’explique pas pourquoi.
Dans la peur d’être extrêmement ridicule, voilà…
Je rectifie seulement, c’est plutôt dans la peur d’être extrêmement osée, de dire de ses choses qu’il faut garder. Mais je vous ai déjà dit que je n’aimais pas garder, j’ai gardé trop longtemps, je garde encore trop de choses, je n’aime pas ça. Et quand à l’osé, veuillez, je vous prie, comprendre que ce n’est pas cette façon d’oser qui est insolente ou trop rapprochée comme si je ne faisait plus la distinction de la barrière qui sépare non seulement un adulte et un jeune mais aussi un professeur et un élève. C’est au contraire une façon d’oser très respectueuse. Ou du moins, ainsi est l’intention.
Voilà, je disais donc.
J’ai cherché une réponse à mon mal sur internet. Car sur internet des jeunes, comme moi, s’expriment. J’ai accepté pendant quelques instants que je pouvais être comme les autres et que peut-être mon mal était partagé.
Je suis tombée sur des gentes «amoureux de leur professeur». Et je me suis demandée «moi ?». Admettons que je trouve que vous êtes une femme très belle, emplie d’une grâce qui n’est que votre, une femme séductrice pour l’âge que vous avez (sans vous dire «vieille», hein !). Admettons donc que vous êtes en partie une image quasi parfaite (vu que la perfection n’existe pas) de la féminité que j’aime et j’aimerais un jour atteindre. Mais je pense m’étendre sur ce sujet juste après. Donc oui, admettons.
Mais non, je ne suis pas «amoureuse». Déjà très personnellement ce terme est un terme que je n’aime pas du tout employer, peut-être à cause de mon âge que je ne trouve pas encore capable d’être «amoureux» comme «être amoureux» l’entend. Mais ensuite aussi parce que non seulement je trouve absurde tomber amoureuse d’un professeur mais en plus car je sais que je ne le suis pas. Car je sais que ce que je ressens n’est pas ça.
Donc, étant vachement avancée (c'est-à-dire encore plus embrouillée car étant fixée sur le fait que je n’étais pas amoureuse, il y avait toujours un trou dans l’explication logique de ce que je ressens pour vous) je me «confiai» à celui dont je suis l’insomniaque. Ce qui est drôle c’est que, n’ayant rien en commun avec le dit jeune homme, j’étais certaine qu’il se moquerait de moi ou du moins regarderais le ciel en soupirant quand je lui dirais que «tu sais, j’ai écris une déclaration d’amour à ma prof’ de français». Et bien, j’ai été bien surprise quand non seulement il m’a assuré que ce n’était pas ridicule mais qu’en plus il à trouvé en deux secondes l’origine de mon mal.
J’y ai réfléchit après l’avoir écouté et je me dis encore là en vous écrivant, qu’il n’aurait pas pu tomber plus juste.

 

Je recherche une mère.

 

Dit comme ça, cette phrase frappe, cette phrase, j’ai presque peur que vous la lisiez, elle est trash, elle n’explique rien, elle est extrêmement directe, elle est trop vraie pour ne pas gêner. Et pourtant, elle dit tout, elle est là, elle est.
Je n’ai jamais connu la mienne, de mère, j’ai grandi avec mon père et son monde d’artistes et d’hommes. Les femmes à mes côtés étaient et sont ma tante et ma grand-mère. Il y a encore quelques années, peut-être même au début de celle-ci (scolaire) je restais la fille de mon père et comme toujours encore un peu, un garçon manqué. Je n’avais pas vraiment besoin de mère. Mais passent les heures, passe le temps, j’entre dans une nouvelle période de ma vie, celle qu’on appelle l’adolescence, je grandi (ah ça, bien malgré moi !) et je deviens une petite femme. J’ai passé mon enfance en étant un petit garçon, en maudissant mon sexe. Non pas forcément le sexe «faible», parce que je ne vois ni voyais cette distinction ainsi, mais juste celui qui… je ne sais pas. Je n’y trouvais aucun plaisir. Les femmes étaient condamnées à se faire ouvrir la porte, chose que j’aimais, mais j’aurais préféré être celui qui les ouvrait. Elles sont condamnées, non pas par des lois légales mais juste par des lois de société, de convenance. Enfaite c’était peut-être la spontanéité des garçons et leur «droit» à faire n’importe quoi sans forcément se mesurer, alors que je devais être condamnée à calculer chacun de mes mouvements et de mes paroles si je ne voulais pas être «mal vue» ou du moins «pas très respectée» de la part des garçons. Pourquoi ? Car même si, ô femme(s) étrange(s), j’aurais aimé me comporter comme un garçon, cracher, crier, dire des gros mots, se saouler. Et bien, même ainsi, je n’aimais pas être traitée par eux comme un des leurs. Donc bien sur… je me disais «autant avoir été un garçon, le deuxième problème ne se serait pas posé».
Donc voilà, j’étale ma vie, mais je juge que c’est important pour comprendre (vous et moi-même d’ailleurs) pourquoi c’est à vous que j’écris.
Je grandi donc, et deviens une petite femme. Les idées de garçon commencent à me quitter, je sais que jamais je n’en serais un, mais cela n’empêche rien. J’ai donc un énorme souci. Je veux être fière d’être une femme. Je n’ai pas de mère de qui inspirer cette fierté et ma tante et ma grand-mère, ben j’ai relativement déjà exploité ce qui pouvait me rendre fière d’être une femme. Ca ne me semble pas suffisant, peut-être car je les connais bien, et je connais aussi tous ces petits défauts qui sont leurs et que je ne voudrais surtout pas avoir.
Donc je cherche une autre image.
Et cette image, je crois l’avoir trouvée en partie, car durant toute l’année dans laquelle j’ai été votre élève je n’ai pu qu’admirer la femme que vous me sembliez être.

 

«Pourquoi vous ?»
La question, trop dure ainsi, s’est vue décomposée et recomposée.
«Qu’attends-je de vous ?»
Car je ne suis pas assez naïve pour croire en ma propre naïveté qui voudrait ne rien attendre de vous. Je ne sais pas si c’est moi ou si c’est l’être humain, mais j’ai l’impression qu’on n’agis jamais sans rien attendre en retour. Même pour les meilleures causes, on attend toujours quelque chose. On attend peut-être la paix dans le monde, la joie d’un jeune enfant africain. Ce sont des bonnes causes, mais ce sont aussi des attentes.
Qu’attends-je de vous ?
Je n’ose répondre. Dans ma tête j’ai les réponses, mais elles sont si flues, et puis, si… incorrectes. Car on ne dit pas «voilà ce que j’attends de vous» à quelqu’un. Et pourtant je ne peu pas le garder pour moi. Enfaite j’attends la même chose depuis le début de l’année, et comme à chaque fois j’en ai eu une parcelle de plus, à chaque fois j’ai laissé mes attentes exister. Seulement, je ne me posais pas la question, donc je ne pouvais pas trouver la réponse qui n’a pas changé. Maintenant je me suis posée la question. J’attends de vous que vous soyez un idéal. De femme, de mère, de professeur. Que vous soyez une femme fière de l’être, une mère capable d’être aimée et une professeur capable d’enseigner. Une femme, pour que je me dise «mais, elle est femme et moi aussi, elle est superbe, je pourrais l’être aussi, c’est super d’être femme si cela veux dire pouvoir être une femme comme elle». Une mère, non pas comme celle que vous êtes avec vos fils, d’ailleurs bien que je sache que c’est exactement le bon mot, ce n’est pas au sens qu’on l’entend d’habitude. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire. Ce n’est pas ce genre de mère qu’on appelle maman, ni mère (d’ailleurs je ne le ferais jamais, ni dans ma plus profonde profondeur, car ce n’est absolument pas ça que j’entends par mère) mais plutôt… une mère professeur. C’est juste par l’idée de l’apprentissage. Plus loin peut-être qu’apprendre le subjonctif, apprendre la littérature, un guide, apprendre la vie, une lumière, apprendre le sens même d’apprendre, comprendre, de vivre et d’aimer. Trois mots, trois idées fondamentales, je pense pour la compréhension même de la littérature, de l’art.

 

Ainsi, la question ce pose de nouveau : pourquoi vous ?
Je ne pense pas avoir de réponse concrète, et pourtant tout ce que je viens de dire l’explique.
D’ailleurs, je n’attends rien de concret. Je n’attends pas de réponses de votre part, je n’attends pas une attention particulière à ma personne. J’attends juste une chose, juste une réponse. J’attends que vous me disiez si oui ou si non vous me donnez l’autorisation de faire de vous l’eau qui remplira ma gourde avant de m’affronter, jour par jour, au désert de la feuille blanche.

 

C’est tout ce que je veux, c’est vous écrire. Pour écrire. Pour m’écrire aussi. Ca pourrait sonner presque méchant, mais c’est presque vous utiliser juste comme un objet, un pion dans une entreprise plus grande. C’est ce que c’est. Un pion cependant vital. Car l’acte en soit, l’important en soit, est de franchir le désert et de le remplir de mots, d’idées, de vie. L’eau semblerait presque négligeable, quand le désert sera franchi (si jamais il l’est). Mais sans l’eau, le désert ne peu être franchi. Et moi je vous veux vous comme eau. Je veux m’inspirer du fait de vous écrire pour écrire.

 

Je dis écrire, car c’est en grande partie ce que je veux. Ecrire. C’est une obsession. Je n’arrive pas à écrire. J’ai un espace qui est mien sur internet, tout nouveau tout propre, et bien j’ai fait une catégorie «une plume s’apprends». Il y a le double sens de «je m’apprends moi-même» et celui de «j’apprends à être une plume». Dans les deux sens, je veux me convaincre que c’est ainsi que ça marche. Pour le premier, je sens que c’est vrai, qu’il faut que chacun s’apprennent. Mais pour le deuxième… c’est tellement difficile de se dire «une plume peu ne pas être innée» et donc «si je travaille bien je pourrais le devenir un jour». Mais j’y crois, j’en garde espoir. Et c’est dans cet objectif d’apprendre à être ce que je voudrais être, mais aussi dans celui de m’apprendre moi-même, que je vous écris.
Ca aurait pu être vous, ça aurait pu être quelqu’un d’autre.
«Nous nous oublierons»
Un moment ce fut un garçon, je ne parle presque plus avec lui. Tout passe, c’est quelque chose que je sais, rien n’est vraiment eternel, pas même l’amour, pas même l’amitié, pas même le souvenir et pas même l’éternité. Mais tant que ça n’est pas passé, ce qui est est la seule vérité. Actuellement, là, pendant que je vous écris, la mienne, de vérité, la seule vérité qui m’entoure, c’est que c’est à vous que j’écris, que c’est ce que je veux et que je suis heureuse en le faisant. En vous écrivant. Bien sur, il y à aussi tout ce qui va avec, tout ce qu’il y à derrière, le fait que ça ne soit qu’un «exercice», mais cela compte peu, tellement peu, là, en ce moment précis dans lequel je vous écris, vous, pour toutes les raisons déjà énoncées.

 


Je sais, je sais que vous aviez l’intention de me répondre à mon premier «petit mot» et qu’en vous écrivant de nouveau je vous submerge dans un deuxième monde auquel répondre, je vous mets d’autres problèmes en face, je vous résous quelques uns. Je sais aussi que entre ce premier mot et ce troisième que je vous écris, il y à des écarts, des contradictions. Je le sais très bien étant donné que ce mot-ci est accompagné par un que je vous ai écris vendredi denier et qui, après relecture, le trouvant trop violent je ne vous ai pas donné. Mais là je juge que vu que ce mot là vous été destiné, je ne suis personne pour vous empêcher de le lire. Mais il est la preuve concrète d’un lunatisme aigu en moi. Ne viens-je pas de vous dire que je suis heureuse alors que je me condamnais à ne pas l’être ? Ne viens-je pas de vous dire que je ne suis pas amoureuse alors que la feuille annexe à celle-ci me compare à un amoureux ?

 

C’est cette folie qui est mienne que je veux vous soumettre au quotidien, voulez-vous bien l’accepter ?

 

Vous pouvez dire non, je ne vous en tiendrais pas du tout rancœur. Car justement, car je vous admire, je saurais que si vous dites non, vous avez une raison, une vraie raison, une raison valable que peut-être un jour je comprendrais. Ou peut-être pas.

 


Et bien… voilà, tout ce que «je ne savais pas quoi vous dire» est dit… le prochain mot vous appartient. Il suffit qu’il ne soit qu’un seul, un oui ou un non, je comprendrais dans les deux cas, et alors je pourrais me lancer dans ce que j’appelle presque «mon projet» Ne vous avais-je pas dit que finalement tout ce que je désirais était étudier une relation ? Etudier une barrière sous tous ses angles ? N’est-ce pas une autre forme de tourner l’énoncé de mon projet d’écriture ? Un essai sur une relation presque quelconque, puisque qui n’est pas l’élève d’un professeur ? Une relation presque quelconque qui pourtant pour moi ne l’est pas. C’est juste ça, en fin de comptes, étudier cette relation et l’écrire.
Et ainsi, je fais l’alchimie parfaite, je me pose un projet, une thématique sur laquelle écrire au quotidien, mais c’est un sujet pour lequel les mots viennent seuls. La preuve en est que j’en suis déjà à débuter ma sixième page alors même que «je ne savais pas quoi vous dire»…

 


Et juste, Madame, pour finir en toute beauté, juste pour toucher un thème qui semble presque hors-sujet et qui pourtant ne l’est pas… Juste car il me chiffonne, m’embête et m’attire. Juste pour ça, je voulais vous demander.
Vous ai-je déçue ?
A quoi s’applique cette question. Elle pourrait s’appliquer à mon premier mot, ou bien a mon deuxième et troisième mot que vous lisez là tout de suite. Et bien non, il s’applique seulement à l’exposé que j’ai fait aujourd’hui.
Vous m’avez félicité. Quel bonheur exquis, quelle douceur infinie, quelle sucrerie succulente ! La mérite-je ?
Mais cependant, que sais-je, j’ai sentit quelque chose… de déçut, de ne pas vraiment ravi dans votre voix. J’essaye presque de me convaincre que c’étaient mes compagnons, et pourtant, ne les ayant pas vus moi en faute que je ne sache leur pardonner, je ne peux me le dire ainsi.
Vous savez, je ne suis pas entrain de dire «j’ai été tellement bien que je ne vois pas d’où ce ton inexplicable à bien pu venir», absolument pas, trouvant moi-même mon exposé assez… mouarf, presque médiocre étant donné que je n’ai pu m’appuyer sur aucune aide (même sur internet, niarg, aucune comparaison ‘utile’).
Non, je suis juste entrain de vous demander «où me suis-je trompée ?». Vous l’avez dit en cours, mais ça me semblait incomplet, et votre ton me semblait plus insatisfait encore que le simple tract et la chaleur complète qui inondaient mon visage et me faisaient faire des affreux «et ben voilà donc quoi je voilà vous voyez voilà».
Peut-être me trompe-je, bien sur, mais si ce n’est pas le cas, étant donné que justement je veux en vous un professeur, et que je suis prête à voir mes torts si c’est vous qui me les montrez, je vous demanderais juste de me dire «où je me suis trompée» afin de me corriger.
Ce n’était peut-être pas de la déception… mais, mais… cela me chiffonne. Si ça l’était, alors je voudrais l’écouter complètement, car je ne voudrais pas reproduire cela.
Evidement, je risque encore de le faire, et plus d’une fois sans doute, ça serait trop simple si on pouvait juste être parfait. Trop simple et trop ennuyeux. Mais ainsi au moins je pourrais savoir à chaque fois pourquoi je vous déçois et peu à peu essayer d’effacer ces traces sur votre visage.

 

Enfin, moi j’dis ça, moi j’dis rien, ça se trouve je vise encore à coté de la plaque… mais au cas où…

 

Enfin, donc, voilà…
Je pense que je n’ai plus rien à ajouter.

 

Je vous souhaite un très bon week-end, pas trop ennuyeux malgré l’énorme lecture à laquelle je vous ai encore une fois soumise, et ben… vu que vous me lirez après vendredi à l’heure du latin (étant donné que c’est le moment dans lequel j’entends vous donner ceci), je vous dis à lundi.

