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Nouvelle -L etoile du desert-

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Bonjour a tous ^^
Voici une petite nouvelle, un tout petit peu longue mais faut pas s'arreter a ça, que j'aimerais vous faire partager.
Et surtout n'hesitez pas à réagir ^^

Bonne Lecture


*****

Un soleil de plomb, des dunes à perte de vue… Peu d’eau, presque plus de nourriture… Bientôt plus d’essence dans le buggy…
Et l’espoir.

Les murailles de pierre et de sable tassé de l’Étoile du Désert, seule et unique étape possible pour tous ceux qui, comme eux, entreprenaient la traversée du désert. Il secoua Mike, assoupi à ses côtés, pour lui montrer la ville. Le jeune homme ouvrit un œil épuisé pour contempler le morne spectacle. Et il se rendormit.
Dan poussa un soupir. Il le savait, pourtant. Emmener Mike dans la traversée du désert alors que c’était la première fois qu’il voyageait était une mauvaise idée. Mais le jeune homme avait tellement insisté… Comment aurait-il pu lui refuser ça ?
Il reporta son regard vers l’Étoile. Il se demandait encore ce qui l’avait poussé à venir jusqu’ici. Cette ville avait disparu de son cœur depuis dix ans. Il aurait aimé pouvoir achever la traversée sans y faire halte.

Peine perdue.
Il croisa les doigts pour que le buggy ait encore assez d’essence pour les mener jusqu’à la sécurité des remparts.
C’est alors qu’il vit les portes glisser sur le sable, ouvrir le passage à une demi-douzaine de buggys, et se refermer en silence. Il hésita lorsqu’il les vit foncer sur eux. Il ne pouvait pas faire demi-tour. Il ne pourrait pas leur échapper. Pas avec un buggy sans essence.
Alors il réajusta son foulard autour de son visage et attendit. Il secoua doucement Mike.
Il en était encore à s’étirer quand les buggys formèrent un arc de cercle pour stopper leur avancée. Sur la carrosserie des véhicules s’étalait l’étoile rouge symbole de la ville.
L’un d’entre eux se mit à portée de voix et un de ses occupants déclara :
– Partez. Vous n’êtes pas les bienvenus ici.
Mike lança un regard en coin à Dan. Dans ce genre de situation, il valait mieux laisser faire son ami.
– Nous sommes à cour d’eau et de nourriture, expliqua Dan. L’essence commence aussi à manquer. Nous ne pouvons pas faire demi-tour ou continuer notre route sans être certains de mourir dans le désert !

Celui qui avait parlé resta un moment immobile, bras croisés, à réfléchir. Dan remarqua l’étoile aux nombreuses branches sur son épaule. C’était un des plus hauts gradés de l’Étoile. Que faisait-il ici, à repousser les voyageurs, alors qu’il y avait tant à faire à l’intérieur pour quelqu’un de son rang ?
Un doigt se tendit à direction de Mike.
– Vous, vous pouvez entrer et prendre ce dont vous avez besoin. Vous, vous restez hors de la ville, termina-t-il en désignant Dan.
– Pourquoi ne peut-il pas venir ? demanda Mike avant que Dan ne puisse l’en empêcher.
L’inconnu fit signe au conducteur de son buggy d’avancer encore. Lorsqu’ils furent assez près pour ne plus avoir à élever la voix, le haut gradé retira tranquillement le foulard qui protégeait son visage du sable et du soleil.
Dan retint un hoquet de surprise. Il s'agissait d'une femme. Une femme qui aurait certainement été belle, sans la balafre rectiligne qui trouvait naissance au coin de son œil pour courir jusque dans son cuir chevelu, laissant un sillon blanc sur son passage.
Elle désigna sa cicatrice :
– C’est à toi que je dois cette blessure, murmura-t-elle, et Mike dut tendre l’oreille pour l’entendre.
Dan aurait dû s’en douter. Il n’avait pas été assez rapide pour masquer son visage. C’était pour ça qu’il ne pouvait pas entrer dans la ville.
Mais comment aurait-il pu imaginer tomber directement sur elle ?
– Je m’en souviens, répondit-il à mi-voix. Je m’en souviens très bien.

