Contenue, la baisse du dollar n'est pas catastrophique
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Richard Nixon , le président américain, avait lancé, au début des années 1970, cette sentence à la face du monde : "Le dollar, c'est notre devise mais votre problème." Autrement dit, la première puissance économique de la planète se fichait bien de voir le billet vert, "LA" monnaie de référence internationale, monter ou baisser face aux autres devises.L'histoire justifie sans doute l'émoi provoqué par sa chute face à l'euro, le 22 octobre, jusqu'au seuil de 1,5046 dollar. Un record depuis août 2008 qui a conduit les autorités de la zone euro à exprimer leur "préoccupation". Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a ainsi souligné qu'il s'agit d'"un désastre pour l'économie et l'industrie européenne".
De fait, la chute du dollar n'arrange pas les affaires de l'Europe. En contribuant à renforcer l'euro, elle renchérit le prix de ses exportations et pénalise le commerce extérieur. La croissance, encore fragile en Europe, pourrait être encore freinée "par la faute" des Américains. Certains Européens sont d'autant plus inquiets que "ce mouvement n'est sans doute pas fini", explique Christian de Boissieu, président du Conseil d'analyse économique (CAE), organisme rattaché au premier ministre.
Rien ne semble en effet capable d'arrêter la glissade du dollar. La Réserve fédérale américaine (Fed) "est sans doute très contente de ce qui se passe", analyse René Defossez, responsable de la stratégie taux chez Natixis. Cette politique, "c'est que du bonheur pour les Etats-Unis, explique-t-il. Vous exportez la récession et vous importer de la croissance."
Avec une logique inverse de celle appliquée pour une hausse de l'euro, un dollar affaibli permet, en effet, de doper les exportations des entreprises américaines. Surtout, il soulage l'Etat de ses déficits abyssaux. L'effet est mécanique : le dollar recule, les importations deviennent plus chères et contribuent ainsi à importer de l'inflation. Et qui dit inflation dit réduction de la charge de la dette.
Pas de risque de "krach"
Même si certains cambistes agitent de sombres prévisions, celles d'un du niveau record de 1,60 dollar pour un euro, la situation n'est pas si dramatique pour le moment. D'abord, l'appréciation de l'euro aux niveaux actuels n'a pas encore d'impact réel sur la compétitivité-prix des exportations européennes, affirment les analystes d'Aurel BGC. De plus, la hausse de la monnaie unique permet de réduire la facture pétrolière, libellée en dollars, et donc de redonner un peu de pouvoir d'achat aux ménages et un peu d'air à certains industriels.
Dans une récente note de recherche, les analystes de Natixis expliquent ainsi que "la somme des effets négatifs (le commerce extérieur) et positifs (l'effet désinflationniste de l'appréciation de la monnaie unique depuis mars) fait apparaître un coût total de 0,1 point de produit intérieur brut (PIB) pour la zone euro". Ce qui n'est pas insignifiant, mais ne relève pas de la "mégacatastrophe", relativise un analyste.
En outre, la remontée de l'euro, ou plutôt la baisse du dollar, est aussi le signe que les investisseurs ne sont plus saisis par la panique et qu'ils ne cherchent plus désespérément à acheter du dollar, la monnaie refuge par excellence. Bref, la glissade encore tout à fait raisonnable du billet vert traduit des perspectives de reprise de l'économie mondiale. "Ce n'est peut-être pas une si mauvaise nouvelle ", indiquent les experts de Natixis.
Sur les marchés, tous savent que la phrase de M. Nixon n'est plus d'actualité. Les Etats-Unis n'ont pas, ou plus, intérêt à laisser déraper leur monnaie. Le président George W. Bush l'avait dit aux Américains, en 2008, "leur expliquant que le pétrole était plus cher à cause de la dévaluation du dollar", rappelle François Chevallier, stratège chez Banque Leonardo.
En outre, la baisse du dollar agace de nombreux pays, la Chine en particulier. Mais si le dollar est fortement contesté par un nombre croissant de pays émergents, il n'est pas remplacé. Un "krach du dollar" est donc impossible, selon M. Chevallier, car la baisse excessive du billet vert pénaliserait tout le monde, y compris les Etats-Unis. La Fed et les autres banques centrales interviendraient donc pour ne pas le laisser s'effondrer - bien avant que la situation devienne critique.
Claire Gatinois
http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/10/24/conte...
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