 

Andrea

 

Je décide, comme dit, de lui donner en mains propres. J’en coupe la partie parlant de l’exposé suite à un commentaire innocent de la prof ‘histoire («Alors, il parait que tu est spécialiste en Antigone et tu fais des super exposés !»).
A la fin du cours de latin, deux élèves se jettent sur elle. Je décide d’attendre. A peines l’ont-elles lâchée, une de ses collègues reprends le relais. Impossible de s’adresser à elle.
Je gribouille quelques mots sur ma lettre, je la lui mets dans son casier.
A cette lettre j'ai joint la très violente, précisant date de rédaction, motifs pour lesquels je ne lui avais pas donné et raison pour laquelle je la lui donnais finalement ("elle vous est destinée, je ne suis personne pour vous empêcher de la lire" ou encore "preuve concrète de mon lunatisme aigu" )

 

Ce soir-là. Je rêve d’elle.
Le rêve… je l’écrirais ensuite. Là… pas envie.

 

Lundi matin. Conseil de classe. Je suis une des seules paumées à venir en cours à 10h00 alors qu’on commence à 14h30. Autant l’envie de savoir l’issue du conseil (Compliments – passage en 2nde) que l’envie de la voir ainsi que celle de sortir de chez moi.

 

(Là je copie ce que j’ai dit à un ami par msn… pas très envie de réécrire :)
Tout le week-end à me faire des films "je vais arriver devant la salle du conseil, et je lui demanderais si je peux l'accompagner jusqu'a la salle des profs, et je lui sortirais une phrase genre 'c'est drôle, j'avais prévu 30 discours et là, soudain, je les ai tous oubliés".
Bien sur, comme tous les films, ça ne se réalise pas. 09h50 j'arrive devant mon collège. 10h05 les deux délégués enfants

Message cité 1 fois
Message édité par Farfalla le 29-10-2008 à 22:28:12
------------------------------ Aprendre pour savoir, savoir pour comprendre
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trop long....

------------------------------ le lorrain du 973
Directeur général de l'ASF en Lorraine et en Guyane.
Vive le Bitcherland!
Répondre à le57

Ouhla, tu veux pas nous faire un résumé?
A part les personnes qui ont passé leurs examens récemment et qui sont en vacances aujourd'hui ( :whistle: ) je vois pas qui aura le temps !


Message édité par BobPerfid le 04-06-2008 à 23:12:18
------------------------------ Directeur de l'administration centrale du secrétariat d'état à la marine militaire de l'ASF.
Directeur général du service de réparation des chaussettes trouées de l'ASF.
Répondre à BobPerfid

La suite, la suite !!!

------------------------------ Kreepy Kat, âmes sensibles s'abstenir

 

Répondre à Grandefolle

Ok Bob je lis :D

------------------------------ Une autre pour se foutre à poil ?
Co leader de l'ASF
Répondre à Brnyce

Toi tu dois bachoter, pas modérer, ni de manière plus générale, traîner sur les forums. ouste !

Spoiler :

tu me fais un résumé, hein, Brnyce? :D


Message édité par BobPerfid le 04-06-2008 à 23:23:10
------------------------------ Directeur de l'administration centrale du secrétariat d'état à la marine militaire de l'ASF.
Directeur général du service de réparation des chaussettes trouées de l'ASF.
Répondre à BobPerfid

Tu me parles encore une fois comme ça BobPerfid, et j'vais refroidir tes ardeurs avec un TT bien placé. Tiens le pour dit.

------------------------------ Kreepy Kat, âmes sensibles s'abstenir

 

Répondre à Grandefolle

Citation :

A tout le courage qui ose lire… tu es fou !


Ouf, ça me rassure, je ne le suis pas.

Ca a dû te prendre plusieurs heures pour pondre ce pavé, que dis-je, ce Mont Rushmore*..

Toute mon admiration à celles et ceux qui auront le courage de nous produire une synthèse en 5 lignes maxi. :D


* Obama a déjà déclaré qu'il ne pourrait jamais figurer au Mt Rushmore (où se trouvent quelques tête des présidents US), à cause de ses oreilles. Véridique!

------------------------------ Who dares wins
T'as raison ma Brenda, faut pas s'laisser aller
Répondre à rom32@idn

Pffiou, tu me sembles sur les nerfs GF. C'était pas censé être pris comme de l'insolence.
D'ailleurs je trouverais étrange que tu TT quelqu'un juste parce qu'il t'a mal parlé (j'insiste je pensais pas à mal). Je pense que les modos sont ici pour modérer, justement, pas pour faire étalage de leurs pouvoirs en banissant ceux qu'ils aiment pas.

------------------------------ Directeur de l'administration centrale du secrétariat d'état à la marine militaire de l'ASF.
Directeur général du service de réparation des chaussettes trouées de l'ASF.
Répondre à BobPerfid

Et non je suis pas fou!

------------------------------ Président du FLCCF (avec GF)
Melo23 a écrit:"le seul truc ki durci sur un sain kan on le caress c le bou mais c tou -_-" pa le sain complé sinn tou le monde feré plus des implan mamér md
Répondre à chikome

Tout ceci ne peut se résumer en quelques lignes. Ce serait une insulte !! Il faut lire mes enfants, lire !!!

Citation :

Grandefolle

La suite, la suite !!!



Oh ouiiii !!!

------------------------------ Une autre pour se foutre à poil ?
Co leader de l'ASF
Répondre à Brnyce

[quotemsg=132472,1,695986][color=red]A tout le courage qui ose lire… tu es fou ![/color]


Bien callée sur sa chaise, soudain en besoin de réconfort, explorant le fond vide d’une tasse de café depuis environ deux heures, surtout ces taches, de cette couleur si particulière au café qui se sont formées sur les bords de la céramique blanche. En fond, en musique d’ambiance «J’en déduis que je t’aime» de Charles Aznavour. Cette chanson tourne en boucle depuis aussi à peu près deux heures, et quand Itunes est tenté de la changer, elle est remise par la jeune fille. Elle a envie de l’entendre. Sachant que c’est elle qui la met dans cet état avancé de mélancolie, de nostalgie. Elle a envie de l’entendre. Sachant qu’elle ne l’écoute plus. Elle a une obsession en tête : écrire. Cette obsession en vient d’une autre, bien plus grave. Cette obsession inconnue, cette obsession incomprise, cette obsession à laquelle elle n’arrive pas à mettre un nom…
Elle décide d’écrire, qui sait…
Par ou commencer ?


Deux ans. Deux ans scolaires que je la croise. Elle était ma prof’ de latin, l’année dernière, 4ème 5. Douce 4ème. Elle n’était que ça pour moi, un prof de latin. La «BCBG» du Collège-Lycée en tant que prof, certes, mais rien qu’une prof. Juste un prof de latin, trois heures par semaine, qui s’habillait bien et qui cachait bien ses rides.

3ème4. Douce 3ème. La professeur de français est connue, c’est cette fameuse prof’ de latin. La même, toujours aussi BCBG, toujours aussi bonne pour cacher ses rides. Mais maintenant, prof’ de latin et de français. Le français, ma matière préférée. Le professeur qui l’assume en devient forcément une sorte d’adoration, puisqu’il enseigne la matière que j’aime, puisqu’il sait ce que je veux savoir.

Jusque là : normal.

Tous mes profs de français sont passés par ça. Tous, sans exception. Depuis qu’ils s’appelaient «maîtres» et qui assumaient non seulement le français mais quelque autre que soit la matière. Pourvu qu’il y ait le français. Pourvu qu’il y ait les textes. Les livres. Les rédactions. La littérature. L’ébauche sur un début de philosophie.

Tous y sont passés.

J’aime bien, les profs, les maîtres. J’ai toujours été celle à rester la dernière dans la salle, rangeant en lenteur, rêveuse, mes affaires, pressée par mes copains mais n’écoutant que mon cœur. Ce cœur, si incompris, qui m’ordonna toujours de rester, de parler avec les profs, de tout, de rien, des cours, de l’exposé a préparé pour le lendemain, de la pièce de théâtre vue la veille. Juste histoire de leur parler, sans importer le dialogue, juste histoire d’être là. De «fayotiser».

Avec elle, aussi.

Juste par habitude, hébétude. Appelons-là Madame. Madame… F. Entre autres pour Farfalla.
Rien ne me poussait à en faire moins qu’une habitude.

Rien.

Juste ses mouvements, en parlant. Ses mouvements captivants, ces mains là, fragiles, mais si fortes, des fois figées, et si souples. Ces mains qui cachent des rides. Ces mains qui bougent, qui insistent, qui ponctue chaque une de ses paroles. Et son sourire. Si doux, si indulgent. Et la veine de son cou, palpitante, vivante, jusqu'à la courbe de son épaule, cachée souvent sous une chemise légère, et l’ébauche, l’ombre qui annonce un sein.

Mais ce n’est pas tout. C’est surtout son savoir, sa délicatesse, dans sa voix, dans ses paroles, dans son rire. Tout ce déjà dit, c’est ce qui captive l’attention. Pas forcément ce qui la garde. Ce sont ses mots, ce nectar… ce poison !

Je ne suis pas amoureuse.
Je le sais.
Et pourtant. Je suis amoureuse.
Je le sens.
Ce n’est l’amour comme on l’étend, ce n’est pas… quelque chose de sexuel, de physique. C’est quelque chose qui passe par l’enseignement… de tout. L’enseignement de la vie.

J’ai rêvé.
-----------------------------------
Elle est assise en hauteur par rapport à la place. Adossée à un mur, une jambe pendante, l’autre repliée, support d’une pochette rouge vin gribouillée de dessins et de mots noirs, support à son tour d’une feuille. Son stylo la griffonne avec un léger bruit de caresse.
Autour d’elle toute sa classe, des jeunes, ses compagnons, qui parlent, gigotent. Deux filles dansent, elle les aperçoit plus où moins, avec un coin de l’œil. Leur prof explique quelque chose à un petit groupe qui s’est formé autour d’elle, avide de ses paroles. Un éclat de rire résonne entre eux. Andrea est complètement ailleurs, tantôt elle écrit, elle barre, elle mord l’extrémité de son stylo, pensive, ou le fait battre une cadence régulière sur sa joue.
«Tu écris quoi ?»

Elle ne l’a pas sentie s’approcher, sa prof, qui la regarde. Elle lève les yeux de sa feuille, la baisse sur elle, sourit doucement.

«La dissertation d’un jeune garçon pour son cours de français avec une jeune prof veuve»

Peut-être presque une réponse incomplète, mais une vérité totale. C’est la troisième page de la dite dissertation, un texte argumentatif sans importance ancrée dans une histoire.

«Vous voyez les enfants ? Andrea écrit l’histoire d’une jeune veuve et d’un jeune garçon…»

C’est l’euphorie partout, la nouvelle est donc prise avec quelques paroles, rien de bien important. Andrea, elle, sourit. Sa prof aussi. Complices presque.

***

Elle ouvre son cahier, en sort un petit bout de papier. Sa prof est assise à côté d’elle. Devant elles, deux garçons de la classe. Le papier contient les réponses au DST. Elle n’à pas peur, sa prof ne soupçonnerait jamais d’elle, elle refuserait même l’évidence mise sous le nez. Elle se trouverait une excuse à elle-même pour ne pas croire qu’Andrea a triché.

Un des deux garçons murmure. Dénonce. Elle nie. La prof se voit obligée de réagir, demande le papier, regarde, le lit. Andrea sens sa main trembler et son regard devenir arrogant. Les traits fins de sa prof, d’habitude si fins, si gracieux, pleins de lumière, s’assombrissent.

«Intéressant…»

Qu’aurait-elle pu dire d’autre ?

«Rémi… va chez le CPE…»

Rémi… l’un des deux cafteurs. Toute la salle tremble, retiens son souffle. Quelle sera la sentence ? Quelle sera la punition ? Andrea, la toujours aimée, la chouchoute des professeurs. Surtout celle de Madame Frechu, «sa meilleur élève en français», celle dont toutes les rédactions sont lues et félicités. Andrea, ce n’est pas la première fois qu’elle triche, elle s’est enfin prendre. L’opinion muette vacille entre le «bien fait pour elle» et le «la pauvre».

«Fait apporter une table»

Une table ? Une table, c’est tout, juste une table ? La criminelle prends ses affaires, se lève, pose son dos contre le mur, attends la table que Rémi est allé chercher. Elle n’ose pas regarder sa prof, elle sait que son regard est insolent, fière et arrogant, elle sait qu’elle fait genre qu’elle s’en fou. Et pourtant, elle sait qu’elle ne s’en fou pas, que son cœur se brise, qu’elle a envie d’hurler et de pleurer. Pas qu’on l’ait prise, pas qu’on la punisse. Seulement que sa prof ne sait plus très bien quoi regarder et comment, seulement que la voix de celle-ci a vacillé, seulement que son front est noir.

***

Le contrôle est passé, Andrea s’en va, sac sur le dos, démarche royalement insultante. Pas un regard envers cette prof que quelques heures auparavant elle admirait et que maintenant elle déteste pour être elle-même la cause d’une déception qui lui va mal au teint.

***

Toute la classe courre et disparait. La rue est gênée par une grue abandonnée bien au milieu. Andrea grimpe sur son vélo, pédale un peu, cri qu’on l’attende. Derrière elle il n’y à plus que la prof, avec qui elle ne veut surtout pas être seule. Mais les autres ont disparu.
Elle saute du vélo, le balance à terre.

«Salop’rie !»

Elle fait demi-tour, enfonce les pognes dans les poches, rentre le menton et marche vers la prof, fixant avec insistance ses pieds. La ville semble déserte de toute autre personne qu’elles deux.
Elle arrive à ses côtés, la passe, fait tourner ses talons quand elle se trouve derrière elle et suit ses pas, telle une ombre, sans mot dire, sans un regard.
Peut-elle faire autrement ? Elle est là, dans une ville inconnue et secrète, les camarades se sont évaporés, la prof est son seul repère.

«Tu fais des efforts»

Andrea ne comprends pas ces mots prononcés, lève les yeux et les croise pour première fois depuis longtemps avec ceux de sa prof. Ils sont si doux, si beaux. Elle rebaisse le regard immédiatement, donne un coup sur un caillou.

«J’fais pas d’efforts»

Elle ne comprend même pas desquels efforts elle lui parle, mais l’esprit de contradiction qui accompagne la fierté et l’orgueil du boudage se sont emparées d’Andrea. Et puis c’est vrai, elle ne fait pas d’efforts. Pas du moins en ce qui les concerne, elles.

***

Elle va chercher ses feuilles, elle à une idée pour la jeune veuve. Un seul coup d’œil suffit, une écriture connue mais étrangère est sur son histoire.
’Hasard’ ne prend pas de z, Andrea
Elle reste immobile. Une larme coule.

------------------------------------------

Je n’ai su attendre.
Je lui ai écrit.

Citation :

Jeudi 22 mai 2008, le soleil disparait doucement



Madame,


Loin de moi l’idée de vouloir vous embêter vous invitant à une lecture qui s’annonce longue, et d’ailleurs je me trouve très niaise et bête de vous écrire.

J’ai aussi réfléchi si le faire ou non depuis que nous avons parlé, disons que hélas pour vous j’ai compris dans vos paroles ce que j’ai voulu comprendre et je me suis convaincue que c’était une invitation à le faire, donc j’ai trouvé la raison de m’expliquer et de parler plus forte que celle qui me retiens en tant qu’élève à m’adresser de façon presque ouverte et ridicule à un professeur. Car après tout, je ne suis qu’une des milliers d’élèves que vous avez, avez eu et vous aurez encore et vous n’êtes qu’une des centaines de professeur que j’aurais eu durant ma scolarité.
Nous nous oublierons.
Sert-il donc à quelque chose de sortir de la relation que mes camarades ont avec vous ou avec d’autres professeurs si de toutes façons dans quelques années nous ne serons plus rien l’une pour l’autre, même pas élève pour professeur ni professeur pour élève ?
Pourtant si, j’en juge que ça en vaut la peine quelles que soient les conséquences dont j’imagine une grande palette de couleurs. Je vais vous faire parvenir ce que je vous écris là, malgré le courage de sortir de ce qui est dont j’aurais besoin. Après le souci restera de voir votre réaction (ou de l’imaginer étant donné que le «manque de réaction» est toujours une réaction possible). Voir votre réaction et essayer de deviner la «vraie» réaction. Souvent celle montrée diffère de celle réelle.
Je pourrais vous ennuyer, ou vous énerver. Vous avez une vie, des fils, sans doute un mari, des petits-enfants, des amis, des amies. Quel serait l’intérêt de «développer» une relation avec une élève exactement en tout points semblable au reste qu’on ne voit que huit heures par semaine et jamais personnellement ?
Je peu aussi être entrain de vous faire perdre votre temps, entrain de me ridiculiser à tenter, non pas de franchir mais de découvrir sur tous ses angles la barrière entre le professeur et l’élève. Je pourrais aussi vous attendrir ou vous faire pitié (ce qui est très très très loin d’être mon but) ou simplement faire quelque chose dont vous avez l’habitude. Comment pourrais-je savoir que je suis l’énième de vos élèves à faire la même chose ?