Et c’était vrai. Ce souvenir l’avait poursuivi si longtemps…
– Alors tu comprendras que si tu t‘approches des portes de la ville, je donnerais l’ordre à mes hommes de s’occuper de toi.
Dan savait parfaitement tout ce que pouvait impliquer cette simple menace.
– Je comprends.
La femme lui lança un sourire carnassier et fit signe à son pilote et ses hommes de retourner à la ville.
Dan la regarda remettre son foulard en place alors qu’elle s’éloignait.

*
La nuit était si proche que Dan et Mike durent établir un campement de fortune à l’extérieur de la ville. Mike avait eu le bon sens de ne pas poser de questions à son ami. Depuis le départ de la femme, Il n’avait ouvert la bouche que pour lui donner des instructions ou des conseils utiles. Il n’avait pas une seule fois fait allusion à ce qu’ils devaient faire.
– Il doit bien y avoir une oasis par ici, tenta Mike. On pourrait éviter de passer par l’Étoile…
– Il n’y en a pas. Tu dois entrer dans la ville.
– Ils ne sont pas très accueillants. J’ai peur qu’ils refusent de me vendre ce qu’il nous faut.
– Ils ne refuseront pas. La ville a un devoir envers les voyageurs. Ça fait parti des accords avec les villes extérieures au désert. Refuser de nous servir risquerait de lui attirer des ennuis.
– Alors pourquoi ont-ils voulu nous faire faire demi-tour ?
Dan alluma un feu avec les dernières réserves de bois sans répondre.
Ce n’est pas toi qu’ils voulaient faire partir, pensa-t-il.
Il s’assit, laissa promener sa main dans le sable tout en observant les remparts de l’Étoile à la lueur de la nuit. En aplomb de la ville luisait l’étoile qui guidait les voyageurs et qui lui avait donné son nom. Une étoile qui ne changeait jamais de place, peu importait l’époque de l’année.

La bataille était arrivée jusqu’ici. À l’endroit où ils mangeaient leurs dernières réserves de nourriture, des hommes étaient morts. Qu’y avait-il sous cette couche de sable ? Quel souvenir honteux y était enterré ?
Combien de temps encore cette terrible nuit le hanterait ?
Une ombre passa à côté de lui et s’assit près du feu. Vêtue d’une cape couleur nuit, l’arrivant tendit les mains vers le feu pour les réchauffer.
– Que fais-tu ici ? demanda Dan en faisant signe à Mike de se détendre. Ce n’est pas un endroit pour le commandant de la garde de l’Étoile.
La silhouette rabaissa son capuchon. La femme au visage balafré planta son regard dans le sien :
– Ce serait plutôt à moi de te poser cette question. Tu n’as plus rien à faire à l’Étoile. Pourquoi es-tu revenu ?
Dan poussa un soupir. Allait-il avouer que lui-même l’ignorait ?
– Ce n’est pas moi qui t’ai blessée, dit-il. Tu le sais.
– C’est à cause de toi. Pour moi, c’est la même chose.
Elle ramena ses mains sous sa cape et leva les yeux vers les étoiles. À l’horizon, l’ombre noire de nuages que l’on ne voyait qu’une fois l’an masquait les étoiles.
– Tu prends un risque en venant ici, reprit Dan. Si on te voit en ma compagnie, tu risques de perdre ta place.
– Je risque de la perdre chaque jour. Tout à changé depuis la Grande Insurrection, tu sais. La ville vit dans le chaos. Les intrigues y sont constantes. Les corruptions, les meurtres… Le gouverneur change souvent. À cette heure-ci, je ne suis plus certaine de travailler pour le même gouverneur que dans la journée. J’arrive à m’en sortir en ne prenant jamais parti. Je suis fidèle à ma ville et à ma mission. Peu m’importe qui me commande. Alors, tu vois… Que je sois vue en ta compagnie ne m’inquiète pas vraiment.
Elle ramena ses jambes sous elle en contemplant les flammes de plus en plus hautes.
– Il faut que je rentre, marmonna-t-elle pour elle-même. Part, Dan. Part le plus vite possible, Dan. Je ne veux pas vivre ça deux fois.
Elle voulut se lever, mais Dan l’attira à elle et l’embrassa. Lorsqu’ils se séparèrent, il crut voir des larmes dans ses yeux…

