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Hôpital : comment créer un marché qui n’existe pas

Forum Actualité : Hôpital : comment créer un marché qui n’existe pas

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De façon surprenante par ces temps de crise, c’est la régulation par le marché, à l’américaine, transférant une partie des coûts de la collectivité vers les ménages, qu’ont choisie nos dirigeants. En effet, pour les néolibéraux qui inspirent le gouvernement, seul le marché libre où chacun achète selon ses moyens permet d’assurer l’adéquation entre l’offre et la demande solvable, et seule la concurrence permet d’obtenir la qualité au moindre coût. Quant à la productivité des professionnels, elle ne peut être stimulée que par l’intéressement financier et la précarisation de l’emploi. Le « new management » industriel, associant recentrage de l’activité sur le « cœur de métier », rotation des tâches et mobilité des agents, permet la souplesse nécessaire à l’adaptation. Bref, le merveilleux modèle France Télécom !

Qu’importe que le marché ne puisse pas répondre au cahier des charges de la santé — utilité sociale, qualité élevée et moindre coût —, comme l’ont montré toutes les expériences historiques, pour la simple raison que l’usager n’est pas un consommateur éclairé qui a choisi d’être malade, mais une personne plus ou moins affaiblie, plus ou moins angoissée, dont les besoins sont potentiellement illimités, ce qui rend le marché totalement manipulable. La seule question qui vaille est : comment appliquer ce projet mercantile au système de santé français ?

D’abord, en changeant le vocabulaire : ne dites plus médecins ou infirmières mais « producteurs de soins » ; ne parlez plus de patients ou d’usagers mais de « consommateurs » ou de « clients » ; ne dites plus « répondre aux besoins de la population » mais « gagner des parts de marché » ; ne parlez plus de dévouement ou pire de sacerdoce, mais de « gains de productivité » et de « travail à flux tendu » — d’aucuns ont fait le calcul qu’une consultation de patients sidéens n’est rentable que si elle ne dure pas plus de 12 minutes ; ne dites plus salaire ou indemnité mais « part variable à l’activité ». Vous verrez : au début on sourit, puis on s’y fait, et, en le répétant suffisamment, on finit par le penser.

Mais comment créer un marché qui n’existe pas ?

D’abord, en mettant en place un financement par un pseudo prix de marché administré (la tarification par pathologie dite à l’activité ou T2A), et surtout en imposant une convergence des tarifs (sorte de prix uniques), d’abord intra-sectorielle (entre tous les hôpitaux confondus), puis inter-sectorielle (public-privé), comme le réclame à corps et à cris la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) (lire « Traitement de choc pour tuer l’hôpital public », Le Monde diplomatique, février 2008). Cette convergence intersectorielle avait été reportée à 2018 sous la pression du mouvement des personnels soignants médicaux et paramédicaux des hôpitaux publics en avril dernier. Mais, cédant au lobbying des cliniques privées commerciales et revenant sur la parole donnée, Mme Roselyne Bachelot a décidé de la mettre en place progressivement, dès 2010. « A titre expérimental », bien sûr.

Ensuite, en supprimant, dans la loi « hôpital, patients, santé et territoires » (HPST) adoptée en juillet 2009, les trois secteurs — hôpitaux publics, hôpitaux privés à but non lucratif participant au service public PSPH, et cliniques privées commerciales ; ils sont rassemblés sous le joli nom d’« établissements de santé », ce qui permet ensuite à la ministre de prétendre constituer, sous la houlette des agences régionales de santé (ARS), « un grand service public unifié de santé ». Tout l’art de la communication est dans l’« unifié », qu’il faudrait traduire par « vente à la découpe des missions de service public » : à Bourgoin-Jallieu (Isère), par exemple, ce « partenariat public-privé » s’est soldé par l’octroi en mai 2009 d’un nouveau scanner à la clinique privée malgré une activité bien supérieure de l’hôpital public.