Malgré tout, je soutiens face à moi-même que ça en vaut la peine (de vous écrire, non pas de me lire) et que c’est le moment. Après tout je pourrais me taire et tout dire la veille d’un départ sachant que je ne vous reverrais jamais. Mais cela serait trop tard. Enfaite, j’y avais pensé, mais aujourd’hui j’ai changé d’avis étant données les circonstances.

D’abord je voulais juste rebondir sur un détail de notre conversation et le corriger : je sais qui je suis. Et je ne voudrais être nulle autre que moi, et de nulle autre façon. Certes, ça sonne vaniteux, ça sonne aussi orgueilleux et même prétentieux, mais le simple fait d’oser vous écrire de la sorte ne l’ai déjà trop pour s’attarder sur un tel détail ?
Le problème que je vous ai planté en route vers la salle des professeurs (le CDI lycée pour moi) réside dans le fait de ne pas montrer «publiquement» celle qu’on est par peur de ne pas être «acceptée».

La deuxième et finalement grande raison pour laquelle «je prends la plume» aujourd’hui et vous écrit est une sensation de culpabilité. Envers vous et envers moi. Ce n’est pas cette culpabilité ressentie après une faite ou même un mensonge, mais plutôt celle ressentie après avoir vainement et «par ruse» inquiété/troublé quelqu’un. Même si je sais que je n’ai pu que «troubler» le professeur et non pas la femme (dans le sens d’homme, d’être humain). Mais bon, cette culpabilité est peut-être encore une excuse… enfin.

Je vous explique :
Ce matin, ou bien hier soir, j’ai rêvé de vous. Ca sonne étrange, bizarre, cinglé, dément, ça ne sonne pas comme doivent sonner les paroles qu’on dit à un professeur, mais c’est la vérité. Peut-elle être déplacée, surtout quand elle vient de l’inconscience même ? Car bon, je n’ai pas fait exprès de rêver de vous, et pourtant… Je ne raconte pas souvent mes rêves, ni les écrit, puis je les oublie, c’est bien dommage je trouve. Ce que je fais par contre, comme tout le monde je suppose, c’est les analyser, les revoir dans ma tête, essayer de les reconstruire. Souvent je me suis dit que je devais les écrire, puis, rien. C’est un passe-temps intéressant, voir ce qu’on peu penser sans même faire exprès, reconstruire des scenarios farfelus, souvent impossibles. Rêver est un pouvoir magnifique.

Juste pour que ce que je vais dire ensuite ai du sens pour vous, je vais vous raconter.
Ce n’était pas le premier rêve ou vous figuriez, ni même ou vous jouiez un «rôle principal». C’était une histoire simple, mais la complexité venait par rapport aux relations et aux sentiments.
Enfaite, j’avais découvert hier en rentrant chez moi, le contrôle de grammaire dans ma pochette (je me demande encore ce que j’ai bien pu vous rendre à la place) et je pense que c’est à cela que se doit «l’histoire du rêve».
Il y avait un contrôle auquel je trichais, vous me surpreniez sur le fait. Je n’en éprouvai ni colère, ni peur, juste cette conscience horriblement blessante d’avoir déçut quelqu’un à qui on tient. Vous restiez silencieuse, et dans ma tête se formait l’excuse que j’allais vous donner : je n’avais ni compris ni réviser la leçon et par peur d’une mauvaise note et de vous décevoir avec celle-ci j’avais préféré tricher. Je pense que ce n’était qu’une excuse. Vous ne me la demandiez pas, vous ne me demandiez rien. Et je m’enfermai plusieurs jours dans un mutisme colérique, orgueilleux et boudeur, refusant même de vous regarder dans les yeux, vous me laissâtes faire. Il faut savoir qu’avant l’incident, j’étais entrain de rédiger quelque chose, une histoire ou que sais-je, et que vous m’aviez demandé ce que c’était, je vous avez vaguement répondu.
Quelques jours après je retrouvai cet écrit, lu et commenté par vous sans doute dans une tentative pour briser la barrière que j’avais volontairement mise entre nous.

Puis je me suis réveillée et dans le vain espoir de finir mon rêve et d’en connaître le fin mot de la fin, ce mot que les rêves laissent toujours vide pour que qui le désire puisse l’inventer, je me rendormi. Je faillis même d’arriver en retard en cours de grec et j’y suis arrivée assez fatiguée et pensive par le rêve. Je pense que madame * à plutôt remarqué la fatigue. Rien d’autre.
Au cours de la journée qui s’est passé exactement comme toutes les journées je me suis demandée, en sujet complètement à part, s’il fallait accepter de ne pas être accepté pourvu que cela nous permette d’être soi-même. Techniquement la réponse parfaite serait «oui». Oui, il faut toujours être soi-même et oui on peu être aimée en l’étant. Mais après il faut voir avec chacun individuellement. Personnellement je pense que je n’aurais jamais le courage d’accepter de ne pas être acceptée. Je fais bien entendu la distinction entre «être acceptée» dans un milieu complètement faux et superficiel comme l’est le milieu dans lequel nous, élèves, vivons et «être aimée» par ceux qui justement nous aiment comme nous sommes vraiment et nous aiment en verité.
Bref, une journée complètement normal, comme je disais, nullement triste, nullement dépressive. Ou du moins j’en garde cette impression là.

Le problème viens ensuite. Le problème vient quand vous m’avez prise à part.
Je pense vous avez deviné que vous êtes l’objet d’une admiration presque complète chez moi, que je bois toutes vos paroles comme on boirait du nectar et suis toujours impatiente que vienne l’heure de cours dans vous nous faites honneur. Que j’aime vos gestes et j’aime vous regarder, énervée ou en plaisantant. Enfin, ça pourrait presque ressembler à une déclaration d’amour. Ca l’est. Peut-être cherche-je un peu partout une affection maternelle qui puisse remplacer la mère inconnue, peut-être, je ne sais pas. Je vous accorde que je suis ridicule, que tout ce que je dis, bien qu’il n’y ait point de problèmes pour le penser, ne se dit pas. Mais je suis une «sentimentale» et n’ai jamais réussit à taire ce que je ressens pour les autres, soient-ils des adultes quasiment inconnus. C’est peut-être très mauvais, car je sais combien ça peu provoquer du malaise des deux côtés. C’est sans doute un défaut, mais c’est mon défaut, je l’aime bien, et à vraie dire je ne voudrais pas ne pas l’avoir. J’aime m’exprimer, dire ce que je pense. Vous ne pouvez savoir combien de fois je pense à la correction que vous faites de quelques unes de mes copies «Une bonne étude, Andrea». Cet Andrea. Le simple fait que vous écriviez mon nom, que vous m’adressiez donc vos paroles complètement individuellement, presque que vous insistiez sur le fait que c’est moi qui ai fait une bonne étude. Bien sur, peut-être c’est du n’importe quoi, vous n’y pensez pas, vous ne le faites pas pour ces raisons-là. Mais, peut-être encore par cette recherche d’affection, je m’en suis convaincue.
Donc vous devez comprendre pourquoi après être rentrée en classe, après tout le monde, après vous avoir assuré que j’allais bien –ce qui était le cas, normalement–, après avoir posé mon sac sur la table, j’y ai aussi posé mes mains, j’ai sentit mes yeux me piquer, je baissai la tête, mis mes cheveux devant moi pour ne pas être vu. Pourquoi ? Je ne sais pas. C’est venu tout seul. Vous devez savoir que je n’ai pas particulièrement une grande relation avec madame *, que le grec n’est pas fait pour moi, elle à du vous dire que «je ne fichais rien». Et pourtant, j’ai quand même pleuré, toute seule dans mon coin, seule au milieu de la classe, parce que madame * et madame F s’étaient inquiétées pour moi. Même si tout allait bien.
Vous savez aussi, toutes ses conversations à la fin des cours, banales souvent, et bien, c’était toujours dans l’espoir d’arriver à quelque chose de moins banal. A quelque folie comme celle que je fais en vous écrivant.
Donc mon chti cerveau est allé à toute vitesse : faire la triste pour être encore plus remarquée. C’est affreux, j’en suis consciente, c’est pourquoi j’ai décidé vous écrire, demander pardon.
C’est ce que j’ai fais. Enfin après la petite larme versée je n’ai pas du me forcer trop non plus, mais quand même. J’ai remarqué que vous aviez remarqué. J’ai tardé pour ranger les affaires, pour sortir de la classe, vous dire quelques mots, j’ai descendu lentement les escaliers, espérant que ce qui est arrivé arrive. Vous avez repris le sujet, vous m’avez de nouveau parlé. J’ai «inventé» une excuse pour laquelle «je n’allais pas bien» et j’ai ressortit mes pensées sur «être qui ont est», par lesquelles j’ai commencé ce que je vous écris. Le reste vous savez, vous y étiez.

Je n’avais pas envie de vous «troubler» sachant que ce n’était qu’une «rusée comédie» pour échanger quelques mots plus «personnels». Finalement ça à forcément marché, puisqu’on à parlé, et puisque je vous écris…
M’enfin, ça n’à peut-être pas marché par des bons chemins, à moins que la fin justifie les moyens ?
Vous vous rappelez le livre de min grand-père ? La dédicace qu’il vous à faite ? Je pense que vous vous en êtes doutée, mais puisque c’est le moment, je vais le dire. Non, il ne l’a pas fait contre ma volonté mais presque contre la sienne. Je lui ai suppliée de mettre «pour Mme F adorée de ma petite-fille» le prévenant que je ferais semblant qu’il l’avait fait contre ma volonté, ce que j’ai fait.


Et puis, juste pour finir, je voulais aussi, encore une fois parler de moi. Je suis une bavarde, j’adore parler, je suis une sentimentale et j’adore dire ce que je sens. Et en plus, je suis une vaniteuse qui s’adore elle-même et qui ferait tout toujours pour montrer aux autres combien elle est parfaite. Je me caricaturise un peu, mais très peu. C’est un défaut que j’ai. Dont je suis consciente et pas forcément fière, mais je ne suis pas sure de vouloir me changer, car justement, je m’aime bien comme je suis. Ou comme je crois que je suis. Car bon, après tout, on est comme on est dans la vie, pas dans la tête. J’ai beau être comme-ci dans ma tête, si je suis comme-ça dans la vie, comment je suis ? Laquelle des deux je suis ? J’en ai marre d’être deux. Je voudrais être dans la vie comme je suis dans ma tête, et c’est juste cette parcelle de courage dont je vous ai parlé avant qui me manque. Cette parcelle de courage qui me manque pour contredire ce que vous avez dit sur moi aujourd’hui, quand vous avez parié que je serais quelqu’un de bien.
Je ne sais pas, je n’y crois pas vraiment. J’ai trop de folies dans la tête pour l’être un jour. Dont la première est ce complexe de la simplicité. Ce n’est pas que je veuille être quelqu’un d’exceptionnelle, mais que je n’arriverais jamais à vivre bien, simplement, à trouver mon bonheur dans une vie tranquille, paisible et belle. Je déteste l’idée que quand je serais grande il faudra vivre une vie monotone, faire toujours les mêmes choses, acheter une télé, faire des courses, acheter un sac, aller travailler, revenir, faire à manger, manger, rencontrer quelque ami, parler un peu, dormir. Je ne sais pas si vous avez vu un film qui s’appelle Transpoting et qui commence justement comme ça :
«Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles […] choisir son avenir, choisir la vie.»
Eh ben voilà, je ne pourrais pas, je ne serais pas heureuse. De toutes façons je suis destinée à ne pas l’être, heureuse. L’école est aussi quelque chose d’assez monotone, mais on apprend, et j’ai une soif d’apprendre assez incroyable, j’aimerais tout savoir. Mais là encore, je n’ai pas le courage, pas la volonté de décider d’étudier, et pas seulement, ça encore, ça irait, de ne pas chercher plus loin de ce que l’on m’apprend, de ne pas chercher des renseignements supplémentaires, de ne pas m’informer. L’école donc, enfin, le collège, futurement le lycée, est donc pour moi un lieu de culte, comme les professeurs des divinités. Certes, j’ai jamais autant aimé un cours comme ceux de français, je n’en aimerais jamais autant comme ceux de philosophie, mais je les aime tous, si seulement je prenais le temps, le courage de les revoir, je pourrais monter plus haut, bien plus haut. Pourquoi je n’aime pas l’orientation ? Je sais que je vais prendre le côté Littérature, mais cela signifie renoncer à apprendre ce qui s’apprends du côté S et même ES. Choisir dans ce cas me semble renoncer à apprendre autres choses. Et là encore, je ne supporte pas.
L’école oui, j’en «supporte» la monotonie, si on peu appeler monotonie apprendre. Mais dans ma vie, je ne pourrais pas. Je ne serais pas heureuse, vraiment pas. En pensant que je pourrais l’être autrement. Si je n’ai pas le courage d’oser ne pas vivre comme tout le monde avec cette banalité effroyable, alors je ne serais pas heureuse. J’envisagerais dans ce cas peut-être d’être professeur de lettres. Parce que vous surtout m’en avez presque donné l’envie, parce que j’aimerais bien, être un jour comme vous. Et peut-être justement je ne le serais pas, de peur de justement me décevoir moi-même car je ne réussirais pas à être aussi bon professeur que vous.
Et si je l’ai, ce courage, de me tourner vers les arts, vers une vie qui n’est pas sure alors que j’ai toujours été habituée à avoir tout ce dont j’avais besoin, une vie incertaine où on ne sait pas si le lendemain on aura «de quoi bouffer», une vie de «bohème» si seulement cela ne voulait plus «rien dire du tout». Si je l’ai, donc, ce courage, pourrais-je être heureuse ? Parce qu’alors ne se posera plus le complexe de la simplicité, mais celui de la grandeur. Je serais toujours, par mon manque de volonté sans doute, de courage, et de compétence, une quelconque personne moyenne qui rêvera toute sa vie d’être la première, qui «crèvera» un jour et que personne ne saura qu’elle aura existé, qu’elle n’aura rien fait de grand dans sa vie, dont personne ne se rappellera du nom, qui ne sera ni une Montesquieu, ni une Balzac, ni une Dumas, ni une Molière, ni une Shakespeare, ni une Cervantès, ni une Zola, ni une Georges Sand, ni une Einstein, ni une Mozart, ni une John Lennon, ni une Van Gogh, ni une Picasso.
Comment peut-on vivre heureuse en sachant cela ? Je le sais bien, je vois mon père qui est peintre, qui voit sa mort approcher à grands pas et qui sent que son art n’a pas changé le monde, qu’il ne le changera pas.
Comment ? En disant non à cette vie de fous et en choisissant la simplicité, une famille, une maison… certes. Une maison, un chez soi. J’aime la langue française, j’aime paris. J’aime mexico aussi. J’aime l’Italie et l’Argentine, j’aimerais l’Inde quand je la connaitrais et aussi l’Afrique. Oui, certes, mais je ne suis pas française, je ne le serais jamais, ni italienne, ni argentine, malgré mes origines puisque mes parents eux-mêmes ont arrêté d’être de leurs pays, je ne serais non plus africaine ou indou. Et pas non plus mexicaine. Du Mexique je connais, quoi ? Les deux quartiers les plus bourgeois de la capitale. Je n’ai pas l’esprit du Mexique, ni celui de nulle part. Je ne serais jamais chez moi nulle part. Bien sur, je serais donc chez moi partout. Mais il manquera toujours un chez moi. Ce chez moi manquant qui ne me laissera pas vivre une vie simple, qu’il me fera la qualifier de banale, pour lequel je voudrais avoir le courage d’une vie folle. Qui ne me satisfera pas non plus.

Alors finalement, pourrais-je être plus tard quelqu’un de bien quand je sas que je ne pourrais, quelque soit le cas, être bien dans moi-même ? Que je sais que je serais toujours emplie d’insatisfaction ? Quand je sais que je ne trouverais jamais le bonheur ?