*
Pourquoi dois-je faire ça ?
Arpentant les ruelles du marché de l’Étoile, Mike ruminait ses rancœurs contre Dan.
Vas-y et renseigne-toi. Vois si Mirna a menti. Vois si la ville est vraiment corrompue, avait dit Dan, sans autres explications.
La première chose qui l’avait frappé quand on l’avait laissé entrer, c’était le nombre de gens en uniforme. Il se faisait tout petit devant eux, de peur de se faire éjecter de la ville malgré ce qu’avait dit cette Mirna.
À première vue, malgré les gardes, la ville paraissait prospère. Mais à y regarder de plus près, Mike vit les stigmates d’une ville pas encore tout à fait remise d’une catastrophe. Des marques de balle dans les murs, des maisons délabrées… et surtout le regard vide, apeuré ou attristé des gens qu’ils croisaient. Il y avait trop d’enfants qui se déplaçaient seul dans la foule, trop de gens au membre manquant.
Que c’était-il passé ? Pourquoi en dépit de toute son activité, cette ville paraissait-elle morte ?
Dans la foule, il repéra Mirna. Il détourna la tête de peur qu’elle le reconnaisse. Qui pouvait savoir comment elle réagirait en le voyant ?
Il entendit une femme rire à côté de lui.
– N’ayez pas peur, dit-elle. Elle a l’air effrayant comme ça, mais c’est une véritable héroïne. Sans elle, la ville n’existerait plus.
Quand la femme disparut dans la foule, un homme s’approcha de lui et dis :
– Ne l’écoutez pas. Mirna à un cœur de pierre. Sans elle, la ville tournerait beaucoup mieux.
Un cœur de pierre ?Mike repensa à son visage lorsque Dan l’avait embrassée. Une femme insensible pourrait-elle avoir une telle expression ?
– Vous voyez sa cicatrice ? enchaîna l’homme. Personne ne sait comment elle l’a eu. Certains disent qu’elle s’est retrouvée dans une fusillade il y a dix ans. Pendant la Grande Insurrection.
L’homme se tut subitement et s’éloigna à grande enjambée. Mike comprit rapidement pourquoi.
Mirna fendait la foule pour le rejoindre. Deux gardes l’accompagnaient.
– Je croyais avoir fait comprendre que vous n’étiez pas le bienvenu ici.
– Mais vous avez dit que je pouvais venir chercher ce dont on avait besoin.
Il leva ses sacs à peine remplis pour prouver sa bonne foi.
– Dépêchez-vous. Je pensais qu’il était clair que vous ne deviez pas rester ici plus longtemps que nécessaire.
Elle fit signe à ses hommes de l’encadrer.
– Ils vont vous tenir compagnie.Ca vous évitera de perdre du temps inutilement.

*
– Elle est vraiment bizarre, cette femme, s’écria Mike quand il rejoignit Dan. Elle dit qu’on peut se servir, et elle me fait courir pour tout prendre !
Dan rabattit sa manche sur son bras. Ca aussi, c’était un mystère pour Mike. Dan avait l’avant-bras couvert de cicatrices parallèles et avait toujours refusé de lui dire comme il s’était fait ces blessures si particulières.
– Ne te méprends pas, répondit Dan. Elle n’est pas notre alliée. Au contraire. Elle me tuerait volontiers.
– Mais hier…
– Elle n’a pas envie de me voir débarquer dans la ville. Elle ne veut pas d’une seconde Insurrection.
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’Insurrection ? s’écria Mike en laissant tomber ses sacs dans le sable. J’en ai entendu parler dans la ville, et hier soir elle aussi… Je n’ai jamais entendu parler d’une insurrection dans l’Étoile du Désert !
– Parce que la ville est très fermée. As-tu le souvenir d’avoir entendu une fois parler du gouverneur de la ville ? Ou d’un événement qui y aurait eu lieu ? Non. Rien ne sort de la ville. Pas même ses habitants.