Légitimement, le président du groupe privé Générale de Santé, M. Frédéric Rostand, se félicite que la loi HPST ait « ouvert plus largement les missions de service public aux établissements de santé privée, notamment la formation des internes et des chefs de clinique ». M. Jean Loup Durousset, président de la FHP, célèbre pour « les dysfonctionnements sévères » de sa maternité à l’enseigne « Bien naître » (rapport de la Direction régionale des affaires sanitaires, avril 2009), prétend que quatre cent cinquante cliniques privées sont prêtes à accueillir des internes. Le but de ces cliniques commerciales est tout simplement d’accueillir des internes en fin de cursus et d’assurer ainsi le recrutement de leurs futurs chirurgiens.

Résultats de cette politique : à l’Assistance publique de Paris (AP-HP), on parle de la suppression de 4 500 emplois, dont 500 emplois médicaux, d’ici 2012 ; le directeur des hôpitaux civils de Lyon, M. Paul Castel, a fait savoir que, pour retrouver l’équilibre financier, « il faudra vendre l’immobilier, diviser par quatre les investissements, rationaliser la logistique, spécialiser les dix-sept hôpitaux, ne remplacer que un départ sur quatre pour le personnel administratif, un sur deux pour le personnel médico-technique et trois sur quatre pour les soignants » (Le Figaro du 17 août 2009). Pendant ce temps, la Générale de Santé se félicite d’avoir investi 220 millions d’euros en 2008 et autant pour 2009, et d’avoir accueilli quatre cent cinquante praticiens dans les dix-huit derniers mois.

En réalité, nous sommes au milieu du gué. Les concepteurs du projet avancent pas à pas. Première étape en 2004. On nous a dit : le paiement à l’activité sera progressif et ne dépassera pas 50% du budget hospitalier — « T2A à moins de 50 % » —, délégation des pouvoirs de gestion aux médecins, augmentation de l’activité. Deuxième étape en 2008 : T2A à 100 %, cogestion entre les médecins et l’administration, amélioration de « l’efficience ». Troisième étape en 2009 : loi HPST, fin de la cogestion — vous êtes là pour obéir au directeur —, plafonnement des emplois et donc réduction de l’activité. Très vite, nous allons connaître la quatrième étape : changement de statut des médecins hospitaliers qui vont devenir contractuels (comme les directeurs d’hôpitaux). Puis la cinquième : changement de statut de l’hôpital public, qui deviendra un établissement privé à but non lucratif, et changement de statut pour les personnels nouvellement embauchés.

Parallèlement, « pour sauver la Sécu », il est prévu d’augmenter ce qui reste à la charge des patients (franchises, forfaits, augmentation des tarifs des mutuelles, etc …), puis de transférer la gestion du financement des affections longue durée (ALD) aux mutuelles et aux assurances privées, au nom de l’amélioration de la qualité des soins grâce à des « contrats qualité personnalisés » négociés entre les assureurs et les professionnels.

On peut imaginer une sixième étape, avec la fin du monopole de la Sécurité sociale, et une septième, avec l’abrogation de l’Objectif national de dépense de l’Assurance maladie (ONDAM), qui fixe à ce jour le montant du budget public national de la santé. Désormais les tarifs seront libres, fixés par la concurrence « non faussée » sur le marché, qui sera d’ailleurs un grand marché européen. Ainsi pourra naître un nouveau système de santé, véritable coproduction franco-américaine ayant gardé du système français la CMU et le financement des cas les plus graves par la collectivité, et ayant pris au système américain la gestion par les assureurs privés du marché rentable de la santé : un cauchemar pour les médecins et pour les malades, un rêve pour les assureurs et les « nouveaux manageurs ».



http://www.monde-diplomatique.fr/2 [...] ALDI/18457

Vous êtes bien en Sarkozie, malade, soyez rentables ! Tel pourrait être le nouveau slogan d'une pub du ministère de la santé ...