Je viens de me rendre compte que je ressemble à Antigone, et pourtant c’est loin d’être mon but. Quoique peut-être dans mon inconscient c’est à elle que je veux me comparer. Ou alors je refuse de croire que je pourrais être un jour heureuse parce qu’«écrivent les malheureux» et que je veux me convaincre que j’écrierais, moi qui aime écrire mais qui, faute de volonté, ne le fait que pour les rédactions ô combien aimées du lundi matin…

Qui suis-je et que serais-je ?
C’est la question de mon âge. Je refuse d’y croire, sans raison valable, juste car j’ai envie de le refuser. Je me la pose depuis longtemps, plus longtemps que mon âge mais n’en cherche pas la réponse. J’imagine certaines possibilités, mais ne la recherche pas vraiment. Elle viendra d’elle-même. Toutes les réponses viennent d’elles-mêmes et quand ce n’est pas le cas, c’est qu’on n’a pas besoin de les connaître. C’est contradictoire avec mon envie de tout savoir. Je suis contradictoire. Encore une fois l’âge ? J’en serais très triste et déçue. Je ne voudrais vraiment pas en finir avec mes contradictions et ma «recherche» de moi-même dans quelques années. La vie perdrait une grande partie de son gout…


Sur quoi, Madame, m’excusant assez lamentablement de vous avoir soumis à une lecture sans doute ennuyeuse, me trouvant l’excuse demie-valable d’avoir explosé d’attente et de ne pouvoir taire ce que je sens quand je vous vois et entends, d’avoir eu envie d’écrire ce que je ressens en grande partie pour le remettre en clair dans ma tête et d’avoir senti la nécessité de m’excuser pour ma comédie rusée, je vous laisse.


Le soleil est tombé, Paris est noir au clair de lune.



Andrea



Vendredi arriva. Forcément.
Elle m’interpella, en cours de latin.
«Andrea…»
Je ne me retourne pas. On est en cours autonome, versions en groupes. Elle pourrait très bien me demander d’aller la voir entre-temps. Me ‘forcer’ à croiser, à soutenir son regard.
Non. Elle me demande juste d’aller chercher les dictionnaires.
Je fais, soulagée. Et pas.
A-t-elle lu ? Quelle est sa réaction ?

Fin du cours. Elle me lance «J’ai eu ton petit mot, mais je n’ai pas pu le lire». Je ne me retourne pas, continue mon chemin, comme si je n’avais pas entendu.


Au soir…

Citation :

Et me voici, de nouveau à vous écrire.

Madame, excusez-moi en.
Madame, je m’en sens coupable.
Madame, je regrette presque.
Madame, j’en ressens le besoin.
Madame, je pourrais juste écrire pour être satisfaite,
Mais ma nature fière me l’empêcherait sans public.
Madame, je pourrais m’énoncer les faits pour les mettre en ordre,
Mais ma nature fière me l’empêcherait sans une autre oreille
Dans laquelle infiltrer mes paroles.

Je pourrais dire, paroles de poison, de vipère. Ca ferait tellement un effet beau sur la phrase. Mais suis-je une vipère, suis-je un poison ? Pour la bonté d’une phrase presque toute faite et d’une idée déjà bien ancienne, pourrais-je ainsi affirmer ce que sans penser je pense ? Non, car dans ce cas je me sentirais stupide, me comparant à des phrases faites et des idées ancienne, a des héros d’histoire disparus, moi qui ne suis autre que rien.
Rien, combien ce mot peu faire peur aux hommes. Rien après la mort. Rien dans la mort. Rien dans la vie. Tout simplement être pour ne pas devenir.
Rien, une seule idée qui contiens tout sans ne rien contenir.

Madame, je vous écris sans même que vous m’ayez lue.
Je vous écris alors même que je ne sais pas ce que cela vous fait.
Mon prénom à résonné aujourd’hui dans la classe.
Mon prénom, de votre douce, de votre envoutante voix.
J’ai eu peur, peur que vous ne vous m’aviez lu et ne voudriez me parler, me forcer en quelque sorte donc à dire ce qui n’est pas dicible et qu’on écrit pour taire, m’obliger à soutenir votre regard. Ce regard, que j’essaye de croiser le plus souvent possible.
Ne suis-je pas finalement pesante à toujours vous regarder, avec insistance ?

Madame, je suis cinglée, je sais ce que je vous écris sans le savoir.
Je sais que je ne devrais pas. Et je fais.
Je sais qu’après vous ne voudrez plus me regarder peut-être, que voyant une autre image de moi cela ne vous déçoive. Mais n’en connaissez vous pas déjà une partie ? N’est-ce donc pas cette image-là que j’essaye de vous montrer à chaque rédaction, lorsque j’écris.
C’est drôle de dire «j’écris», ça sonne tellement prétentieux. J’écris. J’ai honte d’oser employer une telle phrase. Moi, j’écris. C’est faux, je n’écris pas, on ne peu pas dire écrire à ça, quand tant d’autres ont écrit.
Par j’écris j’entends ce qu’on entend quand quelqu’un s’exclame être prophète, par j’écris j’entends la tragédie que je dis en disant que des paroles pourraient être celles d’une vipère, j’étends, par j’écris, que je crois toucher à l’Olympe et au soleil.

J’écris.
Je vous écris.
Au diable. Permettez moi les égarements de langage, c’est que je m’exalte, ça viens seul, j’en hurle et j’en ris, j’en pleure et j’en danse.
Je ressemble à un amoureux. Je suis un amoureux.
Ce que je dis est mal. Ce que je dis ne se dit pas.
J’en éprouve le besoin, Madame.
Non pas le besoin de remplir des trous affectifs. Affection, je l’ai, de tous côtés. Mais le besoin d’en découvrir plus. D’affectionner à mon tour. D’aimer à mon tour. Aimer, sous tous les angles de ce mot, Passant de l’amour qu’on porte à une nourriture jusqu’à celui qu’on porte à un dieu quand on croit en lui, ou alors à la vie et à la nature.

Madame, je suis cinglée, complètement dingue. Quand vous lirez ceci vous aurez déjà lu «mon petit mot» que vous n’aviez pas eu le temps de lire cette après-midi et pour lequel évitant d’en parler je suis partie bien malgré moi de vos côtés, en toute hâte.

Madame, je délire complètement.
Madame, je vous en veux totalement.
Madame, je vous remercier vraiment.

Madame, quand vous lirez ça vous arrêterez de me regarder, arrêterez de m’apprécier un tant soit peu, vous aurez presque peur peut-être de mes folies.
Eh bien je dis au diable, Madame, car l’envie me prends de vous écrire et que vous me lisiez. Car l’envie me prend et que je décide de l’oser.

Lundi matin vous aurez lu ce que je vous ai écris jeudi.
Vous aurez peut-être voulu m’en parler, peut-être pas.
Mais vous recevrez un deuxième petit mot, avec une phrase d’introduction tout aussi «je crois que je suis grande», que vous lirez sans doute au soir. Ajoutant l’un à l’autre, peut-être énervée de mon comportement, ayant envie que ça ne se reproduise pas, et qui sais alors, si mercredi matin une nouvelle chronique des folies ne touchera votre casier ?
C’est étrange, je pensais que je n’aurais jamais le courage d’en mettre le premier, et pourtant ma main n’a pas tremblé.

J’aurais tellement de chose à vous dire.
Tellement de choses que j’aimerais que vous écoutiez.
Tout en sachant que je n’ai rien à vous dire et ce que j’aurais presque envie de vous dire, je ne vous le dirais jamais.
Tellement de rêves éveillés. Tellement de fols espoirs impossible.

Ah Madame, croyez-y que je suis folle, croyez-y que cela ne me dérange pas. Puisque ceci est pour moi une vérité incontestable.

Madame, toutes les déclarations d’amour que j’aurais à vous faire, parfaite inconnue pour laquelle je pleure, je rêve, j’écris. Parfaite inconnue à qui j’essaye donc d’ouvrir mon cœur.


Voilà Madame, je décide de me taire.
Prenez, Madame, ma folie comme une étude, comme une recherche de voir la frontière entre eux et nous. Eux les professeurs, les adultes qui occupent un poste, les hommes et femmes qui l’occupent et que nous ne connaissant que par le nom du poste occupé. Et nous, les autres.
Prenez-le comme une tentative d’étude que je tente vers une parcelle de notre réalité et de notre âme. Prenez-le comme tout mon égotisme.

Prenez-le juste ainsi, et pardonnez-moi-en.
C’est exactement ce que c’est et je demande votre indulgence si je tente de frôler des thèmes d’études pas toujours ni évidents ni forcément dépourvu de tout malaise.

Madame, bonne nuit que je vous dis, bonne nuit car il fait nuit, même si vous risquez de me lire le jour.
Andrea – 23 mai 2008



Je demande conseil. On juge ma «lettre» trop sévère… soit. Je ne la donne pas.
La garde.
Et pourtant l’envie…
L’envie ne laisse pas d’attente.

Lundi. Pas un regard croisé. Angoisse…
Mardi. Pas envie d’en en croiser un. Et pourtant une question nécessaire pour un exposé… approche en douce «Madame…». Elle se tourne, inquiète, m’observe. Espère-t-elle que j’aborde le thème interdit ?
«C’est pour l’exposé…»
Question. Réponse. Départ… ou sur le point. Elle me rattrape de quelques mots «J’ai lu. Je te répondrais dès que j’aurais moins de conseils…». Un balbutage, un «pas nécessaire» et une réponse «si, je voudrais te dire quelques trucs, je te répondrais»


Viens jeudi de la semaine suivante.
J’ai un exposé. Une comparaison, entre l’Antigone de Sophocle et celle d’Anouilh. La prof, assez déçue de l’attitude de mes camarades (bavardages, portables…) en profite pour faire mon éloge. Toujours mon éloge. Pas une rédaction faite n’a échappé à sa lecture à voix haute.
Là est décrite ma «maturité, ma sensibilité littéraire» entre autres.
C’est le coup de grâce, pour me faire craquer.

J’en parle à mon meilleur ami.
Je lui demande «suis-je amoureuse»
Il me répond «non. Tu prends Madame F comme une mère». J’en suis choquée… et pourtant…

J’écris, de nouveau.

Citation :

jeudi 29 mai 2008

Madame, bonjour (soir ou nuit)

Bon, soit, j’exagère. Je veux bien l’admettre, l’avouer et le comprendre. Il vous suffira de me le dire et j’arrêterais. Je comprends que vous avez pleines de choses à faire, surtout pour cette mouvementée fin d’année et je ne voudrais pas vous faire perdre votre temps. Mais même si j’ai conscience de le faire je garde, tant que vous ne le démentez pas, l’espoir que cela ne soit pas vraiment le cas.
Donc… vous en déduisez le résultat, étant donné que vous avez cette feuille entre les mains.

Que vais-je vous dire ?
Je n’en ai aucune idée, j’ai juste l’envie de vous écrire.


Depuis trois nuits je suis « l’insomniaque ». C’est un de mes meilleurs amis, un de ceux avec qui on a en commun que notre différance, qui m’a donné ce surnom temporaire. Enfin… il a dit «mon insomniaque» mais cela n’a aucune importance.
Cela fait trois nuits que je ne m’endors pas avant 3h00 du matin. Et c’est complètement volontaire. La, ou les raisons, me sont inconnus et tout ce que j’en tire se sont mes pensées de ces moments-là, quand toute la ville semble enfin perdre sa vie, quand elle est silencieuse, quand au ciel, la lune même est allée se coucher et seules restent quelques étoiles pour guider les être de nuit.
Ces pensées tournent autour du même sujet, comme toujours. Je me remémorais deux discours. Un de mon grand-père et un d’un ami de mon père. Le premier disait qu’écrire (notamment poésie) n’est pas une question de volonté, que cela vient ne se commande pas, cela vient seul. La deuxième disait que l’écrivain doit être pourvu d’une vigueur monstre, s’assoir tous les jours et écrire. Je trouvais ces deux notions complètement contradictoires et me demandais quelle était donc la plus vraie. Je suis arrivée à la conclusion que la perfection viendrait de la parfaite alchimie des deux. S’obliger au quotidien à s’assoir devant une feuille blanche, et attendre. Attendre que les lettres viennent seules, que la main s’agite sans avoir reçut d’ordre, que le cerveau quitte en douceur le vrai monde et rejoigne celui non moins réel de l’esprit. Mais s‘obliger à affronter une page blanche c’est s’obliger à la pire des tortures, c’est s’obliger à une torture pour atteindre une vie. Il y a-t-il pire souffrance que celle de subir la vue d’une page rempli du vide duquel on est fautif, par manque de savoir le remplir ?

Je le doute. Je pense que si un jour je devais m’approprier d’une seule phobie, celle qui serait la plus grande en moi, plus grande que celle de la simplicité ou encore que celle de la grandeur, plus énorme que celle déjà grandiose de mourir ou pire de vivre, ça serait celle de la page blanche. Celle du rien. Le rien. Mais pas n’importe quel rien, celui d’une page sous une plume qui s’agite sans oser toucher le papier.
Pourquoi écris-je à l’ordinateur, en plus du fait que cela corrige mes fautes et fait plus propre ? Parce que cette page blanche que j’ouvre pour écrire est virtuelle et que par de ce fait, ma peur est atténuée. Quoique toujours présente.

Ainsi donc je disais, qu’il fallait s’obliger à souffrir pour laisser courir une nouvelle vie en soit, sur cette page qu’avant était blanche et que peu à peu on commence à remplir. C’est donc ce sacrifice qu’il faut fournir pour pouvoir voir son stylo (sa plume ?) caresser le papier (le vélin ?) ?
Je suis arrivée à la réponse «oui». Et j’ai décidé d’affronter l’immensité de la page blanche autant que cela serait nécessaire. Un mot gribouillé sur celle-ci sera un jour peut-être le réconfort de tant de douleur. Peut-être à force de la contempler, cette page blanche, les lettres viendront en effet seules.

Donc, tous les jours.
Jour par jour. Affronter. Gribouiller. Barrer. Affronter de nouveau.
Et finalement, un jour, écrire.
Seulement, j’ai décidé de m’y prendre avec un brin de malice. Au lieu de simplement me planter devant une feuille blanche avec un stylo, au lieu de simplement affronter le désert avec une gourde vide, j’ai décidé de remplir la gourde avant de me soumettre à la volonté de la nature.
Bien sage décision, me diriez-vous (ou ne me direz vous pas). Oui, certes, assez sage et saine même. Le problème se posant soudainement étant alors un autre.
Ou trouver l’eau avec laquelle remplir la gourde ? L’eau ce n’est pas forcément partout quelque chose de très courant, et puis il y a des eaux et des eaux, pas toutes ne conviennent forcément aux mêmes entreprises et aux mêmes soifs. Il faut trouver L’eau.
Et là, ça devient très difficile.

J’y ai passé des nuits entières à me demander ou pourrais-je trouver mon eau, et ceci dit, même pas comment la trouver. Ce n’était même pas une quête concrète à la recherche du liquide, c’était juste l’élaboration d’une carte partant de mon lit sur lequel j’étais assise jusqu’à l’endroit ou je trouverais l’objet désiré. Le problème étant que les routes tracées étaient imaginées et pas forcément là au moment de mettre en œuvre le chemin tracé. C’est un deuxième problème duquel j’ai décidé de ne me charger qu’une fois le premier résolut.

Je me suis dit «Bien, à partir du week-end prochain, tu va tous les week-ends à un parc, tu t’assois aux côtés d’une personne prise au hasard, et tu demandes une faveur farfelue et étrange : ‘racontez moi votre journée’. Le même exercice, tu peux aussi le faire quand tu prends le métro.»
C’est une première solution très tentante dans l’idée abstraite du fait, mais dont je ne suis pas sure d’avoir un jour le courage. Parce qu’il faut affronter des inconnus en gardant à l’esprit que ceux-ci peuvent ne pas être réceptifs. Et que c’est toujours dur de faire quelque chose qui est mal reçut.
La deuxième option que je me suis plantée, toute aussi tentante et pour l’instant bien plus simple est exactement celle que je suis entrain de mettre en œuvre.
Vous écrire.
Ainsi j’ai un but, c’est de vous écrire à vous.
Ainsi j’ai même une lectrice.
Pourquoi est-ce la voie de la facilité ? Parceque je vous écris comme ça, sans avoir à voir votre réaction ni votre regard ni votre présence à l’heure de la lecture. Parceque pour l’instant, n’ayant pas reçut de réponse, vous n’êtes pour moi qu’une lectrice presque muette.
Bien évidement, je n’ai pas dit que c’était l’idéal, et au fond je ne fait que attendre une réponse votre, et au fond je vais essayer de vous donner ceci en mains propres juste parce qu’il y à ce je ne sais quoi d’excitant et de plaisant dans le fait de se sentir rougir et sentir un coup d’adrénaline monter jusqu’à la tête, jusqu’à l’ivresse. Comme lors d’un exposé, ou lorsque je fais du théâtre.
Mais celle-ci serait une adrénaline mesurée, ça serait juste quelques instants, avec quelqu’un que je connais déjà un peu, qui s’est déjà montrée réceptive à une première approche. Ce n’est pas un millième de la peur à affronter dans la première option.