*
– Ils s’en vont, annonça un garde à Mirna.
– Enfin !
Elle prit les jumelles des mains du garde et regarda le buggy s’éloigner. Il était parti. Il ne reviendrait plus, maintenant. Plus jamais. Il oublierait la ville. Il oublierait Mirna. Et elle l’oublierait. Après dix ans, elle arriverait enfin à l’oublier. Peut-être…

*

Seul le doux murmure des voix dans l’Étoile et parfois le bruit d’un buggy qui faisait sa ronde troublait habituellement le silence des nuits du désert. Cette nuit-là, pourtant, un autre son dérangea cette tranquillité. Un son léger, semblable à un grattement. Un son persistant.
Le sable se souleva lentement. Une main gantée en émergea, puis une autre.
Dan s’extirpa de son trou avec douceur. Il s’épousseta rapidement et s’approcha de l’Étoile.
Persuader Mike de partir seul avait été difficile. Surtout sans lui donner lam oindre explication…
Mais Mike savait qu’il ne pourrait pas décider Dan à partir comme ça. Trop de souvenirs le liaient à cette ville. Trop de regrets. Trop de remords. Dan voulait voir si, comme l’avait laissé entendre Mirna, ses actes n’avaient vraiment été vains. Avait-il réellement gâché la vie de ses amis et la sienne pour que l’Étoile du Désert reste la ville corrompue qu’elle était ? Il ne pouvait se résoudre à le croire. Il ne voulait s’y résoudre.
Entrer dans la ville fut pour lui d’une facilité déconcertante. Ancien garde, il connaissait chaque sortie dérobée dans les murailles. Mirna ne prenait même pas la peine de les faire garder.
C’était par cette même porte qu’il avait quitté la ville en catastrophe. C’était sur ces mêmes murs qu’il s’était appuyé, le bras en sang, pour reprendre son souffle. Peut-être Mirna en ignorait-elle encore l’existence. Il avait pris soin de brûler toutes les cartes qu’il avait faites de ces lieux cachés.
Il fit glisser délicatement la statue qui en masquait l’ouverture. Sa légèreté l’avait surpris plus d’une fois. Elle semblait pourtant avoir été taillée dans un bloc de granit.
Il la remit en place, s’épousseta une nouvelle fois, et partit dans les rues de l’Étoiledu Désert.

*

Accroupit devant une statue probablement faite de granit, Mirna inspectait le sol. Du sable… Il n’y avait jamais eu de sable à cet endroit. Il était impossible qu’il soit arrivé là par la voie des airs. Il ne pouvait qu’avoir été rapporté par quelqu’un…
Pourquoi pensait-elle de suite à Dan ? N’était-elle pas censée l’oublier ? Il était parti. Elle avait vu le buggy s’éloigner…
Bon sang ! Elle aurait dû insister pour assister à leur départ ! Juste pour être sûre…

*

Que de souvenirs pour lui… Pourquoi étaient-ils tous si tristes ?
Le palais du gouverneur dominait la ville de toute sa hauteur. Il y avait passé une grande partie de sa vie. C’était là qu’il avait rencontré Mirna pour la première fois. La fille du gouverneur de l’époque…
C’était aussi là que la Grande Insurrection avait commencée.
Il se souvenait encore du cri de terreur qu’avait poussée la belle Mirna lorsqu’elle l’avait vue cette nuit-là. Personne n’aurait dû le voir. Il aurait dû remplir sa mission proprement. La seule chose qu’il avait pu faire à l’époque, c’était la forcer à se taire en la menaçant. Pas étonnant qu’elle le haïsse tant désormais…
Il retira un gant et laissa sa main promener contre le mur le plus proche. Ce mélange de roche du désert et de sable était unique. Il ne l’avait retrouvé dans aucune des nombreuses villes qu’il avait visitées depuis. Son doigt heurta un trou. Il reprit son souffle avant de regarder de quoi il s’agissait.
Une rafale. Les cavités devaient dater de l’Insurrection. Il était impossible de réparer ce type de mur. Pour le rendre de nouveau lisse, il fallait le détruire et le reconstruire. Le palais avait dû être reconstruit entièrement…
Il retira sa main du mur, de crainte trouver d’autres stigmates de l’Insurrection. Ce n’était pas cela qu’il cherchait. Ce qu’il cherchait, c’était une preuve que ses actes avaient été utiles. Que la vie ici avait changée. Qu’elle s’était améliorée.
Peut-être aussi voulait-il voir Mirna une dernière fois. Mais cela, il n’arriverait jamais à se l’avouer.