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Pas vraiment objectif ton petit commentaire...

Cela dit, je trouve très moyen de créer un marché financier basé sur la santé car le principe même d'un marché est d'être rentable donc de rapporter de l'argent; je ne sais pas si c'est une bonne idée de faire ca car cela va surement déboucher par une baisse de la qualité des soins prodigués.

Répondre à moumit51

Je ne suis pas journaliste, je donne mon avis ...

Pour moi c'est une mauvaise chose, on a pas a rentabilisé la santé, évidement il ne faut pas en faire trop, en hospitalisant à tous va, mais de là à créer un marché rentable ...

Répondre à darkside07

Bonjour!!!

Personnellement je prône la bonne gestion des hôpitaux qui arrangerait bon nombre de personnes!
Si pour cela il faut créer un marché rentable ... je suis pour!
Je suis sûr qu'en organisant mieux les choses et surtout en faisant plus de contrôle, on arrivera à quelque chose de vraiment bien!!!

------------------------------ C'est trop injuste!
... en voyant ça, Edouard Bled doit se retourner dans sa tombe ...
Répondre à fifnettes80

Pendant que les américains rendent la santé accessible, nous on fait le contraire !

Fifnettes : je ne suis pas d'accord, il y a quelques années j'étais SDF, nombre de medecin ne s'occupait pas "sérieusement" de moi, voir me rembarrer carrément, et pire un certain hopital m'a refusé des examens à cause de la CMUC, me refusant ces soins, mon état de santé s'est empiré (je n'expliquerais pas mes problèmes de santé, c'est complexe), mais de ce fait lorsque j'ai enfin été soigné en retard, ca a couté (et coûte toujours) plus cher que si j'avais été soigné tout de suite...

Outre le fait que j'ai perdu certaines fonctions physiques en attendant de pouvoir être soigné (ce qui semble peu important pour certains), l'état a perdu des tunes !

C'est ça la rentabilité...

Un autre exemple (qui ne m'est pas arrivé heureusement), certaines personnes atteintes du sida se voit contraints de débourser 4 à 6 fois leurs salaires pour se soigner...

Perso je pense qu'il faudrait avant tout fixer des tarifs pour les sociétés pharmacologiques et para-pharmacologiques.

Pour finir, plus de contrôle couteraient de l'argent !

Répondre à oliviolebelgo

Salut oliviolebelgo!!!

Tu sais en France il y a et il y aura toujours une médecine à deux vitesses!
Quand tu vois que mon patron se fait soigner à l'hôpital Américain dès qu'il a un mal de gorge ... on voit tout de suite que certain seront mieux soigné que d'autres!

Même si je comprend bien que tu n'as pas eu de chance et que ça a dû être une épreuve difficile, je persiste à dire que les hôpitaux Français sont très mal géré et que notre système de santé ne fonctionne pas!

Il y a trop d'abus ... la Sécu s'endette d'année en année ... je connais une quantité de gens en arrêt pour dépression (c'est la maladie du siècle) qui touche un salaire plein pot (car au bout 90 jours et ba tu es payé comme si tu bossais) ... et c'est qui qui paye : c'est la Sécu.

Les hôpitaux sont très mal géré et je suis sûr que s'il y avait plus de contrôle on y gagnerait ... on ne peut pas laisser tout aller sous prétexte que ça va couter de l'argent sinon c'est la porte ouverte à toute les fenêtres!!!

Le contribuable an a marre et il faut le comprendre car c'est celui qui bosse, qui paye des impôts et qui n'a pas le temps d'être malade!