Pourtant je ne suis pas seulement poussée par la facilité de ce choix. Car s’il est plus facile dans l’instant il peu être bien plus difficile à long terme et dans ses conséquences. Un inconnu, je ne le reverrais jamais, et s’il n’est point réceptif, beeeen, tant pis, il y en aura un autre. Quelqu’un comme vous, cela pourrait tout changer, tout chambouler. Des fois même, tout gâcher. Et pourtant, j’ai quand même envie de m’essayer à cette pratique, si, bien entendu, vous m’en donnez l’autorisation et de le faire et de vous faire perdre votre temps.
Donc je suis poussée par une deuxième raison que je vais essayer d’expliquer en répondant à une autre question.

«Pourquoi vous ?»
En effet, pourquoi vous ? D’un, je pourrais écrire toute seule. Si cependant l’envie d’être lue persistait, je pourrais publier sur internet mes monologues. Je serais ainsi lue, et même commentée des fois. Au cas où le besoin serait d’écrire très particulièrement à un lecteur précis, alors je pourrais le faire à mon grand-père, à un de mes petits frères qui, sans me lire de suite, pourraient me lire un jour. Je pourrais aussi écrire à un ami. Mais non, c’est vous.
D’abord je pense que c’est en partie par le fait que j’ai déjà une très longue conversation avec un… hum… un «ami-amour-confident» qui s’est étendue sur plusieurs années. Et peut-être j’ai décidé qu’il était heure de changer de type de destinataire. Peut-être. Mais cela n’empêche que c’est très précisément à vous que je veux écrire et que moi-même je ne m’explique pas pourquoi.
Dans la peur d’être extrêmement ridicule, voilà…
Je rectifie seulement, c’est plutôt dans la peur d’être extrêmement osée, de dire de ses choses qu’il faut garder. Mais je vous ai déjà dit que je n’aimais pas garder, j’ai gardé trop longtemps, je garde encore trop de choses, je n’aime pas ça. Et quand à l’osé, veuillez, je vous prie, comprendre que ce n’est pas cette façon d’oser qui est insolente ou trop rapprochée comme si je ne faisait plus la distinction de la barrière qui sépare non seulement un adulte et un jeune mais aussi un professeur et un élève. C’est au contraire une façon d’oser très respectueuse. Ou du moins, ainsi est l’intention.
Voilà, je disais donc.
J’ai cherché une réponse à mon mal sur internet. Car sur internet des jeunes, comme moi, s’expriment. J’ai accepté pendant quelques instants que je pouvais être comme les autres et que peut-être mon mal était partagé.
Je suis tombée sur des gentes «amoureux de leur professeur». Et je me suis demandée «moi ?». Admettons que je trouve que vous êtes une femme très belle, emplie d’une grâce qui n’est que votre, une femme séductrice pour l’âge que vous avez (sans vous dire «vieille», hein !). Admettons donc que vous êtes en partie une image quasi parfaite (vu que la perfection n’existe pas) de la féminité que j’aime et j’aimerais un jour atteindre. Mais je pense m’étendre sur ce sujet juste après. Donc oui, admettons.
Mais non, je ne suis pas «amoureuse». Déjà très personnellement ce terme est un terme que je n’aime pas du tout employer, peut-être à cause de mon âge que je ne trouve pas encore capable d’être «amoureux» comme «être amoureux» l’entend. Mais ensuite aussi parce que non seulement je trouve absurde tomber amoureuse d’un professeur mais en plus car je sais que je ne le suis pas. Car je sais que ce que je ressens n’est pas ça.
Donc, étant vachement avancée (c'est-à-dire encore plus embrouillée car étant fixée sur le fait que je n’étais pas amoureuse, il y avait toujours un trou dans l’explication logique de ce que je ressens pour vous) je me «confiai» à celui dont je suis l’insomniaque. Ce qui est drôle c’est que, n’ayant rien en commun avec le dit jeune homme, j’étais certaine qu’il se moquerait de moi ou du moins regarderais le ciel en soupirant quand je lui dirais que «tu sais, j’ai écris une déclaration d’amour à ma prof’ de français». Et bien, j’ai été bien surprise quand non seulement il m’a assuré que ce n’était pas ridicule mais qu’en plus il à trouvé en deux secondes l’origine de mon mal.
J’y ai réfléchit après l’avoir écouté et je me dis encore là en vous écrivant, qu’il n’aurait pas pu tomber plus juste.

Je recherche une mère.

Dit comme ça, cette phrase frappe, cette phrase, j’ai presque peur que vous la lisiez, elle est trash, elle n’explique rien, elle est extrêmement directe, elle est trop vraie pour ne pas gêner. Et pourtant, elle dit tout, elle est là, elle est.
Je n’ai jamais connu la mienne, de mère, j’ai grandi avec mon père et son monde d’artistes et d’hommes. Les femmes à mes côtés étaient et sont ma tante et ma grand-mère. Il y a encore quelques années, peut-être même au début de celle-ci (scolaire) je restais la fille de mon père et comme toujours encore un peu, un garçon manqué. Je n’avais pas vraiment besoin de mère. Mais passent les heures, passe le temps, j’entre dans une nouvelle période de ma vie, celle qu’on appelle l’adolescence, je grandi (ah ça, bien malgré moi !) et je deviens une petite femme. J’ai passé mon enfance en étant un petit garçon, en maudissant mon sexe. Non pas forcément le sexe «faible», parce que je ne vois ni voyais cette distinction ainsi, mais juste celui qui… je ne sais pas. Je n’y trouvais aucun plaisir. Les femmes étaient condamnées à se faire ouvrir la porte, chose que j’aimais, mais j’aurais préféré être celui qui les ouvrait. Elles sont condamnées, non pas par des lois légales mais juste par des lois de société, de convenance. Enfaite c’était peut-être la spontanéité des garçons et leur «droit» à faire n’importe quoi sans forcément se mesurer, alors que je devais être condamnée à calculer chacun de mes mouvements et de mes paroles si je ne voulais pas être «mal vue» ou du moins «pas très respectée» de la part des garçons. Pourquoi ? Car même si, ô femme(s) étrange(s), j’aurais aimé me comporter comme un garçon, cracher, crier, dire des gros mots, se saouler. Et bien, même ainsi, je n’aimais pas être traitée par eux comme un des leurs. Donc bien sur… je me disais «autant avoir été un garçon, le deuxième problème ne se serait pas posé».
Donc voilà, j’étale ma vie, mais je juge que c’est important pour comprendre (vous et moi-même d’ailleurs) pourquoi c’est à vous que j’écris.
Je grandi donc, et deviens une petite femme. Les idées de garçon commencent à me quitter, je sais que jamais je n’en serais un, mais cela n’empêche rien. J’ai donc un énorme souci. Je veux être fière d’être une femme. Je n’ai pas de mère de qui inspirer cette fierté et ma tante et ma grand-mère, ben j’ai relativement déjà exploité ce qui pouvait me rendre fière d’être une femme. Ca ne me semble pas suffisant, peut-être car je les connais bien, et je connais aussi tous ces petits défauts qui sont leurs et que je ne voudrais surtout pas avoir.
Donc je cherche une autre image.
Et cette image, je crois l’avoir trouvée en partie, car durant toute l’année dans laquelle j’ai été votre élève je n’ai pu qu’admirer la femme que vous me sembliez être.

«Pourquoi vous ?»
La question, trop dure ainsi, s’est vue décomposée et recomposée.
«Qu’attends-je de vous ?»
Car je ne suis pas assez naïve pour croire en ma propre naïveté qui voudrait ne rien attendre de vous. Je ne sais pas si c’est moi ou si c’est l’être humain, mais j’ai l’impression qu’on n’agis jamais sans rien attendre en retour. Même pour les meilleures causes, on attend toujours quelque chose. On attend peut-être la paix dans le monde, la joie d’un jeune enfant africain. Ce sont des bonnes causes, mais ce sont aussi des attentes.
Qu’attends-je de vous ?
Je n’ose répondre. Dans ma tête j’ai les réponses, mais elles sont si flues, et puis, si… incorrectes. Car on ne dit pas «voilà ce que j’attends de vous» à quelqu’un. Et pourtant je ne peu pas le garder pour moi. Enfaite j’attends la même chose depuis le début de l’année, et comme à chaque fois j’en ai eu une parcelle de plus, à chaque fois j’ai laissé mes attentes exister. Seulement, je ne me posais pas la question, donc je ne pouvais pas trouver la réponse qui n’a pas changé. Maintenant je me suis posée la question. J’attends de vous que vous soyez un idéal. De femme, de mère, de professeur. Que vous soyez une femme fière de l’être, une mère capable d’être aimée et une professeur capable d’enseigner. Une femme, pour que je me dise «mais, elle est femme et moi aussi, elle est superbe, je pourrais l’être aussi, c’est super d’être femme si cela veux dire pouvoir être une femme comme elle». Une mère, non pas comme celle que vous êtes avec vos fils, d’ailleurs bien que je sache que c’est exactement le bon mot, ce n’est pas au sens qu’on l’entend d’habitude. Je ne sais pas si vous voyez ce que je veux dire. Ce n’est pas ce genre de mère qu’on appelle maman, ni mère (d’ailleurs je ne le ferais jamais, ni dans ma plus profonde profondeur, car ce n’est absolument pas ça que j’entends par mère) mais plutôt… une mère professeur. C’est juste par l’idée de l’apprentissage. Plus loin peut-être qu’apprendre le subjonctif, apprendre la littérature, un guide, apprendre la vie, une lumière, apprendre le sens même d’apprendre, comprendre, de vivre et d’aimer. Trois mots, trois idées fondamentales, je pense pour la compréhension même de la littérature, de l’art.

Ainsi, la question ce pose de nouveau : pourquoi vous ?
Je ne pense pas avoir de réponse concrète, et pourtant tout ce que je viens de dire l’explique.
D’ailleurs, je n’attends rien de concret. Je n’attends pas de réponses de votre part, je n’attends pas une attention particulière à ma personne. J’attends juste une chose, juste une réponse. J’attends que vous me disiez si oui ou si non vous me donnez l’autorisation de faire de vous l’eau qui remplira ma gourde avant de m’affronter, jour par jour, au désert de la feuille blanche.

C’est tout ce que je veux, c’est vous écrire. Pour écrire. Pour m’écrire aussi. Ca pourrait sonner presque méchant, mais c’est presque vous utiliser juste comme un objet, un pion dans une entreprise plus grande. C’est ce que c’est. Un pion cependant vital. Car l’acte en soit, l’important en soit, est de franchir le désert et de le remplir de mots, d’idées, de vie. L’eau semblerait presque négligeable, quand le désert sera franchi (si jamais il l’est). Mais sans l’eau, le désert ne peu être franchi. Et moi je vous veux vous comme eau. Je veux m’inspirer du fait de vous écrire pour écrire.

Je dis écrire, car c’est en grande partie ce que je veux. Ecrire. C’est une obsession. Je n’arrive pas à écrire. J’ai un espace qui est mien sur internet, tout nouveau tout propre, et bien j’ai fait une catégorie «une plume s’apprends». Il y a le double sens de «je m’apprends moi-même» et celui de «j’apprends à être une plume». Dans les deux sens, je veux me convaincre que c’est ainsi que ça marche. Pour le premier, je sens que c’est vrai, qu’il faut que chacun s’apprennent. Mais pour le deuxième… c’est tellement difficile de se dire «une plume peu ne pas être innée» et donc «si je travaille bien je pourrais le devenir un jour». Mais j’y crois, j’en garde espoir. Et c’est dans cet objectif d’apprendre à être ce que je voudrais être, mais aussi dans celui de m’apprendre moi-même, que je vous écris.
Ca aurait pu être vous, ça aurait pu être quelqu’un d’autre.
«Nous nous oublierons»
Un moment ce fut un garçon, je ne parle presque plus avec lui. Tout passe, c’est quelque chose que je sais, rien n’est vraiment eternel, pas même l’amour, pas même l’amitié, pas même le souvenir et pas même l’éternité. Mais tant que ça n’est pas passé, ce qui est est la seule vérité. Actuellement, là, pendant que je vous écris, la mienne, de vérité, la seule vérité qui m’entoure, c’est que c’est à vous que j’écris, que c’est ce que je veux et que je suis heureuse en le faisant. En vous écrivant. Bien sur, il y à aussi tout ce qui va avec, tout ce qu’il y à derrière, le fait que ça ne soit qu’un «exercice», mais cela compte peu, tellement peu, là, en ce moment précis dans lequel je vous écris, vous, pour toutes les raisons déjà énoncées.


Je sais, je sais que vous aviez l’intention de me répondre à mon premier «petit mot» et qu’en vous écrivant de nouveau je vous submerge dans un deuxième monde auquel répondre, je vous mets d’autres problèmes en face, je vous résous quelques uns. Je sais aussi que entre ce premier mot et ce troisième que je vous écris, il y à des écarts, des contradictions. Je le sais très bien étant donné que ce mot-ci est accompagné par un que je vous ai écris vendredi denier et qui, après relecture, le trouvant trop violent je ne vous ai pas donné. Mais là je juge que vu que ce mot là vous été destiné, je ne suis personne pour vous empêcher de le lire. Mais il est la preuve concrète d’un lunatisme aigu en moi. Ne viens-je pas de vous dire que je suis heureuse alors que je me condamnais à ne pas l’être ? Ne viens-je pas de vous dire que je ne suis pas amoureuse alors que la feuille annexe à celle-ci me compare à un amoureux ?

C’est cette folie qui est mienne que je veux vous soumettre au quotidien, voulez-vous bien l’accepter ?

Vous pouvez dire non, je ne vous en tiendrais pas du tout rancœur. Car justement, car je vous admire, je saurais que si vous dites non, vous avez une raison, une vraie raison, une raison valable que peut-être un jour je comprendrais. Ou peut-être pas.


Et bien… voilà, tout ce que «je ne savais pas quoi vous dire» est dit… le prochain mot vous appartient. Il suffit qu’il ne soit qu’un seul, un oui ou un non, je comprendrais dans les deux cas, et alors je pourrais me lancer dans ce que j’appelle presque «mon projet» Ne vous avais-je pas dit que finalement tout ce que je désirais était étudier une relation ? Etudier une barrière sous tous ses angles ? N’est-ce pas une autre forme de tourner l’énoncé de mon projet d’écriture ? Un essai sur une relation presque quelconque, puisque qui n’est pas l’élève d’un professeur ? Une relation presque quelconque qui pourtant pour moi ne l’est pas. C’est juste ça, en fin de comptes, étudier cette relation et l’écrire.
Et ainsi, je fais l’alchimie parfaite, je me pose un projet, une thématique sur laquelle écrire au quotidien, mais c’est un sujet pour lequel les mots viennent seuls. La preuve en est que j’en suis déjà à débuter ma sixième page alors même que «je ne savais pas quoi vous dire»…


Et juste, Madame, pour finir en toute beauté, juste pour toucher un thème qui semble presque hors-sujet et qui pourtant ne l’est pas… Juste car il me chiffonne, m’embête et m’attire. Juste pour ça, je voulais vous demander.
Vous ai-je déçue ?
A quoi s’applique cette question. Elle pourrait s’appliquer à mon premier mot, ou bien a mon deuxième et troisième mot que vous lisez là tout de suite. Et bien non, il s’applique seulement à l’exposé que j’ai fait aujourd’hui.
Vous m’avez félicité. Quel bonheur exquis, quelle douceur infinie, quelle sucrerie succulente ! La mérite-je ?
Mais cependant, que sais-je, j’ai sentit quelque chose… de déçut, de ne pas vraiment ravi dans votre voix. J’essaye presque de me convaincre que c’étaient mes compagnons, et pourtant, ne les ayant pas vus moi en faute que je ne sache leur pardonner, je ne peux me le dire ainsi.
Vous savez, je ne suis pas entrain de dire «j’ai été tellement bien que je ne vois pas d’où ce ton inexplicable à bien pu venir», absolument pas, trouvant moi-même mon exposé assez… mouarf, presque médiocre étant donné que je n’ai pu m’appuyer sur aucune aide (même sur internet, niarg, aucune comparaison ‘utile’).
Non, je suis juste entrain de vous demander «où me suis-je trompée ?». Vous l’avez dit en cours, mais ça me semblait incomplet, et votre ton me semblait plus insatisfait encore que le simple tract et la chaleur complète qui inondaient mon visage et me faisaient faire des affreux «et ben voilà donc quoi je voilà vous voyez voilà».
Peut-être me trompe-je, bien sur, mais si ce n’est pas le cas, étant donné que justement je veux en vous un professeur, et que je suis prête à voir mes torts si c’est vous qui me les montrez, je vous demanderais juste de me dire «où je me suis trompée» afin de me corriger.
Ce n’était peut-être pas de la déception… mais, mais… cela me chiffonne. Si ça l’était, alors je voudrais l’écouter complètement, car je ne voudrais pas reproduire cela.
Evidement, je risque encore de le faire, et plus d’une fois sans doute, ça serait trop simple si on pouvait juste être parfait. Trop simple et trop ennuyeux. Mais ainsi au moins je pourrais savoir à chaque fois pourquoi je vous déçois et peu à peu essayer d’effacer ces traces sur votre visage.