*

Il était là. Elle le voyait. Ce ne pouvait être que lui. À cette heure-ci, il n’y avait que des gardes dans les rues. Et aucun d’entre eux ne pouvait porter une cape couleur sable comme l’homme qui avançait devant elle.
À l’endroit même où elle avait reçu la balle.
Elle en avait cauchemardé tant de fois. Des cauchemars si réalistes qu’elle avait longtemps eu peur de s’endormir et de revivre ça.
Elle l’avait vécu des dizaines de fois. Elle découpait ses liens en utilisant un couteau d’ornement provenant du mur de la chambre où elle était séquestrée. Elle avait retiré son bâillon et s’était mise à courir…
Mais il était déjà trop tard. Même de l’intérieur du palais, elle entendait les bruits des combats à l’extérieur. Les armes qui tiraient, les gens qui criaient, les combattants qui s’écroulaient… Elle avait vu les flammes monter de certaines maisons. Elle avait vu les habitants innocents de la ville se réfugier dans l’endroit qu’ils croyaient le plus sûr de tous : le palais.
Comme ils se trompaient. Il y avait un traître dans le palais. Il fallait le trouver.
Il n’y avait déjà plus de gardes dans la place. Tous étaient déjà dans la ville à essayer de mater l’insurrection. Elle avait du se décider à agir seule.
Elle tenait toujours le couteau qui l’avait aidée à se libérer. Ce n’était pas grand-chose, mais elle n’avait pas voulu perdre de temps à chercher mieux.
Elle aurait dû.
Sans réfléchir, elle avait quitté le palais quand il lui était paru évident que Dan n’y était plus. Il avait été très facile de le retrouver. C’était lui qui donnait les ordres. C’était lui qui organisait l’insurrection. Le traître, c’était lui !
Elle était restée immobile. Elle le regardait programmer la mort des gardes qui avaient été sous ses ordres quelques heures plus tôt. Et elle n’avait pas bougé. Elle n’avait pas pu bouger. Elle n’arrivait pas à y croire. Jusque là, elle avait encore eu un doute. Plus maintenant.

Et leurs regards s’étaient croisés.
La surprise de Dan à sa vue l’avait fait écoper d’une balle dans l’épaule. Il s’était écroulé de douleur. L’un de ses hommes l’avait repoussé pour le mettre à l’abri.
Elle s’était alors avancée vers lui. Elle serrait son couteau dans ses mains. Des larmes coulaient de ses yeux. Dan l’avait regardée s’approcher. Sans réagir. La main sur son arme. Prêt à la tuer.
Ace moment, les larmes avaient obscurci les yeux de Mirna. Elle avait lâché le couteau. Trop tard. L’homme le plus proche de Dan la visait déjà et appuyait sur la gâchette. Elle se souvenait encore de Dan rabaissant l’arme avec force et s’accroupir au-dessus d’elle. Affolé. Oui. Elle avait cru qu’il s’était inquiété pour elle.
Quand elle s’était réveillée, elle était défigurée et Dan était en prison. Il allait être exécuté pour haute trahison.
À ses souvenirs, elle hésita. Devait-elle faire appel à la garde ? Ce serait si facile. Dan serait attrapé, envoyé en prison et exécuté pour haute trahison. C’était ce qu’il méritait. C’était ce à quoi il avait déjà échappé une fois. Grâce à elle, d’ailleurs.
Elle pourrait certainement l’attraper seule. Ce serait si facile. Dan avait dû perdre l’habitude de se battre. Il n’était plus un garde depuis longtemps. Elle ne lui avait pas vu d’armes non plus. Elle pourrait l’avoir.
Il suffisait qu’elle s’avance…