Bonne journée! :hello:

------------------------------ C'est trop injuste!
... en voyant ça, Edouard Bled doit se retourner dans sa tombe ...
Répondre à fifnettes80

J'avoue n'avoir rien à redire à celà, les hopitaux sont mal gérés c'est un fait ! Mais entre abuser de la sécu et abuser des malades, il y a un juste milieu quand-même sans avoir besoin de chercher à rentabiliser.
mais concrètement comment faire pour mieux contrôler les vrais des faux malades ?
Et un dernier point : La dépression est une maladie, j'ai un ami qui est en arrêt depuis plus d'un an, il a fait + de 4 mois d'hôpital psy (en plusieurs fois) et 3 tentatives de suicides (des vraies, il s'est même perforé le sternum avec un couteau de boucher) tu penses qu'il simule ? Il n'a pas le droit à des soins ?

Bonne soirée à toi aussi ! :hello:

PS si tout le monde avait ta courtoisie, la vie serait plus cool ! Sois en ici remercié !

Répondre à oliviolebelgo

oliviolebelgo a écrit :

La dépression est une maladie, j'ai un ami qui est en arrêt depuis plus d'un an, il a fait + de 4 mois d'hôpital psy (en plusieurs fois) et 3 tentatives de suicides (des vraies, il s'est même perforé le sternum avec un couteau de boucher) tu penses qu'il simule ? Il n'a pas le droit à des soins ?


Je te rassure ... je connais les deux cas!!!
Ma cousine est en dépression depuis 1 an ... tentative de suicide sur tentative de suicide et le HP on connait!

Mais dans mon entreprise j'ai le cas contraire ... en dépression mais toujours à ce balader avec le sourire et le portable!!!
Quand on lui pose la question, elle dit ouvertement : je suis payé 1560€ a rien faire, tu ne crois pas que je vais rebosser!

Et ça je trouve ça dégueulasse car ma cousine, elle ne sort pas, elle ne veut voir personne mais la collegue, son médecin lui a signer un papier qui ne l'oblige pas rester chez elle au moins pendant les horaires du travail donc ... c'est la belle vie!

C'est ça que je dénonce!!! @+++

------------------------------ C'est trop injuste!
... en voyant ça, Edouard Bled doit se retourner dans sa tombe ...
Répondre à fifnettes80

fifnettes80 a écrit :

Je te rassure ... je connais les deux cas!!!
Ma cousine est en dépression depuis 1 an ... tentative de suicide sur tentative de suicide et le HP on connait!

Mais dans mon entreprise j'ai le cas contraire ... en dépression mais toujours à ce balader avec le sourire et le portable!!!
Quand on lui pose la question, elle dit ouvertement : je suis payé 1560€ a rien faire, tu ne crois pas que je vais rebosser!

Et ça je trouve ça dégueulasse car ma cousine, elle ne sort pas, elle ne veut voir personne mais la collegue, son médecin lui a signer un papier qui ne l'oblige pas rester chez elle au moins pendant les horaires du travail donc ... c'est la belle vie!

C'est ça que je dénonce!!! @+++


Ah ! c'est de la maladie qui rapporte, fais pareil et place l'argent à 4%.

Répondre à Jack_Clint

Citation :

fifnettes80 a dit :
Et ça je trouve ça dégueulasse car ma cousine, elle ne sort pas, elle ne veut voir personne mais la collegue, son médecin lui a signer un papier qui ne l'oblige pas rester chez elle au moins pendant les horaires du travail donc ... c'est la belle vie!

C'est ça que je dénonce!!! @+++



Là je suis tout à fait d'accord, il y a toujours des cons qui abusent, et quand ils le font remarquer presque avec fierté, ça énerve !

J'avais un pote qui a fait ça pendant plus d'un an aussi... Tout les soirs il faisait la teuf et rentrait bourré à 4h du mat, et il continuait à toucher son salaire. Un jour, un inspecteur est passé chez lui, il était absent, il a été convoqué chez un médecin. Qui a déclaré qu'il était parfaitement apte à bosser, et il a fini par être viré pour faute grave !
Il avait beau essayer de nous (ses potes) rattacher à sa cause prétextant l'injustice, on lui a tous fait comprendre que c'était normal, on travaillait tous pour gagner moins que lui.

Répondre à oliviolebelgo
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