Enfin, moi j’dis ça, moi j’dis rien, ça se trouve je vise encore à coté de la plaque… mais au cas où…

Enfin, donc, voilà…
Je pense que je n’ai plus rien à ajouter.

Je vous souhaite un très bon week-end, pas trop ennuyeux malgré l’énorme lecture à laquelle je vous ai encore une fois soumise, et ben… vu que vous me lirez après vendredi à l’heure du latin (étant donné que c’est le moment dans lequel j’entends vous donner ceci), je vous dis à lundi.

Andrea



Je décide, comme dit, de lui donner en mains propres. J’en coupe la partie parlant de l’exposé suite à un commentaire innocent de la prof ‘histoire («Alors, il parait que tu est spécialiste en Antigone et tu fais des super exposés !»).
A la fin du cours de latin, deux élèves se jettent sur elle. Je décide d’attendre. A peines l’ont-elles lâchée, une de ses collègues reprends le relais. Impossible de s’adresser à elle.
Je gribouille quelques mots sur ma lettre, je la lui mets dans son casier.
A cette lettre j'ai joint la très violente, précisant date de rédaction, motifs pour lesquels je ne lui avais pas donné et raison pour laquelle je la lui donnais finalement ("elle vous est destinée, je ne suis personne pour vous empêcher de la lire" ou encore "preuve concrète de mon lunatisme aigu" )

Ce soir-là. Je rêve d’elle.
Le rêve… je l’écrirais ensuite. Là… pas envie.

Lundi matin. Conseil de classe. Je suis une des seules paumées à venir en cours à 10h00 alors qu’on commence à 14h30. Autant l’envie de savoir l’issue du conseil (Compliments – passage en 2nde) que l’envie de la voir ainsi que celle de sortir de chez moi.

(Là je copie ce que j’ai dit à un ami par msn… pas très envie de réécrire :)
Tout le week-end à me faire des films "je vais arriver devant la salle du conseil, et je lui demanderais si je peux l'accompagner jusqu'a la salle des profs, et je lui sortirais une phrase genre 'c'est drôle, j'avais prévu 30 discours et là, soudain, je les ai tous oubliés".
Bien sur, comme tous les films, ça ne se réalise pas. 09h50 j'arrive devant mon collège. 10h05 le

Répondre à gemmill

C'est ça le résumé, gemmill ?
Mouaha :P

La suite...
La suite c'était ça :

"Ce soir, nous sommes mercredi soir…
Je n’ai rien à ajouter. Sauf que maintenant j’ai écrit.
J’ai le cœur plus doux. Plus léger…

Pardon de tant de lettres. Rien ne vous obligeait à lire.
Rien ne vous oblige à répondre.
Que pourriez-vous répondre ?
Dans tous les cas… Je suis là… au cas où quelqu’un veuille bien me faire la conversation. Poser des questions a une folle.


Saludos !"


Mais le message était trop long, ça n'a pas rentré...
Bref euh...

Grandfolle, Brnyce... quoi dire? A part un énorme merci de m'avoir lue, sachant moi-même que je n'ai écrit que pour écrire (oui, ça ma pris du temps, mais j'ai fais quelques collages -le rêve, les lettres et la fin étaient déjà écrites-) mais j'avais vraiment besoin, vraiment vraiment, de remettre un peu en ordre dans ma tête.
Bon... c'est relativement raté, étant donné que je continue à ne pas trop savoir ni quoi faire ni quoi dire ni ce qui se passe ni se que je sens. Mais bon, sur le coup, hier, ça m'a fait du bien.

Un résumé...
Boarf... disons que je ne trouve pas que ça soit une insulte. Je comprends. D'ailleurs, je comprends tellement bien que j'ai écrit pour écrire et c'est normal que vous ayez la flemme de lire. Personnellement, je pense que je l'aurais bien, moi, devant tant de texte.
Et voilà, je continue a parler sans m'arrêter...
Un résumé...
Je peu vous le faire en quelques mots... peut-être ça vous donnera envie de lire, peut-être pas, peut-être rien. Ché plus moi. Ché plus rien du tout, moi.
Enfaite j'éprouve pour une prof de français, des sentiments qui me semblent étranges, non pas contradictoires, mais déplacés. Ce n'est pas de l'amour, c'est juste une admiration qui va tellement au-delà de l'admiration... Une admiration sur plusieurs angles... l'enseignement, les idéaux, le physique, la féminité, la maternité...
Le problème étant que je ne comprends pas moi-même. Du coup, résumer...

Enfin... que dire?
Niarg... j'ai le crâne sec d'idées... niarg...

------------------------------ Aprendre pour savoir, savoir pour comprendre
Répondre à Farfalla

Salut, j'ai lu ce que t'as écrit. Ca m'a pris du temps mais je crois que j'ai rien manqué =)
Tu attends quoi de nous? un avis?


Message édité par BobPerfid le 06-06-2008 à 17:01:34
------------------------------ Directeur de l'administration centrale du secrétariat d'état à la marine militaire de l'ASF.
Directeur général du service de réparation des chaussettes trouées de l'ASF.
Répondre à BobPerfid

Merci pour l'effort :)

Je ne sais pas ce que j'attends... un avis, oui certes. Mais un avis sur quel point? Sur quel thème? Je ne sais pas. J'attends, juste... :)

------------------------------ Aprendre pour savoir, savoir pour comprendre
Répondre à Farfalla

J'ai lu aussi, ça fait plaisir même pour une fois dans Healh&Luv de pouvoir prendre du plaisir à pénétrer une 3eme (spirituellement parlant, dommage ).

Un avis par rapport à ça, je n'en ai pas. Ce que tu vie, ressend est unique et ne peux pas etre traité avec les analyse classique de tes congénéres attardé de ton âges.

La complexité avec laquelle analyse ce rapport humain est un pur bonheur.


Un grand merci à toi, si jeune et pourtant...



Message édité par farfadet_1er le 11-06-2008 à 14:53:43
Répondre à farfadet_1er

Moi j'ai trouvé ça pas mal et bien écrit (pour ton âge). Mais cela dit, je pense que ta prof mettra un terme à vos échanges. Enfin, elle est jeune, elle pensera peut-être qu'elle peut t'aider et t'apporter un peu de l'affection que tu lui demandes, mais une prof experimentée te dirait que ça n'entre pas dans le cadre d'une relation prof/élève.
Sinon, côté style c'est pas mal du tout, mais parfois tu dis en 20 lignes des choses qui pourraient être dites en 2, ce qui rend tout ça un peu fouilli.
Voilà, mis à part ça jte félicite pour la performance que c'est d'écrire un pavé pareil, et jsuis sûr que tu iras loin en L.
Bon courage !

------------------------------ Directeur de l'administration centrale du secrétariat d'état à la marine militaire de l'ASF.
Directeur général du service de réparation des chaussettes trouées de l'ASF.
Répondre à BobPerfid

Si je tarde à répondre, c'est que des fois, comme ça, je me demande si ça vaut la peine. Des fois, j'ai comme ça, des coups de folie et j'ai juste envie d'en parler, et des fois, je me trouve ridicule. Je me trouve ridicule de vous parler de tout ça, d'avoir écrit des pages pour vous faire lire des conneries. Pas des conneries dans le sens "c'est con ce que je ressens" mais plutôt dans le sens "c'est con, ça vous ne intéresse sans doute pas". Donc je ne réponds pas. Puis paf, envie d'en reparler, et je réponds...

Là, en partie, je réponds parce que je suis en pleine hyperactivité nerveuse et presque dépressive. Demain "on va boire un petit quelque chose", ma prof et moi. Or, je sais qu'elle va me parler de mes lettres. Or moi je n'ai toujours pas compris ce que je ressens et ce que j'attends d'elle, donc je me vois très très mal répondre à ces deux questions inéluctables qu'elle va forcément finir par me poser, aussi subtilement le fasse-t-elle.

Je voulais aussi remercier farfadet_1 er, juste comme ça, parce qu'il m'a bien fait marrer avec son commentaire, tout en me faisant rougir. Parce que dise c'qu'on dise, ça fera toujours plaisir qu'on vous dise des compliments comme il les a dit. C'est peut-être des plus beaux compliments que j'ai entendu (lu) dernièrement, parce que pour moi c'est le genre de compliments qui flattent mon ego, mon égo et mon complexe de la simplicité. J'ai surtout rigolé à la façon dont il qualifiait mes congénères attardés de mon âge. Pas que je ne les aime pas, mais que pour beaucoup, tout en les aimant bien, j'pense la même chose =D

Quand à BobPerfid, ses compliments aussi me font rougir. Ils diffèrent énormément avec ceux de farfadet, pour la simple raison que l'un parle de l'écriture et l'autre de la capacité a l'analyse humain et surtout de la transmition de cet analyse (en me... *hum* pénétrant). Voulant juste rebondir sur le fait de "tu écris 20 lignes pour dire ce qu'on peu dire en 2 mots", qu'il soit claire que tout ce que j'ai écris là, à vous ou bien a ma prof, c'est venu du fond du cœur, comme c'est venu, que je n'ai logiquement pas fait de plan (comme on ferait dans une disserte, même dans une rédac') et si j'ai choisi de dire 20 lignes c'est que peut-être 2 mots n'auraient pas étés suffisants pour dire ce que je n'ai pas encore réussi a dire. Puisque moi-même je n'arrive pas à comprendre ce que je veux dire, c'est à dire, ce que je ressens. D'où farfadet deviens flatteur. Car après tout, tout ce blabla que je vous adresse, viens au fond d'une volonté mienne a mettre ms propres pensées en clair et à essayer de m'expliquer moi-même.

On m'a demandé ce que j'attendais de vous.
J'attends peut-être que vous me compreniez et que vous m'expliquiez comment me comprendre.

Enfin... sur quoi... La bonne soirée!

------------------------------ Aprendre pour savoir, savoir pour comprendre
Répondre à Farfalla

C’est drôle comment un objet, une personne, dès l’instant où l’on lui prête un minime et innocent intérêt particulier peu devenir l'objet d'une obsession
C’est aussi drôle comment, dès l'instant où l'on connait un peu plus cet objet (personne) dont on est devenu accroc, l'obsession se brise.

Je l’ai vue, aujourd’hui. Ca c’est très bien passé.

C'juste que je m'étonne de ressentir, très contrairement à toute attente qui aurait voulut que j'en devienne complètement folle, une sorte de... libération
Au lieu d'en être trois fois plus obsédée, je n'en suis plus du tout obsédée.

Ce qui ne veux pas dire que "le charme est brisé" mais plutôt que l'angoisse de ce charme oui. Enfin, je me suis rendue compte que c'était une femme, un être humain, j'ai réalisé qu'elle avait une famille, une histoire, un caractère.

Je suis arrivée vers 9h50... je prends tout mon temps en laissant mon vélo, je suis vachement en avance (quelques 20 minutes...), puis j'entre dans le Lycée, je m’assois devant la salle des profs. J'ai rarement senti un tel malaise, je me sentais vacillante, déstabilisée, tremblotante. A chaque pas que j'entendais, j'étais sure que c'était elle. Finalement elle est apparue, elle parlait avec une femme (documentariste ou truc dans le genre). Passaient aussi tous les élèves qui venaient de passer leur bac, je me demandais si on ressentait à peu près la même chose. Je ne me suis pas levée, je me suis contentée de contempler ma prof un moment, d'attendre que nos regards se croisent, puis je suis restée assise, j'avais l'impression d'être punie, je regardais ma main qui tremblait, j'évitais de la regarder elle, la laisser à sa conversation. Elle a passé plusieurs minutes à parler avec la dame, puis quand elles se sont dit "a bientôt" elle a dit "je vais juste dire a Andrea..." et elle s'est retournée vers moi "je reviens dans 5-10 minutes" - "oui, oui, pas de problème".
Je sentis mon cœur battre comme il a rarement battu, j'étais pas du tout à l'aise avec ce sentiment d'angoisse, avec ces battements qui voulaient rompre mon torse, déchirer ma poitrine, déchirer mon intégrité. Et elle est allée dans la salle des profs, et j'ai guetté sa sortie autant que je guettais les tremblements de ma main que je tenais suspendue en l'air et que j'essayais de calmer.

Elle est finalement sortie, je me suis levée, on a fait deux pas ensemble, puis je lui ai dit bonjour, elle y a répondu "bonjour", puis on a continué à marcher vers la sortie, en silence, j'essayais d'analyser ce que je ressentais, ce n’était pas beau du tout, j'ai pas du tout apprécié, c'était trop, c'était le point culminant de l'horreur, je sentais que je ne tiendrais pas dans une telle tension. Elle m'a demandé comment ça allait, j'ai répondu que relativement bien et lui ai retourné la question elle m'a dit quelque chose comme "des fois on a des coups durs dans la vie"... et encore le silence.

On est sorties du lycée, je la suivais, je ne savais pas où elle voulait aller, elle m'a dit qu'on irait boire un jus de fruit au bon marché, j'ai consentit, on y est allée. Dans le trajet on a parlé un peu. Je lui dis que je me sentais coupable d'être là alors qu'elle semblait avoir des soucis et pleins trucs à faire, elle me disait que non, que si elle était là c'est que ça lui faisait plaisir. J'ai pas insisté.
Ensuite on a parlé d’un concours de poésie qu’elle a organisé. Elle m'a demandé si le proviseur adjoint avait affiché les affiches pour la remise des prix, affiches que je lui ai crée, pour l’aider un peu, je lui ai dit que oui, mais qu'une seule, que vendredi je me chargerais d'en faire mettre plus. Elle m'a demandé si je voulais bien l'aider a la lecture des poèmes, lundi, j'ai dit oui, elle m'a brièvement expliqué que une de ses élèves de 1ère feraient la statue et que moi et d'autres ferions d'autres voix. Bref l'organisation de la lecture.

Nous sommes arrivées au Bon Marché, on est allée au petit resto du bon marché, elle m'a dit qu'elle m'invitait un jus, j'ai remercié, j'ai pris un jus d'orange, nous sommes allées nous assoir.

J'étais relativement plus calme, je ne suis pas timide, j'ai souvent assez confiance en moi et j'ai très vite confiance dans les autres, donc le sentiment d'angoisse avait relativement disparu. Je n'étais pas pour autant faite une bavarde, mais je cachais mon malaise par quelque plaisanterie, par quelque sourire.
Ce fut troublant, elle était assise devant moi, son visage appuyé contre le miroir au mur, et elle me demanda de lui raconter un peu, ma vie, car finalement, elle ne savait rien de moi "sans langue et sans patrie". Je lui dis, père italien, mère argentine, morte, moi mexicaine, un an en Italie, mariage de mon père, depuis 4 ans à Paris.

Puis je sais pas. Je sais pas l'ordre.