*

Dan s’en souvenait encore. Il tenait le corps inerte de Mirna entre ses bras. Il craignait qu’elle ait été tuée sur le coup. Heureusement, ce n’était pas le cas. Elle respirait encore.
L’explosion qui avait eu lieu derrière lui lui avait coupé le souffle. Quand il s’était retourné, il avait vu les restes déchiquetés de ceux qui combattaient à ses côtés. Et les gardes désormais trop nombreux pour lui qui s’avançaient. Nombreux et furieux d’avoir été trahi par leur chef.
Il avait dû laisser Mirna derrière lui. Son bras lui faisait affreusement mal, mais il ne pouvait pas se permettre de se faire attraper. Il aurait tout le temps de se soigner plus tard. Peut-être…
Il avait été forcé de se rendre. Il s’était agenouillé et avait mis ses mains sur sa tête. Il s’était attendu à ce qu’on l’exécute sur le champ. Mais les gardes ne l’entendaient pas de cette oreille.
Dan n’avait jamais eu autant honte de lui. Il aurait dû se battre. Il aurait dû mourir au combat ce jour-là.
Mais le souvenir de Mirna, étendue à terre, l’avait tellement troublé qu’il ne savait plus où il en était à ce moment-là. Il aurait tellement voulu qu’elle reste hors de tout ça. Il aurait tellement voulu qu’elle ne sache pas qu’il était au centre de l’insurrection avant que tout soit fini…
Il n’avait jamais pu faire retirer la balle de son épaule. Quand il était parvenu à fuir, il était trop tard. Les chairs s’étaient refermées autour de l’objet et il était impossible de le retirer sans douleur.
-Ne t’ais-je pas dis que tu n’aurais jamais du revenir ? fit une voix de femme dans son dos.

*

Son arme braquée sur Dan, Mirna hésitait encore. Il était un traître en fuite. À cause de lui, l’Étoile du Désert vivait dans le chaos. Qui lui en voudrait si elle l’abattait immédiatement ? Qui le lui reprocherait ? Le gouverneur ? Il était le premier concerné par le retour de Dan en ville. Il ne lui dirait rien. Ses hommes ? La plupart d’entre eux étaient là le jour de la Grande Insurrection. Son plus proche ami en était un, et c’était celui qui l’avait portée jusqu’à l’infirmerie cette nuit-là.
Personne ne lui ferait de reproche. Personne ne la jugerait. Il suffisait qu’elle tire…
Des bruits de pas attirèrent leurs attentions à tous les deux. Bientôt, Dan fut entièrement encerclé. De quoi ramener de mauvais souvenirs à la surface…

*

Dan serra les poings. Il n’était pas resté longtemps dans l’anonymat… Où avait-il commis une erreur ? Impossible de le savoir pour l’instant.
Il pouvait se défendre. Il devait se défendre.
Et fuir à nouveau ? Quitter la ville à pied ? Être poursuivi et retrouvé pas les buggys ? Être une nouvelle fois considéré comme un lâche ?
Non. Il n’était pas un lâche. Il ne voulait pas être considéré comme tel. Pas par Mirna.
Elle le braquait. Elle était prête à le tuer. Son doigt frémissait sur la gâchette. Seule la présence des gardes l’en empêchait.
Et s’il la poussait à tirer ? Et si elle le tuait ? Il ne partirait pas en lâche, alors. Et il pourrait oublier un gâchis vieux de dix ans. En serait-il capable ? N’était-il pas encore le lâche qui avait fuit la ville ? Celui qui était fou amoureux de Mirna et qui n’avait pas supporté de la voir entre la vie et la mort ?