Je sais qu'elle me dit que je lui rappelais elle à mon âge, qu'elle aussi était un peu agarçonné, ils étaient 6 enfants dans la famille avec une mère sans trop de moyens. Elle me dit que la première fois qu'elle m'avait vue, y'a deux ans, en latin, elle avait mis 15 jours à savoir si j'étais une fille ou un garçon. Elle me dis que sa fille était entrain de divorcer, que c'était dur pour elle, qu'elle était venue chez elle (chez ma prof) avec ses deux fils, et que elle (ma prof) souffrait de voir sa fille souffrir. Elle m'a demandé ce que je voulais faire plus tard. Je n'ai pas osé le lui dire. Elle m'a dit que je m’autocensurais. Elle m'a demandé de lui raconter un peu sur ma famille, j'ai parlé beaucoup sur mon père, sur son apathie, sur son manque de courage, mais sur sa vie d'artiste. Donc sur le dégout qu'il me faisait mais au même temps la conscience que j'étais comme je suis à cause de ce qu'il est, et que comme je suis fière d'être moi...

Elle me parla aussi un peu de son père, aussi un "déprimé", de sa mère, comme elle, toujours prête à donner un bon coup de pied une fois le fond de la piscine atteint, pour rebondir, remonter. Elle m'a dit que c'est ce qu'il fallait faire toujours, et qu'il ne fallait jamais regretter, toujours avancer mais sans jamais écraser d'autres personnes sous ses pas.

Elle m'a dit qu'elle aimait bien que je lui écrive, que je pouvais continuer, qu'on pourrait encore se voir, de temps en temps, maintenant qu'on n'allait plus être prof-élève. Que bien sur, je ne parlais pas à la prof. Elle me dit que c'était important de faire des choix, mais qu'il fallait se donner les moyens, que je devais me forcer à travailler, que j'avais des qualités, que je serais une femme bien, quand je grandirais

Je n'ai pas su contredire une seule de ses paroles

Je me mélangeais dans les "oui euh mais non mais oui, voilà, puis voilà euh oui quoi"

Elle m’a demandé ce que j’attendais en lui écrivant, un peu pour me faire sous-entendre que je ne devais rien attendre d’elle, ni une mère, ni une amante, ni que sais-je encore comme délire. D’ailleurs, là, devant elle, je n’y pensais pas, ni à une mère, ni à rien, à aucune attente. «Je vous écris pour m’écrire à moi-même, c’est juste que j’ai besoin d’un correspondant pour avoir la volonté de le faire, pour y trouver un sens »

Elle était très belle, mais elle ne m'a pas attiré, un seul contact avec elle ne m'a pas attiré. J'ai aussi parlé du courage de sa fille, ce courage que mon père n'avait pas, et que sa fille a eu pour être heureuse, donc je lui disais qu'elle avait bien fait, pour essayer d'apaiser la peine qu'elle ressentait en m'en parlant

On a parlé un peu plus d'une heure et finalement on est parties du Bon Marché.

Pendant tout ce temps, j'avais une question qui me trottait dans la tête : était-elle là par devoir (prof', humain, adulte, peut importe) ou vraiment par envie-plaisir? Je n'ai pas osé le demander, même si j'en avais très envie, car elle a insisté sur le fait que ça lui avait fait plaisir

Dans le chemin de retour, elle a dit qu'il faisait beau, qu'on allait enfin avoir un WE d'été, je me ressentis coupable, je me sentais vraiment comme quelqu'un qui la forçait à faire quelque chose, même si elle n'en donnait pas l'impression, et elle m'a dit que "tu vois, ça m'a fait plaisir de parler avec toi, sinon j'aurais plongé dans mes soucis, or il ne faut jamais être tout le temps dans ses soucis, aussi graves soient-ils, tu a été comme mon rayon de soleil du jour, parce que j'ai passé une bonne heure, parce que j'ai puisé mon énergie dans la tienne. On a toujours une énergie en soit, mais des fois elle n'est pas suffisante et on a besoin d'en prendre dans les autres" et on a continué à marcher, en silence... puis j'ai dis "je tenais quand même a vous remercier. Pour aujourd’hui, pour l'année, parce que cette énergie dont vous parliez, vous voyez, vous avez su me la donner et a tous dans la classe, parce que vous avez été une professeur pleine d'enthousiasme, que vous nous avez donné envie ect ect"

Et elle a dit que merci, que c'était ce genre de commentaires qui lui donnaient envie de continuer à faire passer son enthousiasme. Et après on a parlé d'une certaine banalité, je partais en vélo, elle a dit qu'elle ne ferait pas du vélo à Paris, et des trucs dans le genre, puis voilà, on s'est dits au revoir. Elle m'a dit de dire à mon père qu'elle aurait bien voulut connaître ses peinture, en me disant que les gentes avaient besoin qu'on leur dise ça pour sortir de cette inactivité dans laquelle j'ai décrit mon père, bien sur, je ne le dirais pas à mon père, lui il croit que j'étais en cours, ce matin... et puis, elle m'a pris par l'épaule. Et elle m'a fait un bisou sur la joue. Je l'avais sentit venir, mais trop tard pour le réaliser. Je pense qu'elle voulait me faire la bise, mais je suis restée raide, parce que... je ne sais pas pourquoi. Parce que "je ne m'y attendais pas" alors même que "je l'avais senti venir"... puis elle est repartie vers le lycée, je suis montée sur mon vélib.

Et je me suis rendue compte que je n'étais plus obsédée



Voilà. Donc, ça c’est bien passé. Mon stresse d’hier était quasiment inutile et me ronger de l’intérieur, devant la salle des profs, ce matin, tout autant.

Néanmoins, ça ne fini pas là. Forcément ça ne fini pas là. Y’aura une suite, sans doute. Mais laquelle ? Et la je bloque complètement. Maintenant que ça c’est fait, maintenant, il faut faire quoi ? Et puisqu’il semble que j’ai été relativement facile a pénétrer, si quelqu’un sais me dire ce que j’attends, comme suite moi…

Bon diou, j’aime pas être une ado. C’vraiment chiant à force, de ne pas savoir mettre un nom à ce que l’on ressens, pas savoir ce qu’on attends, ce qu’on espère, ce qu’on veut. Ce qu’on est. Rhalala, j’vous jure, ces d’jeunes de maintenant !

------------------------------ Aprendre pour savoir, savoir pour comprendre
Répondre à Farfalla

Récit trés beau, comme toujours.

Citation :

C’vraiment chiant à force, de ne pas savoir mettre un nom à ce que l’on ressens, pas savoir ce qu’on attends, ce qu’on espère, ce qu’on veut. Ce qu’on est. Rhalala, j’vous jure, ces d’jeunes de maintenant !


Ralala m'en parle pas, c'est l'horreur !! Au moins en étant adulte, on sait se démerder plus dans ce domaine !!

Spoiler :

Ou pas


Message édité par Brnyce le 18-06-2008 à 22:53:30
------------------------------ Une autre pour se foutre à poil ?
Co leader de l'ASF
Répondre à Brnyce

Citation :

Bon diou, j’aime pas être une ado. C’vraiment chiant à force, de ne pas savoir mettre un nom à ce que l’on ressens, pas savoir ce qu’on attends, ce qu’on espère, ce qu’on veut. Ce qu’on est. Rhalala, j’vous jure, ces d’jeunes de maintenant



Sans vouloir te pourir l'existence, ça continue même passé cette soi disant phase de l'adolescente.

Ou alors jsuis p'etre juste un attardé decisionnel, bien possible ça remarque ...

Répondre à farfadet_1er

[:drapo]
Il faut un temps fou ne serait-ce que pour lire le premier post, mais ça vaut le coup.

------------------------------ Bureau d'info & soutien aux malchanceux de l'amour à l'ASF.
mais avant tout, physicien et photographe!
Répondre à BahUiToutSimplement

:DJ'ai lu ! Eh bien, ce n'est pas mal, moi aussi, j'ai souvent eu envie d'écrire et de montrer à tout le monde ce qui cloche chez moi:/
Bonne continuation, s'il y en a une...:)

------------------------------ L'enfer est éternel ♠
Répondre à Milky-Way

Ayé! Z'ai tout lu, y compris le post d'hier [ ui ui j'suis fier :ange: ]

Je ne sais que dire. C'est assez émouvant...

Citation :

Bon diou, j’aime pas être une ado. C’vraiment chiant à force, de ne pas savoir mettre un nom à ce que l’on ressens, pas savoir ce qu’on attends, ce qu’on espère, ce qu’on veut. Ce qu’on est. Rhalala, j’vous jure, ces d’jeunes de maintenant !


Je pense qu'on peut maintenant appeler ça une forme d'amitié, à défaut de trouver un terme plus précis... :ange: hihi. Mais je comprends ce que tu voulais dire...

------------------------------ Bureau d'info & soutien aux malchanceux de l'amour à l'ASF.
mais avant tout, physicien et photographe!
Répondre à BahUiToutSimplement

En brique à brac, pour mes fiels lecteurs (dès que je commence a vous ennuyer, vous me dites de m'arrêter m'c'est que j'aime pas voir mes histoires en page 2 *sifflote*...)

  

Vendredi 6 - 15h30 = Cours de latin
Bon, euh, cours de latin normal, tranquilou, mais comme c'est parmi les derniers cours de l'année, "tableau d'honneur", genre madame F qui dit a chaque élève "oui, pour toi je n'ai aucune crainte, tu va tenir bon, tu va y arriver, faut juste que tu ne baisses jamais les bras, gnagnagna"
donc ambiance detendue, tranquilou, et souvent des "derapages" or cours
je sais pas comment c'est venu, mais vu que j'étais assise au deuxième rang droite (personne au premier comme toujours dans la classes de moins de 25 eleves) et donc juste dans sa diagonale, donc on a fini par causer un peu
ah oui je me souviens
elle avait ouvert une lettre et un gars de la classe lui a demandé ce que c'était, elle avait pas encore vu l'intérieur et elle fait genre "un cheque"
bref, petit délire sur "ah? On pouvait vous payer avant le conseil d eclasse!!!???" (genre l'acheter quoi) et "oui, bien sur, vous ne le saviez pas? j'attendais les cheques moi, j'ai rien recut"
bref enfaite c'est inenteressant
on en est venu a qu'elle dise genre que y'a des gentes qui veulent toujours du mal aux gentes
et moi je lui ai dit qu'on ne pouvait pas lui vouloir du mal a elle
et elle a dit que le mal était lié a la jalousie
mais c'té la première fois que ben, c'était comme un petit clin d'oeil, mais PENDANT un cours
17h30, fin de mon dernier cours, physique, je prends exprès le chemin ou je sais que je vais la croiser car je compte lui offrir mon aide pour faire des afiches pour un concours de poésie qu'elle a organisé (pour la remise des prix)
bon, je la croise donc
mine de rien, en sifflotant, tranquilou
et sans même que je lui parle, c'est elle qui m'apostrophe
"Ah, Andrea, je voulais te dire, on va essayer de se voir mercredi après-midi si tu à le temps. Tu habites ou? Quel metro? A quelle heure tu peux? Gnagnagna. Bon, lundi tu me donnes ton n° de portable comme ça mercredi je t'appellerais ou t'envoirais un texto pour te dire l'heure, on se retrouvera devant la statue de danton, a odeon"
poauf, coup de grâce
j'en prends même pas encore completement conscience tellement je trouve que c'est trop impossible
bon, bref, après on a causé de l'affiche
genre je lui fait "si vous voulez, je peu vous la faire
-ah... ben, si tu veux, oui
-ça me ferait plaisir, c'est pour vous aider, pour vous enlever un peu du travail que je vous donne deja en plus
-non mais oui fait-la si tu veux, merci vraiment, ça m'aide beaucoup, mais sache que tu ne me donne pas de travail, j'ai vraiment envie de te dedier un peu de temps"

 

J'lui file donc mon n°

Bonjour Madame.

 

Ainsi comme je m’efforce d’écrire (et je vous donne le résultat de quelques heures de cogitation devant une page blanche et quelques minutes d’élan et d’inspiration -plus corrections le lendemain-) je vais m’efforcer de ne pas trop vous écrire. L’envie ne me manque pas, mais j’ai peur d’en faire trop. Et du moment où je commence à soupçonner quelques idées, je suis certaine de finir six pages après. Donc je vais tenter de frôler le plus «superficiellement» possible la raison pour laquelle je vous écris.

 

D’ailleurs, je n’aie qu’à écrire mon numéro de portable (06 ** ** ** **) et vous dire que cela m’arrangerait si on pouvait se voir après 14h00 – 14h30 et avant 17h30 ou bien alors tout de suite dans les environ d’après 12h30-13h00 (j’en mourrais de faim, mais je mangerais mon stress et mon émotion).
Je n’avais qu’à écrire cela… et pourtant j’ai effacé trente fois la phrase et l’aie récrite, souvent exactement comme je l’avais effacée.

 

Enfin… voilà, ce qui devait être dit est dit. Le reste est tellement évidant, que même si je l’écrivais, ça ne lui donnerais pas plus de clarté.
Andrea

 

PS : Je n’ai pas encore trouvé le titre. Une évidente inspiration de «Roman» et de «Ma Bohème» d’Arthur Rimbaud.

 

I
Viendra un jour où je m’en irais peinarde
La tête dans le ciel et les mains dans les poches
Sifflotant au soleil, un brin goguenarde
Avec pommes et livres dans une sacoche

 

Je partirais pour le plus long des voyages
N’ayant pour seul but que l’eternel horizon
Le temps passera mais je serais sans âge
Revivant chaque matin, à chaque chanson

 

II
Ca sera le temps des oliviers verdoyants
Des cerises rouges et des amourettes
Les soirs du printemps d’or à être pompette
Quand la nature fera de nous des croyants

 

J’aurais un copain qui aura une bagnole
Chantant à tue-tête le chant des oiseaux
On poussera jusqu’aux frontières espagnoles
Pour découvrir, conquérir le charme du beau

 

III
Cela durera deux étés, ou trois, ou mil
Partout je me baladerais sans m’en lasser
Il n’y aura pas lieu où je ne sois passée
Regardant toutes les vies de tous mes avril

 

Guidée par les étoiles un jour je reviendrais
Curieuse de revoir ma maison disparue
Mais mon cœur balloté voudra voguer distrait
Et je repartirais, vers mon monde et ses rues

 

Arrive Lundi d’après, sans rien de très intéressant à raconter, elle me répond qu’on ne pourra hélas pas se voir ce mercredi mais qu’on le ferra le prochain, le 18, jour du bac, on n’a pas cours, elle surveille le bac, rdv a 10h30, on ira «boire un petit quelque chose». Farpait.

 

Bon euh… je saute des étapes, je ne trouve rien d’intéressant à raconter…
Jeudi 12 j’ai ma représentation de théâtre, une semaine avant les gentes n’étaient pas encore prêts donc j’hésitais à inviter des gens, je me décide finalement a l’inviter le mardi 10… ne sachant pas très bien si je veux vraiment qu’elle vienne ou pas. (Invitation faite a la main donc pas de copie :s)
Bien sur, elle ne viens pas, prévenue trop tard, mais me demande vendredi si ça a été, me dit qu’on en reparlera mercredi (ce qu’on ne ferra pas, mais bon :P).

 

Lundi 16 : me prends l’envie de lui écrire une lettre de « merci » que je lui donnerais en fin d’année tout en sachant que mon point de vue risque de changer énormément dans cet « avant mercredi » et le «après mercredi»

 

Je l’écris quand même… au cas où, au pire j’éditerais, que je me dis.

 

Madame,

 

Je ne sais pas mesurer l’inutilité de ce qui va suivre.
Je sais que chaque chose que je vais vous dire, par une raison ou par une autre, car je vous l’aurais déjà dit ou que vous l’aurez deviné, vous la savez déjà.
Et pourtant je me sens presque dans le devoir de vous le (re-)dire. Par contre, devoir envers vous ou envers moi-même… je ne saurais le dire.

 

Un jour vous êtes arrivée en cours de latin avec une enveloppe à la main. Vous avez dit alors que certaines lettres valent plus que n’importe quel chèque. Vous avez dit aussi d’autres choses dont je me souviendrais quelque temps car elles ont été dites par vous mais qui n’ont pas de raisons d’être rappelées ici et maintenant. Je pense me souvenir que c’était une lettre de l’un de vos élèves de terminale, semblable en tous points, sur le fond, à celle que je vous écrit. A moins, bien sur, que ces détails là n’aient été que mes soupçons ou que je ne mélange encore les histoires, pour ne pas perdre les «bonnes vieilles habitudes».
Ainsi peut-être la mienne, de lettre, pourra ne pas valoir un demi-centime en comparaison, ou même en général, mais au moins, je me dis, elle aura le mérite, aussi mince soit-il, d’exister.
Et maintenant que cette lettre existe il ne lui manque plus qu’une raison d’exister. Pour moi cette raison est claire et je ne tiens pas à vous la cacher longtemps.
Cette lettre est là pour traduire une pensée mienne, elle est là pour vous dire que je voulais juste vous remercier.

 

Je dis «juste» car il n’y a pas besoin de dire autre chose et je doute encore si ajouter quelques paroles.
Je me souviens comment un jour mon grand-père, suite à une table ronde ou quelque chose dans ce style, s’était plaint, avec une certaine ironie, de la passion qu’éprouvaient les autres à lui expliquer à lui ce qu’il avait lui-même voulut dire dans sa poésie et du comment ils lui faisaient en une heure une analyse de ce que le poète (lui-même donc) avait voulut écrire en écrivant deux vers.
Si, donc, se voir expliquer par les autres est ridicule et lassant, qu’est-ce que ça serait que de se voir s’expliquer soi-même !
Et je pense alors justement à Les Précieuses Ridicules de Molière, où Mascarille éprouve le besoin d’expliquer à Magdelon et à Cathos la beauté de ses 4 vers médiocres.
C’est donc dans la peur de ce ridicule que j’essaye de me contenter de dire simplement «merci». Et si je n’y arrive pas très bien c’est qu’il m’est inimaginable qu’un mot, que cinq lettres puissent traduire tout ce que je ressens. C’est trop petit, un mot, pour pouvoir garder en lui toute l’énormité d’un sentiment !
Or là, pour suivre mes habitudes, je me sens obligée de me rapporter à moi. Suis-je donc incapable de dire quelque chose sans faire automatiquement un pont vers moi-même !
Si je trouve le mot «merci» trop petit, c’est alors que je ne crois pas en la magie des mots, cette magie que justement l’écrivain, le poète, est parmi les seuls à savoir créer, celle qui fait que soient dits par des paroles tous les indicibles ? Si je n’ai pas confiance en ce mot, pour pouvoir juste l’écrire et juger qu’il saura dire tout ce que j’ai dit en l’écrivant, c’est que je n’ai pas confiance en l’écriture, et donc, en quoi ai-je finalement confiance ? Si cette confiance me manque, puis-je en avoir une autre ?
Et pourtant j’ai confiance en vous. Cette phrase semble sortie du contexte. Mais j’en en ai besoin pour savoir que je peux avoir confiance, et que donc écrire «merci» c’est écrire tout ce qu’il y a d’écrivible. Bien sur, ça serait tellement plus facile s’il existait un langage des sentiments qui ferait que vous puissiez comprendre tout ce que je ressens sans besoin que je vous l’explique. Ce langage serait plus fort que les mots, il serait même plus fort que le langage du corps et il vous dirait encore plus clairement ce que je pourrais presque vous dire en vous prenant soudainement dans mes bras et vous serrant contre moi. Car même si cette façon de s’exprimer pourrait sembler inadéquate, je pense qu’elle serait peut-être parmi les plus justes si jamais ma véritable envie venait à être de vous faire ressentir ce que mon «merci» veut dire.
Hélas cependant un tel moyen de communication est complètement hors-jeu et le langage des sentiments, de l’esprit et de l’âme, bien que je puisse croire qu’il existe, dans un mélange subtil entre celui des mots et celui du corps ne semble pas être là pour vous dire ce que je veux vous dire. Donc il ne me reste plus que le langage des mots. Qui est lui aussi un beau langage quand on sait s’en servir, quand on à cette parcelle du pouvoir de créer sur la magie qu’il peu procurer. Je n’arrive pas à savoir si moi je l’aie, donc il ne me reste plus qu’un choix et c’est de faire confiance aux mots.

 

Je fais confiance donc à ce «merci», à ces cinq lettres.
Je lui fais entière confiance, puisque je ne semble pas avoir le choix.
Je vais l’écrire, maintenant sans guillemet, et dès l’instant ou il sera sur la feuille, il sera un «merci» à part entière.
Je n’aurais plus qu’à espérer que le «merci» que je vous aurais écrit soit le même que celui que vous lirez.
Je n’aurais plus qu’à espérer qu’en lisant mon «merci» vous lirez avec lui toute les pensées qui l’entourent, qui l’enveloppent, qui le couvent, le caressent, des fois même le déchirent.
Toutes les pensées que j’y aurais mis, que j’aurais forcé à rentrer dans ce tout petit mot, en ouvrant la porte et en la refermant derrière elles pour qu’elle ne soit rouverte qu’une fois entre vos mains, qu’une fois sous vos yeux pour laisser fuir, tel un parfum d’été, d’hiver, d’automne et de printemps, toutes ses pensées, et vous envahir alors à leur tour, comme elles m’ont envahi pendant toute l’année dans laquelle j’eu le plaisir de vous voir devant moi à chaque cours, d’écouter votre voix à chaque parole, de désirer votre présence à chaque instant. Que c’était bien de se lever le lundi matin pour se dire «chouette, j’ai trois heures de Madame F !». Ca va me manquer, sans doute ça va me manquer. Et pour remplir ce manque je n’ai qu’une seule, une unique solution, et c’est de faire confiance à ce mot, à ce «merci». Il semble être là, immobile, calme, paisible, il semble me narguer, à attendre d’être écrit noir sur blanc, ineffaçable, impénétrable, virtuel, et à être pourtant la réponse même à tant de pensées, pour les porter en lui.
Je pourrais dire, voilà, «merci» et pour une fois ne rien attendre de mes gestes. Mais ça serait trop beau, ça serait trop parfait, ne rien attendre. J’attends de ce «merci» quelque chose, moi aussi. Je n’attends pas seulement de vous l’écrire, j’attends aussi que vous puissiez le lire, que vous sachiez le lire. Je lui confie une grande tâche, celle de vous faire tout savoir, par le pouvoir de cinq lettres. C’est beaucoup, j’aurais pu ne pas en attendre tant, mais puisque je dois lui faire confiance, et puisque la confiance est quelque chose de si difficile à donner, alors je veux m’assurer qu’il saura faire ce que j’attends de lui. J’attends de lui qu’il sache, en cinq lettres, dire tout ce que moi je ne saurais pas écrire en milles feuilles, ce que je ne saurais pas dire en une éternité de paroles, ce que je ne saurais montrer en un univers de gestes. Je lui demande de vous dire ce que je ne saurais moi-même penser. Et que pourtant, je ressens.

 

Voilà, je lui ai expliqué son devoir, maintenant c’est bon, il sait ce qu’il doit faire, j’ai confiance en lui, il n’a plus qu’à le faire. C’est presque comme une tragédie, le ressort est noué, il ne manque plus qu’un geste de ma part, que le fait de l’écrire, et ça sera bon, le reste se fera tout seul. Presque comme une tragédie par sa presque fatalité, et pourtant, belle tragédie, qui n’est absolument pas vouée au tragique.
C’est idiot. Je retarde presque le moment de l’écrire, parce que j’ai presque peur d’avoir confiance en lui, d’être déçue par ses capacités, par les capacités d’un mot à faire tout ce que j’attends qu’il fasse. A dire tout ce que j’attends qu’il dise.

 

Mais j’arrive au bas de ma page…

 

Madame, Merci.
Andrea

 

Bien sur, je ne lui donne pas, c’est reservé pour le dernier cour.

 

Arrive ce fichu Mercredi…

 

(déjà décrit)

 

Réponse a ma propre histoire d'obsession perdue : Jje me suis rendue compte qu’enfaite j’étais encore complètement obsédée, et sans savoir si je suis extrêmement heureuse ou complètement déprimée, j’ai quitté mon obsession noire sans savoir cependant si c’est pour en gagner une bleu ciel ou pour tomber dans une dépression grise.

 


Ajouts idiot mais qui dit bien quelque chose :
tu te rends compte qu'elle m'a fait un bisou?
et que j'ai pas su réagir
et que je suis restée immobile et je crois même que j'ai fait une tête un peu de dégout presque car je ne savais pas comment gerer ma surprise-pas-surprise
non mais "elle" m'a fait un bisou?
au secours
je tombe dans l'obsession
tu sais ce qui est bien
c'est que a cause d'elle (grâce?) je vais passer mes vacances à : vivre , vivre, être heureuse, profiter, (bon tout ça, elle n'a rien a voir la dedans, mais c'est tellement important que faut pas oublier), réviser (si, si, un peu quand même, un ti peu tout piti peu...) et écrire? Vi, vala, je vais lui écrire. Je vais m'inventer une nouvelle, un roman, une poésie, peut importe, mais je vais lui écrire, et je ferait de ma chronique une vraie chronique, et je vais écrire. A elle. Pour elle. Pour moi
Mouahahaha !

 

enfaite c'est très blessant
que "j'ai pris 15 jours a savoir si tu étais une fille"
*andrea reste dans le même sujet depuis trois heures... qui a dit qu'elle avait perdu une obsession? >_<' je me deteste*
j'aime pas être un garçon manqué..
(Je vous fait grâce de mon analyse de moi et de mon garçon manqué)

 

Vendredi : (jeudi on avait pas cours non plus cause bac) : rien a signaler

 

Lundi…
Je me suis complétement ridiculisée... j'pensais que demain on aurait pas cours avec "elle" et donc je me suis dite : today, dernier jour... je lui ai acheté une rose, et donné le truc de "merci" avec un "ajout-après mercredi" et ben il se trouve que que dalle! Demain (aujourd’hui quoi, mardi…) on a cours (on avait juste pas cours de latin, mais oui de français!) la Honteeeeeeeeee

 

Bref, l’ajout d’après mercredi, fait a la main donc non copie, disait : je suis sortie de ma place en vous écrivant une première fois puis une deuxième et troisième, vous m’y avait remise avec une subtilité effrayante mercredi, et là, je pourrais y rester ou en ressortir. Je décide d’en ressortir.
Donc j’en suis ressortie, lui disant que même si je n'étais pas grande chose, si jamais elle voulais, ben je me proposait a m'intercaler entre le fond de la piscine (quand on coule, pas bien quoi) et elle pour qu'elle puisse rebondir le plus tôt possible, même si c'est intercallage equivaudrait a celui d'une fourmi.
Ressortie car elle est ma prof, elle a 40 ans de plus que moi, et theoriquement les chtis n'ont pas a porter sur les épaules les problèmes des grands, c'est un commentaire qui pourrait s'averer indiscret, trop personel, trop... pas a sa place

 

Mais e le lui ai quand même donné. Avec mon adresse e-mail en prime xD (j’ai déjà la sienne –une histoire d’affiches pour le concours y’a quelques mois-).

 

pis ce soir-là (lundi) c'était la remise des prix du concours poésie, en mode gentille que je suis je lui avait demandé si elle avait besoin d'aide, je suis donc arrivée une heure avant tout le monde et j'étais la seule élève parmi elle et environ 5 autres profs a bouger les tables du restaurant scolaire pour organiser la remise et gnagna, et en plus elle m'a obligé a lire des poèmes a voix haute moi qui lit trop mal a voix haute, et en plus elle m'a fait lire, sans me prevenir, celui d'une amie qui est hospitalisée depuis 5 mois, et j'ai pleuré en finissant de lire (j'ai su cacher heureusement, mais quand même, je sais qu'elle a fait exprès, je lm'avais vu choisir LE poème a me faire lire!!! je la hais ^^'') et puis elle m'a pas bcp parlé pendant toute cette heure, donc je croyais qu'elle me boudait un peu a cause de mon petit mot, car bon, c'est un peu indiscret de dire ça a un prof (d'abord parcequ'"un enfant ne doit pas porter ou soutenir les adultes" et ensuite car "c'est la vie privée" )

 

Et en plus, a cette fichue remise il y avait "mon élève de 1ère, Eva" qui, madame Eva, a aussi lu des poèmes en incarnant le meilleur rôle et en plus elle a fait le spectacle de fin d'année de theatre du lycée et ma prof a decouvert que "c'est uen vraie tragedienne" et je suis trop jalouse car j'suis sure qu'entre elles c'est quasiment exactement ce que MOI j'voudrais naa!

 

Et puis a un moment j'ai entendu ma prof parler avec mon ex-prof de français et une autre prof... de moi Oo en secret Oo elle leur racontait ma vie Oo j'suis sure qu'elles lui ont demandé ce que je foutais là (seule élève a les aider quoi...) et qu'elle a repondu qu'elle avait genre eu pitié de moi et puis leur a raconté ma vie noon
pour le fait qu'elle ai parlé de moi avec les autres profs, je veux bien lui accorder le bénifice du doute ne sachant pas "pourquoi" elle parlait de moi... ça se trouve après être jalouse d'"Eva" je suis en plus parano... mais avouons que c'est suspect... limite avec mon ancienne prof de français... bof quoi... mais avec l'autre là que je connais même pas!!!

 


Et pis ce matin, alors que je croyais qu'elle me boudais, ben a la fin du cours elle m'a dit que "merci pour l'histoire de la fourmi" et que si je voulais lui écrire pendant les vacances, nop soucis mais qu'elle n'allait pas trop sur internet mais qu'elle m'écrirais elle aussi mais pas trop car y'avais tout ces petits fils qui debarquaient l'envahir et moi je lui ait dit que pas de soucis et que de toutes moi aussi j'allais être occupée a mexico et elle m'a dit que "par contre je veux bien te donner mon adresse poiur que tu m'envoies une carte postale de mexico" <= moi : choquée Oo

  

Voilà et maintenant je sais pas si déprimer car j'dois quand même tenir 2 mois... Et puis comme je suis une incomprise par moi-même j'ai decidé de faire maso voir si ça m'aide à écrire : tant que je n'écris pas quelque chose, tant que je ne termine pas quelque chose, je ne lui adresse pas un mot. Pourquoi? Parce que je veux me prouver à moi-même que si je me dis "écrivons" j'écrirais.
Chais, j'suis conne...

 

Bref... vous savez tout et vu que ça va donner 2 mois sans elle, ben j'pense que ça va donner 2 mois sans nouveautés... Car bien sur, elle va pas m'écrire, hein... et moi, des doutes...
Rha bref (*Ta gueule Andrea...*)


Message édité par Farfalla le 29-10-2008 à 22:29:06
------------------------------ Aprendre pour savoir, savoir pour comprendre
Répondre à Farfalla

Euh... Oui ecfectivement tu as un don pour l'écriture trouve toi un éditeur et bonne chance dans ta nouvelle carrière sinon un résumé de 10 lignes tu sais faire parceque tout lire j'en ai vraiment pas envi tu vois j'ai pas ke sa à faire!

------------------------------ lol
Répondre à pticelibdu75

En double post pour ne pas « gêner » la lecture :

 

Brynce : Récit trés beau, comme toujours.
BahUiToutSimplement : Je ne sais que dire. C'est assez émouvant...

 

Merchi! *Rougit tout plein comme une... je veux pas dire comme une pomme fait trop banal. Comme une cerise, tiens, c'est bon les cerises !*
Et merchi aussi a Farfadet de m'être tout fidèle lecteur et à Milky-Way, et bref a tous les cinglés qui on perdu leur temps pour moi et mes gros blocs de lettres...

 

Quand à la crise d'adolescence, en effet, vous serez tous remerciez si vous ne me pourrissez pas l'existence à me dire que ça risque de pas finir. Voyez, là, j'endure parce que je me disant qu'après ça sera fini alors s'vous plait, rompez pas tous mes espoirs !

 


édition éclair : gné Pticelib? Une maison d'edition? xD
Dit... si tu n'as pas lu, comment tu fait pour savoir que j'ai un don pour l'écriture? *sifflote..*
Résumé... attends je te recherche ça dans mes ex-posts...

 

"Enfaite j'éprouve pour une prof de français, des sentiments qui me semblent étranges, non pas contradictoires, mais déplacés. Ce n'est pas de l'amour, c'est juste une admiration qui va tellement au-delà de l'admiration... Une admiration sur plusieurs angles... l'enseignement, les idéaux, le physique, la féminité, la maternité..."


Message édité par Farfalla le 28-06-2008 à 22:00:39
------------------------------ Aprendre pour savoir, savoir pour comprendre
Répondre à Farfalla

:) C'était vraiment bien !
J'espère que tu nous posteras de nouveau quelques lignes...!

Bonne Chance Pour La Suite

Je suppose que tu passes en 2de... Ne perds pas ton envie d'écrire et participe en classe, tu verras, ça passera vachement bien au près des professeurs :D Et bien sûr, je te souhaite de réussir dans tout ce que tu entreprends.

------------------------------ L'enfer est éternel ♠
Répondre à Milky-Way
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