*

Comment avait-il fait ça ? Il n’était dans l’Étoile du Désert que depuis deux jours, et il n’était parvenu à ne traverser que des endroits qui lui rappelaient l’Insurrection.
Comme cette prison où Mirna l’avait fait enfermer après que l’un de ses gardes l’ait assommé alors qu’il réfléchissait encore à la marche à suivre.
Son regard erra sur les murs. Il avait passé des mois à les contempler. Des mois pendant lesquels on lui avait fait payer durement sa trahison.
Il suivit du doigt les cicatrices parallèles sur son bras. Ses anciens compagnons d’armes l’avaient torturé pendant si longtemps… Comment imaginer que, de tout ça, ne subsistaient que ces petites cicatrices ?
Il se surprit à penser à Mike. Où était-il ? Que faisait-il ? L’attendait-il toujours ? Avait-il quitté le désert ? Mirna l’avait-elle rattrapé ? Non. Elle l’aurait fait venir ici.
Mike était toujours libre. Et il le resterait. Mirna n’avait rien à lui reprocher. Rien d’autre que la faute d’être arrivé en sa compagnie.
Mirna fit son entrée. Cette fois-ci, elle était seule.

Elle lui montra la petite lucarne qui éclairait sa prison et à travers de laquelle on entendait la pluie crépiter.
– Tu te souviens ? dit-il. Cette nuit-là aussi, il pleuvait.
– La nuit où tu m’as trahie.
– Je ne t’ai pas trahi…
– Manipuler mon cœur pour te rapprocher du gouverneur et l’assassiner, ce n’est pas une trahison, selon toi ?
Dan se dressa pour lui faire face. Il empoigna les barreaux de sa prison et appuya son front contre eux.
– Il fallait qu’il disparaisse, expliqua-t-il. La ville ne pouvait plus vivre sous son ombre.
– Et maintenant, elle vit sous l’ombre de dizaines de gouverneurs successifs. Qu’est-ce que ça a changé, Dan ? Qu’est-ce que cette rébellion à apportée ? Des dizaines de morts, de blessés et d’handicapés. Des familles traumatisées, des orphelins. La ville et ses habitants ne se sont encore pas remis de cette nuit. Et l’Étoile est encore pire qu’avant !
Elle plongea ses yeux dans ceux de Dan.
– Ton jugement a été rendu. Le gouverneur a décidé. Tu vas être exécuté. Et cette fois-ci, je ne serais pas aussi naïve qu’il y a dix ans. Je ne t’aiderais pas à sortir de la prison. Je ne t’aiderais pas à fuir la ville. C’est pour ça que je suis là. C’est moi qui vais exécuter la sentence.

Les mains de Dan se crispaient sur les barreaux au fur et à mesure qu’elle parlait. Même s’il s’y attendait, ça faisait un choc.
Et Mirna ne semblait pas avoir la moindre hésitation. Elle allait l’exécuter. Cette fois-ci, il ne pourrait pas s’en sortir.
– Ce sera public ? parvint-il à demander.
– Le gouverneur le voulait. Pour montrer l’exemple à ceux qui voudraient le faire tomber. J’ai réussi à le faire changer d’avis. Les gens ne sauront que le traître de l’Étoile a été exécuté qu’après ta mort.
Elle lui disait cela avec tellement de froideur… Comme si ça ne la concernait pas. Comme si elle ne s’apprêtait pas à tuer un homme qu’elle avait aimé.
Elle se détourna. Dan l’empêcha de partir en lui attrapant le poignet. Il fit glisser sa main dans la sienne, comme ils l’avaient fait si souvent autrefois.
– Je t’aimais, Mirna. Et je t’aime encore. Mais je ne pouvais pas… Le gouverneur allait trop loin. Il fallait l’arrêter. J’étais le mieux placé pour agir. J’ai dû passer par-dessus mon amour pour toi. Ça a été dur, tu sais. Au moment de tirer, j’ai hésité…J’ai failli échouer au dernier moment. Je t’aimais…
– Tu as tiré sur mon père. Tu as laissé l’un de tes hommes me tirer dessus. C’est tout ce que je sais.

Elle se dégagea d’une secousse, disparut un moment puis revint, accompagnée par deux gardes. Ils ouvrirent sa cellule.
– Tu ne me crois pas, affirma Dan pendant qu’on lui attachait les mains dans le dos.
Mieux valait penser à Mirna plutôt qu’à ce qui l’attendait. Il n’avait pas envie de partir en laissant des malentendus derrière lui.
En réponse, Mirna haussa les épaules. Celles de Dan s’affaissèrent. Arriverait-il à la persuader avant d’être …
Elle lui donna une tape sur l’épaule et le fit avancer. Il marcha au centre d’un couloir qu’il avait arpenté maintes fois en tant que garde. Il s’efforça de garder l’air digne. Mirna…
– Pourquoi refuses-tu de me croire ? marmonna-t-il. Crois-tu qu’il n’aurait pas été plus facile pour moi de te tuer à l’époque, plutôt que de te ligoter en sachant qu’il y avait un risque pour que tu te libères ?
Mirna passa un doigt négligent sur sa blessure au visage. Combien de fois s’était-elle dit que, si elle n’avait pas bougé, elle n’aurait pas eu cette cicatrice ?
– Je ne voulais pas te faire de mal. T’attacher était la seule solution que j’avais trouvée sur le coup… Tu étais censée rester dans ta chambre cette nuit-là. Tout aurait dû être fini au moment de ton réveil… Tu n’aurais rien dû voir…
Que pouvait-il lui dire de plus ? Comment lui faire comprendre ?

Le couloir pris fin alors qu’il cherchait d’autres explications.
Mirna ouvrit la porte et le fit entrer dans une petite pièce. Sans décoration, sans ornements, presque sans lumière… Les condamnés n’avaient pas besoin de confort avant de subir leur sentence.
On le fit s’agenouiller au centre de la pièce. L’un des gardes se posta devant la porte, l’autre à son côté. Mirna se plaça derrière lui…

*

Le visage fermé, elle sortit des appartements du gouverneur du moment. Il avait été très satisfait d’apprendre que Dan avait bien été exécuté. Bientôt, l’Étoile du Désert apprendrait la nouvelle et se réjouirait. Il était le dernier des insurgés à être encore en vie.
Elle rallia sa propre résidence. Elle ferma la porte derrière elle, s’y adossa et se laissa glisser à terre. Elle laissa la nausée qui la tenaillait depuis qu’elle avait appuyé sur la gâchette la rattraper.
Alors, c’était ça que l’on ressentait après s’être débarrassé d‘un vieil ennemi ? Ne devrait-elle pas être satisfaite ? Ne devrait-elle pas être heureuse ? Celui qui avait gâché sa vie était mort.
Pourquoi ne parvenait-elle pas à repousser les larmes qui lui montaient aux yeux ?

*

La tombe avait été creusée à la va-vite, très profondément pour que le sable sans cesse mouvant ne la mette pas à nue. Sur la pierre étaient gravés ce simple mot :
TRAÎTRE.
– Pourquoi ? marmonna Mirna. Pourquoi ça se passe comme ça ? Je pensais t’oublier. J’espérais qu’avec ta mort, je surmonterais enfin tout ça. Je voulais effacer le passé. Enfin. Mais je n’y arrive pas, Dan. Tu es mort et je suis encore là. À ruminer le passé. À pleurer ta mort. Alors que c’est moi qui ai appuyé sur la gâchette !
Les larmes qu’elle était parvenue à contenir le temps qu’elle traverse la ville refirent surface et coulèrent sur ses joues. Elle s’accroupit devant la tombe.
– Malgré tout… Pendant tout ce temps… Je n’ai jamais cessé de t’aimer. Jamais…
Elle sécha ses larmes du dos de sa main avant de reprendre :
– Tu avais raison, Dan. Tu as toujours eu raison.
Dans sa main brillait l’arme qu’elle avait utilisée pour lui.

*

Le fossoyeur de l’Étoile du Désert reboucha le deuxième trou qu’il avait dû creuser ce jour-là. C’étaient les gardes qui lui avaient dit de creuser là. C’était étrange.
Enterrer côte à côte le commandant de la garde et un traitre…

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